J’imagine

par Istina

Tandis qu’irrésistiblement avancent les pions assassins des temps présents
Je tisse un filet de mes mots
Pour que l’on se souvienne de ces jours
Qui emportent l’Histoire dans une marée de sang
On vomit nos griefs en rafales
Dans l’espoir de toucher votre âme de quelque rime perdue
Pour votre plus grand mal
Nous n’avons de sagesse que celle qui poussa sur ce lit de démence
Dans les terrains vierges de la pensée
Sur nos visages
Les sillons laissés par les relents d’un mauvais sort
Et sur la langue
Une prière prête à prendre son essor
Pour aller grossir les tomes des évangiles du millénaire
Cela fait si longtemps que les poètes prophétisent l’éclipse de la raison
La fuite des saisons
Rythmée par le nombre d’innocents régulièrement massacrés
Cela fait si longtemps que ça gronde en silence
Tel le bruissement d’une forêt millénaire
Qui plonge ses racines dans des eaux rances
Et c’est toujours demain que surgissent les colombes
Que se taisent les bombes
C’est toujours demain
Qu’il fera bon d’être humain

A ceux qui n’en peuvent plus d’attendre
A ces nuques qui se plient
A ces genoux fléchis
Qui par milliers implorent la fin des jours opprimés
Ces veines qui se vident
Ces yeux qui appellent de toute la force qu’ils n’ont plus
Pour que se tournent enfin vers eux nos faces livides d’indifférence
Mépris programmé par nos préoccupations de propriétaires
Pour de mesquins progrès qui nous paraissent prioritaires
S’étourdir en consommant pour atténuer sa conscience de l’enfer
Ces ailes qui se brisent
Ces enfants qui se taisent
Dans le paysage familier de l’horreur
Avec la vie se transmet la terreur d’exister
De temps à autre être atteint par d’attrayantes images
Où des humains évoluent dans d’autres paysages
D’abondance de biens qui se produisent et qui se jettent avec la même cadence folle
Et dans son dénuement
Rêver de tout plaquer pour entrer dans la danse
Du monde civilisé
J’imagine d’où peut jaillir la rage des justes
J’imagine qu’il y a un monde à prendre
Et qu’il nous attend là
Au bout de quelques pas que nous ferions ensemble
Quelques pas qui suffiraient pour que la terre tremble
C’est écrit dans les livres qu’on a si bien appris
Déjà des foules de sont levées et sur la foi de mots dits
Ont fait plier des empires
Puisse la parole éventer son plus bruyant secret
Par sa force
Des foules se sont levées à la face des tyrannies les plus veules
J’imagine juste que l’Histoire se répète comme elle nous a habitués à le faire
Car l’être humain ne supporte jamais les fers
Si longtemps
Que la colère finit par se taire

Ces vies qui se brisent
Et de ces corps brimés
Cette force qui naît
J’imagine

colombe

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