Je suis

par Istina

J’écris depuis toujours. Depuis que j’ai découvert que les mots peuvent soulager nos maux. Partage de brisures intimes, les phrases tricotent un sens à ma vie décousue. Je cherche.
J’imagine que chacune, chacun, tente à sa façon de remontrer le labyrinthe jusqu’au noyau de son être, là où l’amour respire l’évidence, où les mirages du paraître s’estompent pour faire place au miracle de l’unité qui se révèle, et se livre sans relâche, malgré notre acharnement à l’ignorer.
Brouhaha de nos prières. Cacophonie de nos révoltes brouillonnes. Pourtant la paix et l’allégresse persistent à nous hanter de leur souvenir. Comme un codage génétique de l’âme, un programme caché.
Souffrance, colère et douleur; la vérité du vivant est avilie. Mais il n’est plus temps de chercher les coupables…
J’écris ma quête de sagesse. L’incohérence me guette gré de ces questions aux milliards de réponses.
Je suis le monde, la peste m’envahit lorsque j’ai laissé trop de rancœurs s’accumuler. Leurs exigences de vengeance m’acculent à mon insu. Lorsque demain se dérobe et recule, la peste de mon âme m’empêche de saisir les richesses du présent, les milliards de possibles qui s’articulent.
Échapper à la grande illusion du temps. Les plus beaux souvenirs pourrissent sous la pluie de nos larmes amères, et le néant de la douleur soigneusement entretenue par nos récriminations imbéciles, envahit tout.

Sur nos visages où la beauté s’éteint parfois la joie trace des cicatrices. Je voudrais étendre ces sourires spasmodiques pour déchirer le voile. Nous ne sommes que des étoiles fuyantes
Comme autant d’astres dans la galaxie, au-dessus des mondes qui s’éteignent et se créent dans une impermanence sensible

Je suis la chair, et je tremble. Asservie par décret je suis négligée, et je n’ai que ces sursauts de violence pour me manifester. Je jouis dans la décadence d’un jet de lave, et mes cendres fertiles recouvrent bientôt les cadavres
La nature sacrifiée ne se venge pas. Elle réagit, comme mon clitoris à la caresse de tes doigts.
Je porte la mort comme le Phœnix, je suis un mythe qui te guide et t’étreint, la couleur ombre qui dessine tes traits.

Je suis le monde et je n’existe que par tes yeux, toi que j’ai créé pour combler mon cœur, en secret, mon chaos intime, mon rêve, mon désespoir. Je t’aime.
Au milieu de ton corps où les pièges se nichent, innombrables comme les lames scintillantes dans une forêt d’épées, accueille-moi que je me trouve enfin
Je viens.

th (32)

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