Absolu

par Istina

Suivant le tracé de mon encre aux reflets blêmes
Mon calame m’emmène
Vers un pays dont nul ne revient indemne
Et dont la plume comme emblème trouble tous mes sens
Dans un état de transe qui frôle l’indécence
J’y pense les plaies de ma pensée blessée
De ma chair oppressée
J’écrivais en secret mes vérités taboues
Si j’ai pris la parole c’est pour aller jusqu’au bout
Quitte à ce qu’on me rabroue
Malgré les récits de nos luttes, la ferveur de nos prières
Ils prétendent que j’exagère ma colère
Moi je bous
Et tu déchiffreras les symboles tatoués
Sur le tranchant acerbe de mon verbe debout
Et tu te brûleras au sang de ce dragon qui m’a donné le sein
Sur la cendre liquide je me suis allongée
Pour attendre, lucide
Que l’enfer daigne me prendre
Forte des marques de ce voyage
Je me promène parmi les anges
Avec aux lèvres un air étrange
C’est un sourire
C’est un sourire qui présage du pire
C’est un air de victoire sur l’idée de défaite
C’est une chanson à terre et qui s’est relevée
A la faveur d’un silence
Tendrement insufflé sur le lit de l’absence
Dont je partage la couche
Où je rêve de ta bouche
Et mes lèvres se souviennent
Et ma langue se saoule des mots que tu retiens
Et mon ivresse me coule tandis que je me livre
Puis je dépose mes larmes sur un bout de papier
M’amuse avec ma muse
De ce que tu nous croyais à tes pieds
On te taquine
Pour t’emmener là où tu n’as pas pied
Et comme je ne sais pas me raisonner
Je vais te déborder
Humide symphonie pour instrument désaccordé
Par ton cœur débouté
Qu’importe ce que ça coûte
Je reprends ma clé d’ut et trace sur ma route
Sur de nouvelles gammes je pars en naviguant
Vers d’autres océans
Plus vastes, plus grands
A l’horizon de nos adieux
Je me retourne une dernière fois
Pour te dédier une lettre ou deux
A défaut de te faire déchiffrer ma langue de feu
J’en délie le fil pour en brûler les nœuds
Et sur ces cendres
Nubile
Mon âme vacille
En attendant, placide
Que l’absolu daigne me prendre

Publicités