Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: femme

Je slame

Avec toujours les larmes au bord des yeux
J’écris pour ne pas crier ne pas criser
Ce n’est vraiment pas aisé vous savez
D’être pour certains une sœur, une amie de cœur
Pour son amant une chatte parfois une mère
Pour son patron une perle et tant que fille
Ne pas décevoir son père
Dans la ronde de mes devoirs je m’oublie si souvent

Et je slame
Quand j’ai du vague à l’âme
Quand mes fusibles sont sur le point de cramer

Avec toujours la gerbe au bord des lèvres
J’écris pour ne pas crier ne pas criser
Quand je vois avec quel talent d’orfèvre
Ils font passer leurs calculs iniques
Leurs lois absurdes leurs occultes pratiques
Pour le bien de la République

J’écris pour ne pas vomir et chaque jour ça empire
Ils expédient sciemment des gens vers la misère
Tout en exploitant ouvertement les richesses de leurs terres
Et leur adressent la facture, faut le faire !
Dans la litanie du 20 heures qui égraine nos malheurs
Je renie si souvent ma carte d’électeur

Et je slame
Quand on nous prend vraiment pour des ânes
Que la cité a déjà commencé à cramer

J’ai du combustible pour le feu de votre colère
Avec toujours la flamme au bord du cœur
Je passe volontiers du pacifisme à la névrose
C’est avec un plaisir certain que j’explose en mille poèmes
Plus quelques débris de prose

Attention ça blesse
Il faut les ramasser avec des gants
Certains ne demandent qu’à faire couler le sang

L’hémorragie toujours au bout du stylo
Je ne demande aucun pansement
Juste le courage de faire ce pas en avant
De passer les bornes
Dans l’autre sens
J’ai longtemps été trop conne
Pour exploiter mon intelligence dans le bon sens
Celui des interdits

J’ai fait sensation dans un certain genre de délits qui accaparent d’autres sens
Mais insensée
J’en ai dévoyé jusqu’à l’essence

Il me manquait juste un peu de présence d’esprit
J’ai donné au-delà de toute décence
Il est temps pour moi d’esquisser une autre danse
Et je slame

Je grave mon rythme lyrique quelque peu erratique
J’imprime la voix tranquille de mon esprit indocile
Pour organiser nos espoirs en armées

Il paraît que ce monde n’est qu’une vallée de larmes
Et moi
Je slame

ScenesNationales

Pardon

Je voulais t’écrire un texte pour implorer ton pardon, chercher au fond de mes tripes ce qui reste de poésie et d’incantation, pour que tu me comprennes, pour que tu m’estimes à nouveau.
Je voulais invoquer la faiblesse de ma chair, la malédiction d’Eve qui pèse sur mes entrailles, mon attrait pour les délices des sens, qu’ils soient de fumée ou de corps qui s’enlacent, c’est toujours la même évasion que j’embrasse.
Je n’ai pas d’excuse à mon comportement, l’errance fait partie de mon tempérament. Les erreurs jalonnent mon parcours, car je franchis les limites, toujours.
Je n’ai pas trouvé la doctrine qui me limite, même la mystique fut une excuse pour mes expériences illicites. Peut-être que l’amour sera la solution, mais j’y vois pour l’instant comme une aliénation…
Un seul dieu, un seul maître, un seul amant, c’est toujours la même chose; dans mon adoration j’étais multiple et pourtant j’ai connu l’osmose… Entre le délire et la raison je n’ai pas choisi mon camp, tout comme entre le noir et le blanc. Peut-être suis-je volage pour être comme un homme, qui jouit de sa liberté sans être questionné… Peut-être suis légère pour me sentir femme, désirée… Mais je suis une âme divisée, qui cherche avant tout sa vérité. A travers des rencontres je vois mon portrait se dessiner, éclaté. Dans le bleu de tes yeux existe une exigence, un défi qui me souffle : résistance… Un appel protéiforme qui depuis toujours m’a subjuguée, au risque d’embrasser des causes controversées. Cette fois qu’ai-je à y gagner ? Un supplément de personnalité, une strate de mon être à solidifier. Peu de gens me poussent à me dépasser. Ils me troublent, ceux qui m’invitent à me questionner. Et tu es de ceux-là, à force de me déstabiliser. Tu me rappelles que l’équilibre est une danse, ce qui sans être une conclusion idéale, me rapproche de ma réalité. C’est en vain que je quête une ligne de conduite, car je ne suis qu’incertitude, ambiguïté, fuite. Je suis une femme mais ce n’est pas le propre des femmes. Je suis une boule de désir, mais ce n’est pas qu’un désir sensuel. Mon appétit féroce, c’est aussi ma faim de justice, le produit de mon expérience. J’ai beau avoir tourné la page de mes combats, il y a toujours cet ennemi invisible, et je suis une armée toute entière. Je suis désir de paix et d’unité, et je suis en guerre contre la normalité. Je m’égare dans tous les sens, et pourtant il n’est question que de cela, trouver la mèche pour allumer l’essence… Exploser

equilibre

Duelle

Dans un même élan
J’aime et je méprise
Je me lâche et me maîtrise
Je désire comme je respire
Je vous attire pour mieux vous fuir

Je me suffis à moi-même
Je me sens vivre quand on m’aime

J’ai dans mes doigts de la magie
Sur mes lèvres une poésie
Ma peau douce est une écorce
Sous laquelle coule une sève féroce 

Je peux te guérir mais
Je veux en fait te voir mourir
Pour renaître à un monde où le désir
A la force des rêves que l’on plante au soleil
Un monde où ton âme enfin s’éveille
Et où tu danses avec ton corps
Car la crainte de la mort
N’a plus de raison d’être 

Je peux 
Faire vibrer tous tes sens
Et te faire perdre ton sang-froid

Mais on en a brûlé des sorcières
Pour moins que ça 
Je suis une lionne fière
Esseulée

Avec les fils de mes doutes
Je tisse ma route

Quelle vérité se dessinera
À la fin du canevas ?

Âme infidèle
Sauf à moi-même
Et à des sentiments que tous ne comprennent pas 

Je suis
Une femme
Là est mon drame
Là est ma flamme
Là est la source de mon combat

Quand dieux et démons se disputent le chemin sous mes pas
Je voudrais juste pouvoir sortir de là 

Je rêve d’une puissance franche
D’un verbe qui tranche
D’abattre l’oppresseur à l’aide d’une arme blanche

Mais mon cœur flanche

Je tiens le stylo comme un poignard
Et avant de frapper je sais qu’il est trop tard

Votre injustice m’a déjà vidée de mon propre sang
J’ai vu périr ma dignité sous vos jugements 
Je suis libre
De donner mon corps
Si j’aime le corps à corps
Si je raffole de ces puissants accords

Je sais mon besoin de changer la partition
De la mélodie de l’amour
Qui nous chante encore la même chanson
Du «que toi pour toujours»

Mais les fausses notes trop fréquentes
Dénotent une évidente
Discordante dysharmonie

Alors je change de clé
Pour une nouvelle symphonie 

Je suis
Un instrument
Celui de ton plaisir
Ou bien de ta fierté

Je me rappelle avoir aimé
Être ainsi exhibée

Mais que je vibre sans tes doigts
Telle une harpe au gré du vent
C’est l’instrument de ton pouvoir
Qui t’échappe en un instant

Je suis 
Parfois
Ta chose
Je me rappelle avoir aimé… 

Souvenirs d’un esclavage trop librement consenti
Et aujourd’hui dans mon évasion
Je voudrais t’emmener
Je voudrais tant mener notre histoire sur d’autres sentiers
Où nos cœurs restent entiers 

Je suis
Tellement désolée
D’infliger de la peine
A ceux qui tiennent à leurs chaînes
Même pour aimer 

Je suis
Une lionne fière
Mais sage

Je calque ma vie
Sur mon message

Et si je souffre
Si j’ai trop mal
Je mettrai par écrit
Mon cri primal
Qui est un cri
De détresse
D’une douleur animale
C’est la colère
D’une femme 

Un cri de liberté

th (8)

Elle marche

Elle marche
Tranquille. Il fait chaud. Elle porte une jupe.
Une jupe blanche, une jupe simple, qui n’est pas transparente et qui arrive aux genoux
Elle n’est pas laide du tout, mais pas canon non plus
C’est une femme ordinaire qui n’a rien demandé
Soudain, elle se retourne
Sur son visage le dégoût a remplacé la sérénité
Quelqu’un l’a pincée
Quelqu’un et pas quelqu’une vous l’aurez deviné
Elle le cherche du regard, il s’est fondu dans la foule
Quelle lâcheté
Elle était bien, elle était zen, se sentait à l’aise avec sa féminité
Un inconnu, un homme, en une seconde l’a ramenée à la réalité
Femme, tu n’es à leurs yeux qu’une chair féconde, un objet

Femme, mais où vont-ils chercher l’audace de tout se permettre avec ton corps comme si c’était un jouet  ?
Celui-là disparaît dans la foule et d’un coup
Tous les hommes sont coupables ou suspects
Quelques témoins ont peut-être eu un sourire complice
Mais nulle révolte ne vient sanctionner ce vice
Ce crime ordinaire
A toutes celles qui trouvent que ça commence à bien faire
Pourquoi continuer à se taire  ?

Injection quotidienne de notre dose d’humiliations
Pourtant si peu de traces d’indignations
Si peu de volonté d’expression
Et comment faire désormais confiance à la mâle engeance  ?
J’ai usé mon cœur à force d’espérances
J’ai trahi mon honneur à force d’indulgence
Plutôt risquer la misandrie
Que la folle passivité de ces êtres tellement conditionnés à êtres rabaissées
Qu’elles ne daignent même plus le remarquer

Femme, prend tes doutes au sérieux quand ils sonnent l’alarme
Femme, un soupçon de bon sens t’éviterait bien des drames
Mais d’un autre côté c’est tellement confortable
D’être un objet chéri, au triomphe délectable
Quand, un homme à tes pieds, tu te sens fatale

Femme, ne tombe pas dans ces pièges, dans ces placards dorés
Car la compagnie de tous nos rêves avortés
De nos désirs brimés, nos innocences violées
Pourrait te rendre cinglée
Depuis le temps que l’humanité avance en foulant du pied nos corps sacrifiés
Depuis le temps que l’histoire est rédigé par la même moitié de l’humanité
Il est plus que temps, femme, de te révolter
On est responsables
De nos mères comme de nos sœurs
Pour nos filles on rêve d’ailleurs
D’un monde sans malheurs qui porterait d’autres couleurs
On nous rend coupables de nos humeurs instables
Cela fait si longtemps que l’on rogne nos propres ailes
Élevées par notre désir de vivre libres
Trop souvent rabaissées à notre rang de femelles
Menaçons l’ordre établi de notre liberté criminelle

Le dos gâché par des chaussures aguichantes
L’appétit rendu nerveux à force de privations délirantes
Tous les espoirs tendus vers la venue de celui qui te rendra charmante
Le prince que tu attends pour remplir ta vie
Comme si
Comme s’ils avaient raison de penser que sans eux tu n’es rien
Comme s’ils étaient les seuls à pouvoir te faire du bien

Femme  ! Je voudrais comprendre pourquoi chaque jour qui passe
Le système t’exploite, te trahit, t’insulte et toi
Tu ne dis rien
Tous vos sanglots ravalés me restent en travers de la gorge

Elle marchait, sereine, tranquille, elle n’avait rien demandé
Devant une foule de témoins sa dignité fut offensée
Et rien
Le monde a juste continué de tourner

Mille fois chaque seconde et de mille manières
On porte atteinte à notre intégrité
A chaque coin du monde existe un enfer
Où on avilit notre identité
Toutes par notre féminité reliées
Toutes avons pleuré le deuil de notre liberté
Mais pourquoi se résoudre à l’enterrer  ?
Est-ce que nous croyons au sentiment si tôt inculqué
De notre infériorité  ?

Toutes les races et classes d’esclaves un jour se sont levées
Mais nous – peut-être est-ce en vertu du privilège de la maternité  ?
On se tait
Et le monde continue d’aller comme il va et
A l’Est les petites filles sont assassinées
A l’Ouest y a pas d’âge pour se faire violer
Et les rares femmes intactes s’enferment de plein gré dans des clichés
Pour un jeu de séduction où elles sont sûres de gagner

Pendant ce temps l’autre humanité continue d’avancer
Sur un tapis ô combien moelleux  !
Fait de nos corps sacrifiés
De nos amours, de nos espoirs, et des cadavres de nos libertés rêvées

Elle marche.

logo-rajfire-reseau-pour-l-autonomie-des-femmes-immigrees-et-refugiees