Vu l’heure

par Istina

Vu l’heure tardive
Avant de partir à la dérive
Avant d’oublier mes origines
De renier ma couleur, de perdre mes racines
J’ose un dernier témoignage
Une gerbe de couleur noire sur la page
Où j’ai convoqué tous les orages

Pour l’amour d’une image
J’ai découpé le sens en zones contradictoires
J’ai insulté ma langue faible et transitoire
En inventant de nouveaux mots
Liquides et sanguins comme la neige
Aussi innocents qu’une pomme édénique

J’ai décrit
Les papillons aux ailes de mazout
Qui bruissent dans mon ventre depuis les événements
Qui brisèrent le soleil dans le ciel de ma jeunesse

J’ai écrit le vertige d’un rêve qui fut d’autant plus grand
Que mon cœur était sombre

Et la chute sans fin
Le désespoir sans fond
Le déni qui enfonce
La délivrance enfin

J’ai hurlé mes murmures aux murs de la ville
Déposé mes louanges aux pieds de langues habiles
Baladé mes errances dans cette ère rance
Embrassé la folie dans une dernière danse

Vu que le temps passe
Avant de de voir céder la place
Avant que ma mémoire ne s’efface
Que le sommeil s’avance, que la nuit ne me dépasse

Je rassemble péniblement mes ailes endommagées
Panse mes blessures, soulage mes plaies
En appliquant un baume concentré
De rimes déchantées, de verbe halluciné
Avant de m’envoler

opt-80

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