Rêves, errances

Chemins de textes

Zola

J’ai envie d’écrire la fin de la cafila
Pour qu’on commence à parler de choses
Qui font notre qualité de reines et de rois
Malgré les pleurs et les siècles de terreur
Malgré les leurres infiltrés dans les histoires
Malgré la légendaire peur du noir

J’ai envie d’écrire la force de la mélanine
De la mémoire inscrite dans notre ADN
De nos origines
Certain-es de mes ancêtres ont fait un long voyage
Je vais à la recherche des textes les plus sages
Afin de leur rendre hommage

Impossible d’oublier les dommages
Mais on peut dépasser la rage
Pour retrouver notre science intérieure
Un chemin qui n’a pas de couleur
Réconciliation dans la douceur
Pour un combat qui n’en a que plus de saveur
Des mots dont je ne suis pas l’auteure
Si Dieu veut j’expliquerai tout à l’heure
Que nous venons d’ailleurs
C’est formidable
Ce que nous sommes ce que nous pouvons faire
Si on s’arme de lumière
Que Jah soutienne mes adversaires
Nul-le n’est épargné par mes prières
C’est une disposition naturelle
Dont je suis plutôt fière
Quand l’ego se manifeste pour protéger l’identité
J’ai envie de réveiller les fétiches des musées
Les statuettes les masques
Tout ce qu’on nous a volé
Les activer par la parole et la force des pensées
D’invoquer les esprits protecteurs de la Nature
De ranimer des égrégores

Nulle vengeance ne vient ternir ce rituel
Aucun sang n’est versé
Juste des plantes vertes
De l’eau et de l’amour pour que ça pousse
Cette graine de Vérité qu’on porte en chacun de nous
Rien de fou

Les chaînes ne sont pas qu’une idée
Mais les idées brisent les chaînes
Que la Flamme Noire se déchaîne
Que l’authenticité soit notre domaine
L’Amour le seul Royaume
Zola

Révélation

Droite comme un I
Istina Izvor révèle ses écrits
Étalage de son art pour sortir du mépris
Où nous ont placé-es celleux qui nous ont tout pris
Mais tant pis
La résurrection est mon parti pris
La ferveur de mon timbre évoque la folie
Mais les paroles sont dites et le message est parti
Tout s’arrête et commence ici

Quand des mères abandonnent leurs enfants
Que bien des gens n’ont pas de lit
Quand la faim nous fait serrer les dents
Le capital s’enrichit
Quand des personnes violées sont tournées en ridicule
Et des violeurs acclamés comme des héros
Le chitane a bon dos
Ici on est clairement dans une approche non-dualiste
On ne sépare pas l’homme de l’artiste
Si tu as peur de voir ton nom sur la liste
Tu tiens peut-être une piste

Tout commence avec la parole des victimes
Tout s’arrête en vulnérabilité
Ça part de la définition du crime
Ça stoppe au pardon accordé
Dans notre joie de vivre se situe la revanche
Tout le reste va suivre
Pourvu que l’on penche du bon côté

Libre

Qu’est-ce qu’on fait quand on est libre ?
Je demande à mon cœur

On dépose
Tous ses fardeaux toutes ses craintes et toutes ses peurs
On peut encore sourire à l’idée de ne pas plaire
Chacun de nos gestes retrouve sa saveur
Quand on est libre
Le pire de nos choix n’a plus rien d’une enclume
On ne regrette rien on apprend et assume
Le pardon rend léger et on atteint les cimes
On n’a plus honte d’être heureux-se

La joie est intime
Et la vérité libère nos personnages des chaînes de notre ego
On considère tous les êtres comme nos égaux
Détaché-es de l’illusion d’être en solo
On se permet d’être nous-mêmes en oubliant de jouer notre rôle
On se surprend même
On se sait assez fort-es pour être vulnérables

Dans une réalité éphémère
L’image a la consistance d’un dessin dans le sable
Quand on est libre on ne fait qu’un avec le vent
Le Soi se dissout pour se fondre dans l’instant

Sur la voie

Je vous remercie de m’avoir suivie
Tout au long de mes pérégrinations
Je vous suis gré de me suivre
Alors que je pense avoir trouvé ma solution
Faisant fi de l’autocensure
Je philosophe sur les formes que peut prendre l’ascension
Au travers d’une modeste écriture
Je me raconte sans rature
Et à travers ces mots c’est la lutte qui perdure

On ne peut pas le mettre sous verre
Cet éclat cristallin que Dieu déclenche
Et que notre âme comprend
Parfois c’est à travers le plaisir
Que l’on apprend
On voit la Providence même dans les revers
On se réjouit et on espère
Avec la certitude d’être exaucé-es
Pendant que d’autres sont dans la peur de l’enfer
De quoi causer la démence
Déconnecté-es se sentant indignes
Ils jugent et raisonnent pour attraper dans leurs lignes
Ceux qui aiment le fruit de la vigne
Pour briser les illusions ma plume se bétonne
Il n’y a plus personne
Plus rien que l’Unité qui résonne
Dans la plénitude du grand Soleil
Noir comme la tradition qui m’envoie
Faire feu de tout bois
Avec la douceur d’un Soi
Imprégné par la foi

Le rugissement du lion c’est à dire que tout est traitable
Sur la Voie

Orage

Parce que des feux de détresse peuvent annoncer une bonne nouvelle
Un contre temps nous faire partir sur une meilleure voie

Orage végétal
Ton frigo évoque un cimetière
Carcasses d’animaux et autres résidus
De ce que peut faire la cruauté
Appliquée à la gastronomie

Cruauté animale
Ça commence à bien faire
Les pédophiles en liberté les innocents qu’on incarcère
Pour un spliff ou bien qu’on met à terre
Pour avoir amorcé une marche arrière
À croire qu’ils nous veulent tous au cimetière
Pour se gaver tranquillement des richesses de la terre
Exploitées comme la misère

Les architectes en charentaises
Les privilégié-es qui se mettent à l’aise
Aux dépens des plus fragiles
De ces foules en détresse
Pour que l’avenir nous plaise
Il faut que le changement soit vraiment balèze
Qu’on refuse le cuir
De se nourrir de la mort
Qu’on récuse la domination d’une espèce sur une autre
Une espèce de personne qui fait partie des nôtres
Que la compassion soit loi
Qu’il n’y en ait pas d’autre
Un tsunami d’amour pour effacer nos fautes

Vêtement qu’on oblige ou qu’on bannit
Golfs que l’on arrose
Piscines que l’on remplit
Quand gaspiller de l’eau devient un délit
Jets privés qui nous sont déjà interdits
Pistes de ski dans le désert
Rivières dans les habitations
Des tonnes de CO2 pour que tu aies ta viande à la maison
Et tout ce sang versé
Ces bébés enlevés à leurs mères éplorées
Ces êtres martyrisés avant d’être découpés
Sans avoir jamais pu laisser libre cours à leur instinct
Cette offense à la Vie ce sacrifice rituel
Au nom de qui
Qui réclame des âmes par le couteau je vous le demande
Ou par le pistolet

Regardés sept jours sur sept par des yeux des sentinelles
Aujourd’hui c’est nous qui avons l’œil sur eux
Le rapport s’inverse chacun-e en prend conscience
Les plus chanceux-ses peuvent démissionner
Insatisfait-es à juste titre de notre maigre pitance
L’injustice peut partir en déflagration

Et ma pensée m’emmène à Shashamané
À Brazzaville où je suis née
Comme au sommet de l’Himalaya
Le soleil est là pour nous guider
Crois-tu vraiment
Que les étoiles sont désorientées ?

À tout prix

Un poème à tout prix
Au prix de la contrainte enjolivée par un rituel glacé
Déposer ses espoirs sur la table
Les examiner au bistouri de la pensée

Un poème au prix des larmes et de la solitude
Des futurs dévastés par une verte acrasie
Des idéaux fanés par les tempêtes de sable
Le sable du désert où nulle âme ne répond

Un poème à tout prix lorsque l'on a plus rien
Que des roses figées dans l'instant éternel
D'une rencontre avec l'autre qui nous allait si bien
Que les étoiles ont brillé de plus belle

Au prix de l'acharnement sur la piste des mots
Où je dansais naguère, ivre et libre
Prise de tant de passion, bercée de tant d'émois
Que j'ai fini par perdre l'équilibre

Au prix de l'enfermement, au prix de la violence
Au prix des sacrifices et des renoncements
De multiples adieux, d'une terrible élégance
Des chemins de traverse qui mènent à ce nulle part

Un poème à tout prix pour faire la part des choses
Pour m'accrocher, fébrile, à un rayon de lune
S'il reste un univers où je pourrai éclore
Fait de papier et d'encre, fait de mots et d'espaces

Je donne ce qu'il me reste pour que la joie revienne
Que coulent les métaphores, anaphores et refrains
Sans autre musique que mon cœur qui se bat
Pour le prix d'un poème


 

ArchiZen

Le coeur du samouraï Taille sans faille
Plus maille que crochet sa cote est sans pareille
Son sommeil veille sur un lit d’or et de paille
Les yeux fermés iel trouvera l’aiguille
La fera fondre dans sa bouche telle une petite pastille
Ne me regarde pas. C’est ton cerveau que j’émoustille
Serf volant du Moyen Âge jusqu’à vos écoutilles
Sirotant mon thé jusqu’à la dernière goutte
Dans un silence digne d’un temple de Manille
Le temps peut exploser dans nos caresses vanilles
La vanité va nu-pieds dans les rues de Babel
Esquivant les bouts de verre sur les trottoirs de Barbès
Là où le bât blesse
C’est que le salaire récompense la paresse
Et que pour le plus beau mensonge tous se pressent
J’ai vu mon baume en songe
C’est la lumière d’un arbre qui couvre mes cicatrices
Dont l’ardence n’a d’égale que l’épaisseur de la matrice

Une devise pour souder les bords de ta foi rapiécée :
Poésie n’est pas à vendre, elle est déterminée.

Heineken

Petit coup de pression sur les ailes du nez
C’est léger
Juste assez pour sentir la tension
Qui va nous porter

NGONGA
C’est l’heure
(22:33)

Que le soleil balaie le sol de ses rayons
Et brûle
Dans sa générosité
L’indécence animale que nous avons créée

Sans l’ombre d’un remords
Pour les innocentes vies sacrifiées
Sans un regard de peine pour leurs corps entravés

Mille et une nuits d’histoires ensanglantées
Mille et une vies qui ne suffiraient pas
A vous les raconter

Voilà qu’une porte est claquée
Dans l’auguste couloir
Votre conscience braquée
Votre façon d’aimer

Dégustez.

Tympan

La plus profonde satisfaction jaillit des profondeurs
Que le contentement puéril n’a pu examiner
Comme un rythme sourd qui sort de la Terre
Avec la persistance de nos battements de coeur

La musique a livré le maître du monde
Percuté par le marteau pour faire bonne mesure
L’escargot dans l’oreille a terminé sa ronde
Le forgeron forge sa propre littérature

L’Univers n’est pas sourd à nos tambours battus
Cette dimension nouvelle est loin d’être une chimère
En caressant les zones où la douleur s’est tue
Nos plumes d’anges dessinent de nouvelles frontières

Esquisses abandonnées d’insurrections perdues
Au hasard d’effractions dans la fleur de l’âge
Est-ce qu’il reste une cellule où cette couleur n’est plus
L’infâme violet qui vient souiller nos rages

Jour après jour la braise a couvé Cendrillon
Avec une porte tenue avec une main baisée
Honneurs visons à acheter l’indulgence. Prions
Ou le dégoût finira par nous faire sucrer les fraises

Dès l’aube

Nous regardons ensemble le soleil se lever
Sur l’océan de blé qui ondule sous le vent

Pirates d’un nouveau genre
Nous avons capturé la neige
En haut du Mont Fuji
Alpagué les oiseaux pour qu’ils nous apprivoisent
Au terme d’une conférence qui fut fort agitée.

Si Reine je me suis jetée dans l’écume
C’est que cette couronne n’était pas ajustée (NZUBA)
Portait tant d’épines et de peines
Je ne pouvais pas bouger

Je ne m’ennuyais guère
Sentir les feuilles mortes craquer sous mes petits pieds
Etait mon seul plaisir

J’ai donc bandé mes forces jusqu’à percer l’écorce
De l’âme ancestrale
Dont la sève oxymore sait me désaltérer