C’est moi

par Istina

Dans mon fumeux cocon tissé de souvenirs
Je me crois à l’abri de mes propres désirs
En dévidant le fil de mon esprit confus
Je vois un papillon de ténèbres vêtu
C’est moi qui suis le but, la folie et la joie
Et le sang qui souvent m’a servi d’apparat
C’est moi qui suis tristesse, brodée de pourpre et d’or
C’est moi qu’on reverra à la dernière aurore
Tentant de mettre des mots sur des sentiments dérisoires
Et de donner le sens sans raconter l’histoire
C’est moi qui la nuit arpentait le cimetière
Et fumais sur la tombe d’un chanteur légendaire
C’est moi qui voulais croire qu’on a tous un destin
Et bousillais le mien, violemment, à dessein
C’est moi qui fit de mon corps un présent sans valeur
Pour mieux mettre en exergue mon esprit, cet ailleurs
C’est moi qui échouait à sauver le démon
Par mon unique amour, de sa damnation
C’est moi qui vouais mon âme à la lumière éternelle
Et qui aujourd’hui réfute le spirituel
C’est moi qui passais mon enfance dans les livres
Et qu’encore aujourd’hui la parole rend ivre
C’est moi la révolte, la colère, l’enthousiasme
Et tout cela dissous dans la maladie et ses miasmes
C’est moi qui parlait au nom des femmes violées
Au nom de mes sœurs battues, rabaissées, humiliées
C’est moi qui trouvais la force de dire stop à tout ça
Tout en refusant de rester avec un bébé sur les bras
C’est moi la sorcière, la traîtresse, multiforme
C’est moi qui refusais farouchement de céder à la norme
Et me voilà à nouveau sur la ligne de marge
Sur le tranchant du rasoir, sur le fil de la page
C’est moi dans ce cocon, dans ce corps transformé
C’est moi qui vous préviens : je vais me réveiller.

Cocon de soie de Bombyx du mûrier sur brindille Allemagne -  - Zernikow, près de Grosswoltersdorf -

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