Ma muse

par Istina

Quand je regarde en arrière
Je vois des drames, du sang,
Des combats sans vainqueur mais aux blessures irréversibles
Quand je caresse mes cicatrices
Je n’ai plus ce frisson sacré
Comme si j’étais sortie d’une adolescence
Qui a duré
J’ai mis du temps avant d’avoir la simple force
de me retourner
Je n’ai pas vécu dans un palace
J’habitais la vaste demeure de la poésie
D’où je fus expulsée dès que j’ai été raisonnablement guérie
De la fièvre des maudits
Cela me manque
La solidarité des parias
Cela me blesse
De constater la désertion de la colère
Là où elle est plus que nécessaire
Là où avant mon sang ne faisait qu’un tour
Aujourd’hui mon intellect est plus retors
Il a pris goût au confort…
Est-ce que c’est ce qu’on appelle trahir ?
Pendant longtemps je n’ai fait que fuir devant des malheurs qui n’avaient rien d’imaginaire
La fin de la galère a sonné le glas du mystère
Et ma muse ne s’en est pas remise
Elle aime l’adversité, la tranquillité la laisse indécise
Alors je lui donnerai ce mur à briser
Celui de mon orgueil et de mes peurs
Car je suis paralysée devant la page blanche
Moi qui avais le verbe qui tranche
Me voilà en rééducation lyrique
Me reste à apprivoiser la panique
Et peut-être que mes mots pourront à nouveau chanter
De leur musique sans note, de leur rythme scandé
Je jouais un jazz sauvage et instinctif,désormais
Je dois retourner au solfège en première année…
Ma muse m’a abandonnée

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