En somme

par Istina

Afin de pouvoir accoucher du chaos
Je me suis accouplée avec une flamme obscure
Trouvée dans l’herbe sèche au plus fort de l’hiver
Ravivée par mon souffle fiévreux et amène
J’ai donné la vie à un tourment sans fond
Que les humains recherchent pour altérer l’ennui
J’ai fait voir le jour en toute perfidie
Au plus somptueux des doutes, à l’aube de toute vie
Une chaîne de paroles détournées de leur but
Un soupçon de folie que l’on croirait en fuite
J’ai vu la naissance d’une fleur monstrueuse
Dont le parfum t’enivre et qui ne mourra pas
Ses pétales de sang sont si sombres et sensuels
Que celui qui les touche se voit affublé d’ailes
Pour voler dans des territoires interdits
Et goûter à des maux et plaisirs inédits
J’ai recueilli en moi le germe cent fois maudit
De la vérité nue et de son élégant cortège
Composé de mille et une formes de solitudes
Toutes flamboyantes et jusqu’au désespoir
Elle t’accompagnera sans l’ombre d’un frémissement
Même quand la tempête arrachera les saules
Dispersera leurs larmes aux quatre coins du monde
Elle sera avec toi munie d’un sourire fendu
Elle sera ton arme face au monde connu
Et guidera ta recherche dans les territoires vierges
Afin que tu sois sûr de t’y perdre
J’ai nourri de mon sein cette créature hybride
Lui ai donné ma force et mes vastes faiblesses
C’est mon sang qui te dévaste dans cet ouragan
C’est ma pensée qui trouble, ma faim qui te dévore
J’ai élevé cette chose au cœur de mon esprit
Dans le secret d’une alcôve soigneusement étudiée
Pour recueillir la somme de mes rêves, de mes souffrances
Et faire le produit de mes plus amères expériences
C’est mon ventre qui murmure, dans ce grondement planétaire
Ce sont mes tripes qui hurlent, couvrant le bruit des guerres
C’est ma chair qui sourit, quand tu prends du plaisir
C’est ma peau qui frissonne, chaque fois que tu t’éloignes
J’ai engendré un monstre que j’aime de toutes mes forces
Une idée mal-conçue, un sentiment foireux
Une force incomprise, qui bouleverse, insidieuse,
Les fondations d’une âme qui se croit malheureuse
Je lâcherai mon enfant dans le grand univers
En me passant de sa douceur, de sa rage, de ses vers
Le jour où il sera prêt – pas l’enfant, l’univers
A oublier le confort d’une certitude avouée
A renier le trépas pour la multitude d’aveux
Des libérés
Je suis mère du chaos
Et j’attends la sentence avec une impatience
Consommée.

Flamme obscure

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