Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: désir

Un temps soit peu

Le temps de réaliser que tout ceci est réel
Que nos étreintes sont vraies, nos jouissances sincères
Et ton cœur authentique, et ta soif de paix
Semblent venir à bout de mes penchants rebelles

Apprendre à saisir crûment ta parole
À contempler tes gestes dans toute leur nudité
Lorsque mes joues rosissent sous ton regard cinglant
Que nos langues s’insurgent en embrassant leur rôle

L’espace à cultiver entre les âmes battues
Peines enlacées en une inextricable osmose
Pour faire pousser ces feuilles où je dompte ma flamme
Il suffit de l’espace d’un cheveu

Pratiquer les silences échangés sans lourdeur
Effacer lentement l’hypothèse de l’absence
S’oublier chaque jour, chaque nuit, pas assez
Contempler l’océan qui nous a invités
Et s’enfoncer tendrement dans ses profondeurs

 

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Fi d’elle

Sur mes lèvres de velours
Dépose ton empreinte fraîche comme la pluie
Humide comme la rosée sur le pétale froissé de l’aurore

Sur mes reins
Impose ton impact léger comme la neige
Qui tombe un dimanche soir sur une vallée perdue
Assourdissant vacarme

Pour te désaltérer je t’offrirai des larmes que la joie fit couler

Sur ma peau
Promène ta paume à l’étonnement perpétuel
Et que tes doigts tambourinent délicatement
Pour annoncer leur arrivée solennelle dans l’antre de la joie

Que ma plume fébrile
Se fasse l’écho de la magie nocturne
Et psalmodie la promesse que je fis au désir
De ne pas t’appartenir

J’appartiens à la lune aux collines aux étoiles
Et tu es l’océan, mes formes se dévoilent dans ton reflet

J’appartiens au silence à la nuit ou au temple
Où je t’ai vu t’agenouiller
Pour implorer le salut que je méprise
Dans une jouissance volubile

De ma langue
Je chanterai les secrets que tu n’as jamais pu formuler sans t’effrayer de leur puissance

Et mon ventre sera
Un lit pour ta rivière
Et tu t’érigeras
En totem funéraire
Et puis nous crèverons
De fatigue et d’ivresse
Et nous nous en irons
Libres de toute promesse

Avec pour unique allégeance
La fidélité que l’on doit à nos sens

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Sur le fil

J’aurais aimé vous lire l’histoire écrite sur le fil de ma vie
Et je m’aperçois qu’il existe encore des mots interdits
Mon mental en vain se révolte contre ça
Tandis que mon stylo tremble des maux qu’il n’écrit pas
J’aurais aimé vous dire que je ne suis pas qu’une enfant
Et que si je suis si familière avec le goût du sang
Ce n’est pas pour avoir trop exercé mon imagination dans les romans
Imaginer c’est ce que je fis pour survivre
Imaginer qu’il est un monde où ceux que j’aime peuvent me suivre
De cette illusion je revins plus seule encore
On est pas deux sur terre à vivre dans le même décor
Ce refuge où je me sentais pure, j’en ai perdu les clés
Les ai cherchées un temps dans des regards avides
Mais le désir n’est qu’une imposture
Je me suis laissée berner
Alors je tente de reconstruire par la plume le reflet de mon intégrité
Mais ce reflet sans les larmes, sans les mille morts que j’ai traversées
Sans le sperme et sans la haine que quelque part j’aurais voulu garder
Ce miroir est mensonger
Et sans la paix, sans la lumière, sans l’amour que j’ai à donner
Sans l’extase, sans la prière
Ce miroir est incomplet
Alors, dites-moi vous qui maniez le stylo comme l’épée
Dites-moi comment fendre ces contraires pour les réconcilier
S’il vous plaît

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Patience

Pour que la patience du miracle vienne effleurer nos vies
Il faut avoir le courage de ses rêves
Pas de ces désirs éphémères et futiles et qui s’envolent à la première bouffée de vent pour laisser place à d’autres
Ni cette soif de possession que l’on appelle à tort amour
Il faut apprendre à tailler comme le fait l’orfèvre dans un diamant obscur
Et d’une gemme vulgaire exalter le précieux pour éviter la ruine de l’être
 
Je veille sur un joyau enfoui dans mes entrailles
Son éclat me parvient d’entre les failles sismiques alors je me rappelle pourquoi j’endure
Pourquoi même sous les claques du destin mon sourire perdure
Lui qui croyait avoir le privilège de l’ironie
Ma vie est mon message mais comme il est plus sage de savoir se taire
Nul ne saura de quels enfers je revins et reviendrai peut-être encore si je ne m’y perds
Peut-être auriez-vous peur de mon calme inexplicable
 
Étrange j’oscille entre la paix et l’attente perpétuelle du choc en retour
Voilà ce qui brise mes ailes
 
D’après leurs fables nous sommes tous coupables et condamnés à payer pour être nés
C’est tout juste si l’oxygène n’est pas taxé cela viendra respirer est déjà un privilège de riches
On se démène pour perpétuer un présent toxique c’est vrai que l’on consent activement à perpétrer notre statut de victimes
La complaisance est un fléau
On regarde nos défauts avec une feinte affliction
Mais combien songent à faire attention aux graines qu’ils sèment
Notre espérance de vie se gangrène pour quelques gestes pour un regard
Et c’est la haine qui crie victoire
J’ai si peur pour demain et le présent me rend si lasse
Le pire
C’est que je vois ce sentiment dans le miroir de vos regards
Nos chaînes nous harassent
Nous avons faim d’amour nous avons faim d’espoir
Et la soif de reconnaissance
Nous conduit à des actes que réprouve la conscience
Et lorsque tout le monde joue le jeu pourquoi chercher des preuves
Juste suivre le mouvement avec un acharnement qui nous crève
 
Pour que la patience du miracle vienne effleurer nos vies
Il faut avoir le courage de ses rêves
Creuser la roche des idées brutes et s’élancer de la falaise
D’où nos lendemains tombent ou s’élèvent

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Les saisons

Aux saisons d’ambitions succèdent les amertumes
Les honneurs balayés par le souffle du temps
Sur le grand échiquier
Les vaincus succèdent aux vainqueurs
Toujours plus avides de pouvoir les concurrents s’élèvent
Pour tomber de plus haut
Dans cette idée de la réussite
Il n’y a pas de place pour son prochain
On est si seul au sommet
C’est le prix à payer
On a peur de tout perdre

Au point du firmament où se croisent mes rêves
Une étoile sourit dans la nuit la plus pure
Inaltérable

Le ciel est remplacé par un écran géant
Où les êtres humains projettent leurs illusions
Les yeux braquées sur ces chimères
Ils se heurtent et se blessent par inattention
Chacun semble attendre en secret sa revanche
Alors que les menus succès épanchent à peine les frustrations

Mais qui prétend se mettre à l’abri du désir ?
Quelle folie douce a saisi les ascètes 
Sont-ils encore des nôtres ?
La sagesse des ancêtres où se cache-t-elle au juste

Dans les dédales de la pensée des hommes de puissance
Règne comme une ambiance carcérale
Sur beaucoup de richesses plane un parfum de mort
Ce sont les cœurs sacrifiés
L’amour que l’on aura brisé par inadvertance

Sur le grand échiquier où je n’ai pas de couleur
Le dépit des vaincus
L’ivresse des vainqueurs
Perpétuent la tradition des clans
Et placent des enclos
A l’intérieur desquels chacun veut s’élever plus haut
C’est la spirale

Mais qui ne souhaite pas pouvoir voler ?

A la croisée des chemins où tous mes pas me mènent
Il est toujours minuit
Et le vent murmure à qui veut bien l’entendre
Les gloires et les échecs qu’il balaya d’un simple souffle

spirale

Testament

Parce que je deviens pierre que mon désir se meurt
d’avoir voulu voler si haut
je délivre goutte à goutte
le testament de ma chair

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Au petit jour mort-né

Au petit jour mort-né
Au diable émancipé
Qui vague dans mon crâne
Je remets la clé d’or de mes songes écartelés
Selon le rituel à la dernière lune
– le sang des songes est pourpre et blanc
et bleu de myrrhe –

Prenez ce qu’il en reste
Offrande décalquée
Voyage sans ivresse
Départ sans bagage
Prenez ce qu’il en reste
Et rendez-moi

Le nid du dragon jaune
Où la lune s’est couchée
Tremblante de désir
Pour une étoile absurde

Rendez-moi la fièvre des vœux impossibles
De vivre jusqu’à cent mille ans
Avec un cœur de cristal
Un papillon sur les lèvres
Pour faire taire les sanglots lents du confort vicieux
Où les poèmes s’écroulent et meurent

lune

Pardon

Je voulais t’écrire un texte pour implorer ton pardon, chercher au fond de mes tripes ce qui reste de poésie et d’incantation, pour que tu me comprennes, pour que tu m’estimes à nouveau.
Je voulais invoquer la faiblesse de ma chair, la malédiction d’Eve qui pèse sur mes entrailles, mon attrait pour les délices des sens, qu’ils soient de fumée ou de corps qui s’enlacent, c’est toujours la même évasion que j’embrasse.
Je n’ai pas d’excuse à mon comportement, l’errance fait partie de mon tempérament. Les erreurs jalonnent mon parcours, car je franchis les limites, toujours.
Je n’ai pas trouvé la doctrine qui me limite, même la mystique fut une excuse pour mes expériences illicites. Peut-être que l’amour sera la solution, mais j’y vois pour l’instant comme une aliénation…
Un seul dieu, un seul maître, un seul amant, c’est toujours la même chose; dans mon adoration j’étais multiple et pourtant j’ai connu l’osmose… Entre le délire et la raison je n’ai pas choisi mon camp, tout comme entre le noir et le blanc. Peut-être suis-je volage pour être comme un homme, qui jouit de sa liberté sans être questionné… Peut-être suis légère pour me sentir femme, désirée… Mais je suis une âme divisée, qui cherche avant tout sa vérité. A travers des rencontres je vois mon portrait se dessiner, éclaté. Dans le bleu de tes yeux existe une exigence, un défi qui me souffle : résistance… Un appel protéiforme qui depuis toujours m’a subjuguée, au risque d’embrasser des causes controversées. Cette fois qu’ai-je à y gagner ? Un supplément de personnalité, une strate de mon être à solidifier. Peu de gens me poussent à me dépasser. Ils me troublent, ceux qui m’invitent à me questionner. Et tu es de ceux-là, à force de me déstabiliser. Tu me rappelles que l’équilibre est une danse, ce qui sans être une conclusion idéale, me rapproche de ma réalité. C’est en vain que je quête une ligne de conduite, car je ne suis qu’incertitude, ambiguïté, fuite. Je suis une femme mais ce n’est pas le propre des femmes. Je suis une boule de désir, mais ce n’est pas qu’un désir sensuel. Mon appétit féroce, c’est aussi ma faim de justice, le produit de mon expérience. J’ai beau avoir tourné la page de mes combats, il y a toujours cet ennemi invisible, et je suis une armée toute entière. Je suis désir de paix et d’unité, et je suis en guerre contre la normalité. Je m’égare dans tous les sens, et pourtant il n’est question que de cela, trouver la mèche pour allumer l’essence… Exploser

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Nos habitudes

Ma flamme dissimulée derrière un masque de décence
J’ai longtemps couru après mon innocence
Parfois, c’est pour partir en voyage que je noircis des pages
Là, entre les lignes
Je déchiffre les signes qui m’emmènent vers de nouveaux paysages
Où je poserai mes bagages
Cette île approche que je prenais pour un mirage
Hâtivement mais sûrement
Je suis la source
Vient le fleuve qui nous rassemble, puis la mer enfin
Je respire la musique
Vos paroles me soulèvent loin du climat délétère qui erre sur la terre
Je m’élève
Je savoure la trêve
Une bouffée de l’amour dont l’absence nous crève

Dites-moi si je rêve
Quand je vois cette île flottante dans le ciel de nos prières
Cette forteresse où d’autres lois se dessinent
Ce char à l’assaut du présent qui nous mine
Dites-moi si je rêve
Quand j’entends
L’appel incessant d’un ordre différent
Dans nos slams, nos cris du cœur
Et nos souffrances, et les récits de nos malheurs
Me font crier urgence ! 

En prenant ma défense au tribunal qui jauge les rancœurs
Je parle des femmes
De ces destins décidés dès la première heure après la naissance
D’un bout de chair en plus ou en moins qui nourrit de si différentes espérances
Je parle des filles et des sœurs
Et des amantes
De leurs rêves clandestins qui les font libres enfin
Loin d’un regard trop souvent réducteur
Loin du pouvoir, loin du miroir enfin
Qui reflète trop bien les attentes du monde !

En livrant mon témoignage au procès de la peur
J’explique les hommes
La marque de leurs doigts sur mes poignets quand ils me veulent trop fort Leurs excès quand ils m’adorent
Au point de vouloir m’enfermer
Précieuse propriété…
Délicieux et délicat objet je me suis faite entre leurs mains
Ils m’ont pourtant presque brisée

Et c’est la voix encore pleine de ces fêlures
Que j’évoque les hommes et leur nature artificiellement programmée pour nous dominer

Alors que je prends la parole à la barre des accusées
J’invoque le désir
La tendresse, la douceur de ces courbes familières
De cette peau à l’odeur étrangère
De ces lignes qui me guident jusqu’au cœur du mystère
Et pourquoi n’y aurais-je pas droit ?
N’ai-je pas soif moi aussi de ces caresses qu’ont délivré mes doigts
Sur d’autres corps qui ne parlaient pas le même langage que moi ?

Je repense à leurs pièges
A leur violence sacrilège
Qui prend
Parce qu’elle peut
Après le cauchemar et avant de prendre les armes
Il est vrai que je me suis contentée de peu

Alors quand pour un peu de respect on me demande de la gratitude
Je dis non
Il va falloir changer vos habitudes

Il y a une sale mentalité qui subsiste et qui nous rend la vie si rude
Tout s’explique par le poids de l’éducation qui forge nos attitudes
Il va falloir changer nos habitudes

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Duelle

Dans un même élan
J’aime et je méprise
Je me lâche et me maîtrise
Je désire comme je respire
Je vous attire pour mieux vous fuir

Je me suffis à moi-même
Je me sens vivre quand on m’aime

J’ai dans mes doigts de la magie
Sur mes lèvres une poésie
Ma peau douce est une écorce
Sous laquelle coule une sève féroce 

Je peux te guérir mais
Je veux en fait te voir mourir
Pour renaître à un monde où le désir
A la force des rêves que l’on plante au soleil
Un monde où ton âme enfin s’éveille
Et où tu danses avec ton corps
Car la crainte de la mort
N’a plus de raison d’être 

Je peux 
Faire vibrer tous tes sens
Et te faire perdre ton sang-froid

Mais on en a brûlé des sorcières
Pour moins que ça 
Je suis une lionne fière
Esseulée

Avec les fils de mes doutes
Je tisse ma route

Quelle vérité se dessinera
À la fin du canevas ?

Âme infidèle
Sauf à moi-même
Et à des sentiments que tous ne comprennent pas 

Je suis
Une femme
Là est mon drame
Là est ma flamme
Là est la source de mon combat

Quand dieux et démons se disputent le chemin sous mes pas
Je voudrais juste pouvoir sortir de là 

Je rêve d’une puissance franche
D’un verbe qui tranche
D’abattre l’oppresseur à l’aide d’une arme blanche

Mais mon cœur flanche

Je tiens le stylo comme un poignard
Et avant de frapper je sais qu’il est trop tard

Votre injustice m’a déjà vidée de mon propre sang
J’ai vu périr ma dignité sous vos jugements 
Je suis libre
De donner mon corps
Si j’aime le corps à corps
Si je raffole de ces puissants accords

Je sais mon besoin de changer la partition
De la mélodie de l’amour
Qui nous chante encore la même chanson
Du «que toi pour toujours»

Mais les fausses notes trop fréquentes
Dénotent une évidente
Discordante dysharmonie

Alors je change de clé
Pour une nouvelle symphonie 

Je suis
Un instrument
Celui de ton plaisir
Ou bien de ta fierté

Je me rappelle avoir aimé
Être ainsi exhibée

Mais que je vibre sans tes doigts
Telle une harpe au gré du vent
C’est l’instrument de ton pouvoir
Qui t’échappe en un instant

Je suis 
Parfois
Ta chose
Je me rappelle avoir aimé… 

Souvenirs d’un esclavage trop librement consenti
Et aujourd’hui dans mon évasion
Je voudrais t’emmener
Je voudrais tant mener notre histoire sur d’autres sentiers
Où nos cœurs restent entiers 

Je suis
Tellement désolée
D’infliger de la peine
A ceux qui tiennent à leurs chaînes
Même pour aimer 

Je suis
Une lionne fière
Mais sage

Je calque ma vie
Sur mon message

Et si je souffre
Si j’ai trop mal
Je mettrai par écrit
Mon cri primal
Qui est un cri
De détresse
D’une douleur animale
C’est la colère
D’une femme 

Un cri de liberté

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