Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: colère

Soleil denté

Émotion circulaire ancienne et cramoisie
A libérer d’urgence
Des espoirs sans mesure et possibles effrayants
A force d’accoutumance aux limites données
A la modestie comme vertu
A l’impuissance comme condition première déterminante indépassable
Des pouvoirs éprouvés que la raison ampute

Comme un refus de contrôler les choses
Le choix de se laisser porter
Par sagesse ou prudence

Pourtant

Impatience antique qui me brûle les veines
Et se savoure en silence

Ce savoir qu’on sait universel
Cette leçon qu’on n’attendait plus
Ce grand merci
Galbé d’une ironie exquise

Ces vieux rêves qui n’en sont plus et
Cette revanche secrète dont on n’a jamais voulu
Mais qui nous fait du bien quand même

Se montrer au grand jour en pleine métamorphose
Avant d’avoir atteint la forme ultime

Le silence est du Verbe sous sa forme aboutie
Tout le reste est Je
u.

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Encore

Je viens de là où le sens est une grâce accordée à l’être par un souffle d’origine inconnue
Ici il faut se battre pour chaque phrase, il faut se saigner pour se mettre à nu
J’étais l’innocence même, habillée de vertu
Les loups m’ont eue, ils ont tiré à vue
J’écris au chevet de mon corps regretté
Même mon enveloppe n’est plus ce qu’elle était

Mon âme est une loque abîmée, trop souvent s’est jetée dans l’abîme
Des restes de chair amoncelées, une sorcière pour en faire un poème
Je viens de là où la souffrance inspire ses errances à un ange de papier
Ici il faut tricher pour vivre et sourire pour ne pas pleurer
Rien ne dit qu’au bout du chemin surgit la délivrance
Le goût de l’espoir est rance, je préfère être en transe
Tout en serrant les poings je ferme les yeux et je pense

Je viens de là où les racines éclatent le bitume pour faire pousser des fleurs d’amertume
Et les perles jaillissent des yeux quand la mélancolie nous rapproche des cieux
Ici je cherche la voie des rêves en fuyant le sommeil
J’ai beau ouvrir les yeux plus rien ne me réveille
Je viens de là où le verbe est flamme et la musique t’embrase
Dorénavant c’est l’ennui qui m’embrasse
Où sont passés les volcans, les tempêtes et les cyclones
Je voudrais bouffer de la rage au petit déj
Cracher ma colère part tous les pores
Je viens de là où le combat incessant rend la vie hardcore
Et j’en veux encore

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Profite

Profite de l’ivresse pour glisser quelques mots
Quelques lignes de fuite qui n’auront pas de suite
Quelle que soit la portée de cet hymne nostalgique
De cet aveu transi à force de musique
Profite de l’instant où nous sommes égarés
Pour planter une étoile dans mon panier percé
En brûlant les icônes d’un futur dépassé
Par une jeunesse furieuse de son destin tracé
Pas de sens, pas de but, pas d’espoir effaré
Pas même une douleur à faire réparer
Pas l’ombre d’une artiste pour les récupérer
Juste une âme de poète à la plume cassée

Profite de ta fortune quelle que soit sa couleur
et si vient la sécheresse, creuse dans ton cœur
Quand couleront le sang les larmes et la sueur
Vois-les comme des preuves de ta divine ardeur
Et puisque Dieu est mort, abandonne la peur
L’enfer n’a pas de portes autres qu’imaginaires
Profite de ta faiblesse pour te laisser défaire
Tes craintes et tes angoisses d’être à la hauteur

Puisque plus rien ne reste, puisqu’on fait tous semblant
Profite de tous ces masques pour te faire un visage
Avec de la sagesse dehors, de la rage dedans
Et un soupçon de foi qui dessine une image
Profite de l’inconnu pour être vrai-e enfin
Profite du quotidien pour manier la surprise
Profite du fait que tu n’as pas d’emprise
Pour lâcher tous tes doutes au long de ce chemin
Profite de la misère pour créer ton trésor
Dans un outrage au temps inventer tes valeurs
Profite de l’éternel pour renaître à chaque heure
Et dans un sursaut profite de la mort

Je suis juste assez saoule, assez grise, assez lâche
Pour m’échapper un peu de ce qui nous attache
Pour profiter de la nuit à ma manière étrange
Je suis juste assez noire pour que cela dérange
Je suis juste assez femme pour détester le rose
Et assez remontée pour que la bombe explose
Je profite d’une tribune pour un texte mal osé
J’en profite pour me taire, et ce silence m’enterre
Je profiterai d’un lapsus pour étreindre ma colère
Profite de mon mutisme pour étaler ta prose
Car mon verbe rêve de tendres ecchymoses
Profite de ma patience qui tremble et qui attend
Profite de ma douceur tant qu’il est encore temps

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Dernière trace

Un verbe déchiré
Par une lame émoussée
Celle d’un être
Fatigué

Une sirène décoiffée
Quelques brisures de rêves
Étourdies
Comme un complot ourdi
Depuis la nuit des temps
Pour me pousser à bout
Toute colère bue

Un soupir enfumé
Un baiser parfumé
Une coupe qui déborde
De tendresse
Une délicieuse ivresse
Coupable
Une franchise incapable
Une puissance tronquée
Des mensonges éhontés
Aux rencontres fantasmées
Un rendez-vous raté

Un sourire décalqué
Une danse déphasée
Un regard déplacé
Une étoile noircie
Un poème qui renonce
Une parole qui s’efface
Une dernière trace

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Iris

Une vérité aveuglante m’a brûlé la rétine
A présent je suis bien aise de distinguer une petite flamme
La lutte dans les yeux de mes contemporains

Elle s’est noyée toute seule, ma colère, sous une pluie de motifs variés
Elle n’est plus qu’un souvenir, ma colère
Je n’en suis même plus fière…
Juste un des multiples reflets de mon ego brisé

Je suis une perle de rosée sur un iris au soleil levant
Une larme qui ne coulera pas
Un renoncement subtil
Tel une sagesse antique

Je ne suis plus des vôtres
J’ai laissé ma dépouille dans la chambre austère d’un hôpital psychiatrique
Mais je ne souffre plus

J’attends la mort non plus comme un soulagement
Mais comme une conclusion banale
Je suis banale, et ça ne me révolte plus

Mon orgueil est en grève

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J’imagine

Sur son âme meurtrie je veille en silence
pendant que la machine avance les pions assassins du temps
je tisse un filet de mes mots
pour retenir les minutes qui s’égrènent 
et emportent son souffle dans une marée de sang

je l’ai choisi

et aussi fous que l’on puisse paraître 
ce n’est rien à coté de ce qui vous attend

nos amers griefs depuis longtemps latents
se vomissent en rafale
dans le but de toucher votre âme de quelque rime perdue

pour votre plus grand mal
nous n’avons de sagesse que celle qui poussa 
sur ce lit de démence
arrosée du jus de nos errances
dans les terrains vierges de la pensée

sur nos visages
les sillons laisses par les relents d’un mauvais sort
et sur la langue
une prière prête à prendre son essor 
pour aller grossir les tomes des évangiles de ce nouveau millénaire

cela fait si longtemps que les poètes prophétisent l’éclipse de la raison
la fuite des saisons 
rythmée par le nombre d’innocents régulièrement massacres

cela fait si longtemps que ça gronde en silence
tel le bruissement d’une foret millénaire
qui plonge ses racines dans des eaux amères et rances
et c’est toujours demain que surgissent les colombes 
que se taisent les bombes
c’est toujours demain
qu’il fera bon d’être humain

à ceux qui n’en peuvent plus d’attendre

ces nuques qui se plient
ces genoux fléchis
qui par milliers implorent la fin des jours opprimes
ces veines qui se vident
ces yeux morts et avides
qui appellent de toute la force qu’ils n’ont plus 
pour que se tournent enfin vers eux nos faces livides d’indifférence
mépris programmé par nos préoccupations de propriétaires
apprenant à se protéger pour
de mesquins progrès qui nous paraissent prioritaires 

s’étourdir en consommant pour atténuer sa conscience de l’enfer

ces ailes qui se brisent
ces enfants qui se taisent
dans le paysage familier de l’horreur
avec la vie se transmet la terreur 
d’exister

de temps en temps être atteint par d’attrayantes images
ou des humains évoluent dans d’autres paysages
d’abondance
de biens qui se produisent et qui se jettent avec la même folle cadence 
et dans son dénuement
rêver de tout plaquer pour entrer dans la danse
du monde civilise !
j’imagine juste
d’où peut jaillir la rage des justes
qui ébranlera la terre

j’imagine juste 
que ceux qui n’en peuvent plus d’attendre

j’imagine qu’il y a un monde à prendre et qu’il nous attend là
au bout de quelques pas que nous ferions ensemble 
quelques pas qui suffiraient pour que la terre tremble

mais si

ils l’ont dit dans les livres qu’on a si bien appris
il l’ont dit
des foules se sont levées sur la foi de mots dits
ont fait plier des empires 

c’est sciemment qu’ils nous maintiennent dans l’ignorance
de notre puissance

puissent ces quelques mots jetés sur la toile 
être le bruissement d’ailes du papillon
ou souffler sur ses ailes 
le bruissement d’ailes qui entraîne une tornade dans l’autre hémisphère
et sur son passage
puisse la parole éventer son plus bruyant secret
par sa force des foules se sont levées a la face des tyrannies les plus veules 

j’imagine juste
que l’histoire se répète
comme elle nous a habitués à le faire
car l’être humain ne supporte jamais les fers
si longtemps
que la colère finit par se taire 
jamais

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Ma muse

Quand je regarde en arrière
Je vois des drames, du sang,
Des combats sans vainqueur mais aux blessures irréversibles
Quand je caresse mes cicatrices
Je n’ai plus ce frisson sacré
Comme si j’étais sortie d’une adolescence
Qui a duré
J’ai mis du temps avant d’avoir la simple force
de me retourner
Je n’ai pas vécu dans un palace
J’habitais la vaste demeure de la poésie
D’où je fus expulsée dès que j’ai été raisonnablement guérie
De la fièvre des maudits
Cela me manque
La solidarité des parias
Cela me blesse
De constater la désertion de la colère
Là où elle est plus que nécessaire
Là où avant mon sang ne faisait qu’un tour
Aujourd’hui mon intellect est plus retors
Il a pris goût au confort…
Est-ce que c’est ce qu’on appelle trahir ?
Pendant longtemps je n’ai fait que fuir devant des malheurs qui n’avaient rien d’imaginaire
La fin de la galère a sonné le glas du mystère
Et ma muse ne s’en est pas remise
Elle aime l’adversité, la tranquillité la laisse indécise
Alors je lui donnerai ce mur à briser
Celui de mon orgueil et de mes peurs
Car je suis paralysée devant la page blanche
Moi qui avais le verbe qui tranche
Me voilà en rééducation lyrique
Me reste à apprivoiser la panique
Et peut-être que mes mots pourront à nouveau chanter
De leur musique sans note, de leur rythme scandé
Je jouais un jazz sauvage et instinctif,désormais
Je dois retourner au solfège en première année…
Ma muse m’a abandonnée

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Parle-moi

Parle-moi
Dis-moi tes doutes et tes douleurs
Tes routes et tes couleurs
Goutte à goutte
Je t’écoute
Raconte-moi tes colères
Tes tempêtes, tes courants d’air
Tes luttes et tes démesures
Tes ratures
Parle-moi de l’attente
De l’appel qui ne vient pas
De l’indicible étreinte
De la mort comme appât
Tu traverses le désert
Comme un océan d’or
Tu vogues vers ta lumière
Ta parole y dort
Parle-moi

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Il y eut

Il y eut des matins de gloire après des nuits de combat
Il y eut la tendresse du soleil après les ténèbres et le froid
Il y eut la mort qui guettait à chaque coin
Les soupirs glacés des ombres qui voulaient m’emporter
Les doutes abyssaux dont triompha ma foi
Il y eut l’ascétique espoir d’être ici pour un but
Qui aurait échappé à mon esprit timide et las
Il y eut les envolées de passion et d’ivresse
Les appels au secours, les instants de détresse
Les larmes apaisantes sur mon cœur rougeoyant
Il y eut une ou deux nuits belles comme le monde
Où un corps étranger s’appuyait sur moi
Où une âme égarée avait besoin de moi
Il y eut la prise de conscience et la lucidité
L’acceptation et l’orgueil résigné
Et mes rêves de lumière qui ne mourraient pas
Il y eut la colère et la haine et le dégoût de la vie
Lorsqu’on me vola la pureté que je n’estimais pas
Et puis la souffrance du plus vain combat
Pour recouvrer cette pureté que je ne méritais pas
Pour recouvrer cette pureté dont je ne voulais pas
Il y eut la découverte du mal et de moi
Ces sentiments malsains qui vibraient dans mon sang
La somptueuse liberté son vertige et sa voix
Ce sont ses ailes que j’empruntais pour voler
C’est son poison que je buvais pour mourir
Il y eut l’ultime volonté d’apprendre à me connaître
Et toutes les voies dans ce sens passaient par mes limites
Celles de mon esprit de mon âme et de mon corps
Il y eut la paix avec la bête que je suis
Et le conflit avec l’humaine que j’étais
Ou qu’un jour j’avais voulu être
Dans mon existence il y eut mille morts et mille vies
Est-ce pour avoir voulu vivre profondément mon être et mes désirs
Que j’ai dû renoncer à toi ?

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Absolu

Suivant le tracé de mon encre aux reflets blêmes
Mon calame m’emmène
Vers un pays dont nul ne revient indemne
Et dont la plume comme emblème trouble tous mes sens
Dans un état de transe qui frôle l’indécence
J’y pense les plaies de ma pensée blessée
De ma chair oppressée
J’écrivais en secret mes vérités taboues
Si j’ai pris la parole c’est pour aller jusqu’au bout
Quitte à ce qu’on me rabroue
Malgré les récits de nos luttes, la ferveur de nos prières
Ils prétendent que j’exagère ma colère
Moi je bous
Et tu déchiffreras les symboles tatoués
Sur le tranchant acerbe de mon verbe debout
Et tu te brûleras au sang de ce dragon qui m’a donné le sein
Sur la cendre liquide je me suis allongée
Pour attendre, lucide
Que l’enfer daigne me prendre
Forte des marques de ce voyage
Je me promène parmi les anges
Avec aux lèvres un air étrange
C’est un sourire
C’est un sourire qui présage du pire
C’est un air de victoire sur l’idée de défaite
C’est une chanson à terre et qui s’est relevée
A la faveur d’un silence
Tendrement insufflé sur le lit de l’absence
Dont je partage la couche
Où je rêve de ta bouche
Et mes lèvres se souviennent
Et ma langue se saoule des mots que tu retiens
Et mon ivresse me coule tandis que je me livre
Puis je dépose mes larmes sur un bout de papier
M’amuse avec ma muse
De ce que tu nous croyais à tes pieds
On te taquine
Pour t’emmener là où tu n’as pas pied
Et comme je ne sais pas me raisonner
Je vais te déborder
Humide symphonie pour instrument désaccordé
Par ton cœur débouté
Qu’importe ce que ça coûte
Je reprends ma clé d’ut et trace sur ma route
Sur de nouvelles gammes je pars en naviguant
Vers d’autres océans
Plus vastes, plus grands
A l’horizon de nos adieux
Je me retourne une dernière fois
Pour te dédier une lettre ou deux
A défaut de te faire déchiffrer ma langue de feu
J’en délie le fil pour en brûler les nœuds
Et sur ces cendres
Nubile
Mon âme vacille
En attendant, placide
Que l’absolu daigne me prendre