Mon héroïne

par Istina

Cousue de fil pourpre, cette histoire est tragique comme les légendes du temps où les dieux n’avaient pas encore inventé la miséricorde
Cela se passe à l’ère du feu nucléaire de la fission atomique, lorsque l’humanité se perd dans les méandres de la peur
Mon héroïne a le visage d’un ange mais la nature reprend ses droits dans son corps qui dérange l’ordre établi
Elle est bien trop jolie pour que sa vie ne le soit
Y a pas de princesses dans les royaumes où tournent les caves y a que des Cendrillon sans souliers
Elle si bête et pure suit les mauvais bergers
En l’écoutant la tristesse m’a submergée
En la moitié d’un demi-siècle deux embryons déjà sont morts dans ses entrailles
Souvent ses rêves se drapent de deuil et se recueillent devant ces tombes où le mépris sème des bombes
Mon héroïne sombre dans le remords chaque fois plus fort

Mon héroïne est libre elle vit sa vie comme ça lui plaît et en paye le prix
Il y a de l’insolence dans ses ruisseaux de larmes
De sombres éclats de rire au fond de ses nuits blanches
Et en suivant le balancé de ses hanches, le monde flanche
Elle a fini par trouver le bonheur en y mettant beaucoup de cœur et encore plus d’acharnement
Seulement de temps en temps il y a ces crises de larmes

Au bord du chemin, mon héroïne a laissé rêves de gosses, désirs de femme
Elle a cueilli les frustrations, accumulé les drames
Sans se trouver
À la faveur des astres écarlates
Le plaisir écarte ses scrupules et découvre sur ses lèvres les couleurs de la fièvre
Mon héroïne est libre… comme le pigeon voyageur
Mon héroïne aime marcher la nuit et elle connaît le goût du bleu au coin des lèvres
Tous les talents de Shéhérazade ne l’auraient pas sauvée quand il rentrait bourré pour une petite virée dans son enfer intime

À chacun sa drogue
Mon héroïne gémit sous les coups de boutoir de celui qu’elle adore
Prête à tout pour changer le décor de ce conte hardcore
Depuis peu elle  connaît la valeur marchande de son corps
Elle en a sucé des crapauds pour trouver son prince mais en vain
Elle a suivi des signes et des mauvais devins
Elle en a commis des bévues
Son corps démantibulé comme un automate au bout des pines de ses matons            Comme un air de déjà vu
Son sommeil est peuplé de rêves d’évasion
Mais tout l’enchaîne
Jusqu’au silence
Elle savoure parfois la paix quand ses pensées s’élancent
Seulement de temps en temps il y a ces crises de larmes
Finira-t-elle dans le caniveau elle qui avait un port de reine
Sa beauté dévorée par les hyènes

Mon héroïne est libre elle vit sa vie comme ça lui plaît et elle en paye le prix
Il y a de l’insolence dans ses ruisseaux de larmes
De sombres éclats de rire au bout de ses nuits blanches
Et en suivant le balancé de ses hanches… le monde flanche

th (16)

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