Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: folie

Faux lit

Je connais la couleur de la folie
Le relief mordoré d’une étoile aux arêtes très précises
La furieuse diagonale qui biaise toute perception
Le cratère, le rivage, l’abysse et sa perfection

Je connais
Le goût du soufre et le chant que propagent les nuages
Pour avoir parcouru l’échelle des gouttes de pluie
De l’Éden aux enfers, et des ténèbres au Paradis

La folie est une abrupte certitude
Qui lacère chaque seconde comme un astre foudroyant
C’est un langage sacré muet depuis trop longtemps
Et qui danse et qui brûle de tant de solitude

J’ai vécu dans ma chair cette urgence contrariée
La fièvre d’une Cassandre reniant sa vocation
Cruelle dans l’absolu rejet de toute opacité
Impossible à étreindre, dangereuse à comprendre

Porter le fardeau d’une page déchirée
Danser sa dissonance comme on épouse une larme
Faire le deuil de ses armes, du plus certain des charmes
Pour que mon cri se tienne dans l’ordre du quotidien

paradis-sous-un-nuage

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Au gré du hasard

Au gré du hasard

Des idées flottant comme des grains de poussière
Chacun d’eux renfermant son propre univers
Et la promesse de sa disparition

A l’envers du néant

Quand le soleil découche que les oiseaux déchantent
Qu’un espoir indécent se désagrège innocemment
Que l’ironie déstabilise les radieuses certitudes sur les terres promises
Que l’ambition fait ses valises en recherche de terres plus fertiles que les sols décimés par les larmes arides
Quand l’océan se vide

Je retourne mes racines et les greffe aux nuages
Je questionne mes démons, insulte les présages
Soudoie des idéaux, caresse des images
Comme mon reflet brouillé dans le miroir du monde
Comme une mémoire souillée par la plume qui raconte
Et ravive une conscience mille fois morte de honte
Par trop assujettie à la norme qui gronde

Coupable d’harceler les étoiles
Je plaide la folie d’avoir voulu revivre

COSMOS

Vu l’heure

Vu l’heure tardive
Avant de partir à la dérive
Avant d’oublier mes origines
De renier ma couleur, de perdre mes racines
J’ose un dernier témoignage
Une gerbe de couleur noire sur la page
Où j’ai convoqué tous les orages

Pour l’amour d’une image
J’ai découpé le sens en zones contradictoires
J’ai insulté ma langue faible et transitoire
En inventant de nouveaux mots
Liquides et sanguins comme la neige
Aussi innocents qu’une pomme édénique

J’ai décrit
Les papillons aux ailes de mazout
Qui bruissent dans mon ventre depuis les événements
Qui brisèrent le soleil dans le ciel de ma jeunesse

J’ai écrit le vertige d’un rêve qui fut d’autant plus grand
Que mon cœur était sombre

Et la chute sans fin
Le désespoir sans fond
Le déni qui enfonce
La délivrance enfin

J’ai hurlé mes murmures aux murs de la ville
Déposé mes louanges aux pieds de langues habiles
Baladé mes errances dans cette ère rance
Embrassé la folie dans une dernière danse

Vu que le temps passe
Avant de de voir céder la place
Avant que ma mémoire ne s’efface
Que le sommeil s’avance, que la nuit ne me dépasse

Je rassemble péniblement mes ailes endommagées
Panse mes blessures, soulage mes plaies
En appliquant un baume concentré
De rimes déchantées, de verbe halluciné
Avant de m’envoler

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Il le faut

Il faut que ça sorte

Il y a cette chape médicamenteuse qui me brime
Qui comprime mes émotions qui les normalise
C’est un nouveau rituel prendre mon comprimé à heures fixes
Sous peine de succomber à mon imagination prolixe
Quelle menace

Il y a
Il y a ce rythme entêtant qui me nargue
Qui vient de l’intérieur de mon être en cage
Parfois j’ai envie de tout larguer pour partir à nouveau sur mon océan de folie
Je n’y peux rien il faut que ça sorte
Il faut que ça pète
Et ce ne sont pas ces larmes
Qui vont me soulager
A quoi bon un ruisseau
Quand le torrent s’étouffe de rage et de silence inavoué

Il y a ces souvenirs floutés par les drogues ou par l’émotion
Des vagues de chaleurs qui m’ont traversée
Entrecoupées de courants glacés
Se sentir en vie
Et tout autant en détresse
Subir cette alternance et vivre les contraires dans le même élan de la pensée
Et le cœur battu
De paroles rebattues
Il y avait tant de vérité dans mes incertitudes
Comme de résignation dans mon quotidien tiède

Chaque soir
A la même heure
Il y a ce bonbon rose qui font sur ma langue
Et qui me garantit de rester à votre portée
Humaine
Et votre impression de me comprendre est tellement dérisoire
Quand je pense aux cris que l’on entend dans un hôpital psychiatrique
De l’eau roule sur mes joues pour tomber sur la table
Et je repense à cette grâce vulnérable que vous trouviez magique
Alors que j’étais déjà loin sur ma planète
Que j’étais perdue
Que je n’avais plus de tête

Il y a
La stabilité dont je ne voulais pas
Et l’inspiration qui s’en va
Qui s’en va

Il faudra pourtant que ça sorte
Que je défonce les portes
Que je vous transporte
Qu’enfin je me comporte
Comme si je n’étais pas morte
Comme si j’étais plus forte

Comme si les dieux ne s’étaient pas ligués pour me faire chuter après m’avoir montré l’extase
Comme s’il n’y avait pas de prix à payer

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Mes yeux

Ils ont fermé mes yeux

J’ai vu tant de beauté que c’en était intolérable
J’ai vu tant de souffrances
La vérité est une plume de verre
Transparente et fragile
Sur mes épaules l’espace avait la densité du plomb
J’ai donc fait un vœu impossible à tenir
Un vœu de pureté

Ils ont fermé mes yeux

J’avais rasé mon crâne
Ce nœud de racines emmêlées
Et dissimulé mon corps sous d’amples tissus noirs
En deuil de moi-même
Je n’étais plus qu’une plaie

Ils ont fermé mes yeux

Alors que des pensées étrangères frappaient ma tête
Que mes prunelles absorbaient des lumières
Invisibles au commun des mortels
Que mon cœur bondissait de merveille en merveille
La paix était dans l’unité
De ma chair avec la chair des peuples
De ma peau avec l’écorce du monde
Je n’en finissais pas de saigner
Ma colère
Pouvait déclencher une guerre à l’autre bout du monde
Et mon sourire guérissait les blessures
Des âmes torturées par un système absurde

Ils ont fermé mes yeux

Désormais
Comme une aveugle dans une pièce familière
Je tâtonne pour deviner les masques
Le voile d’Isis est retombé sur la scène
Je tente de trouver ma place dans la parade
Mes pas sont décalés

Ils ont fermé mes yeux

Je suis une amnésie ambulante
Ma passion restée dans une ambulance
Je ne danse plus
C’est fou
Ce qu’ils distribuent comme pilules pour éviter que la terre tremble
Je m’étais dressée
Pour réclamer justice il me semble
Mais je ne me souviens plus
Dans quel océan se noient les rêves déchus

Ils ont fermé mes yeux

Ma jeunesse est déçue
De tristesse repue
Les fleuves devaient brûler
Et les rues s’animer
La vie devait changer
Pour les laissés-pour-compte
Au nombre desquels je suis
Impuissante et troublée
La volonté flétrie
Le désir abîmé
Observant les vivants
Au nombre desquels j’étais
Sans un soupçon d’envie
Chimiquement résignée

Le confort est fragile
A qui le tour demain
Qui verra son destin
Se fracasser de l’étoile
Où il était projeté
Et combien de milliards
Pour renverser les choses
Et quand est-il trop tard
Pour défendre une cause
Quand apprendre à se taire
Et quand se laisser faire
Quand se laisser porter
Juste une goutte du fleuve
Qu’on veut voir déborder

Je ne serai plus là
Et que restera-t-il
Des convictions fragiles
Une trace, un babil
Une larme malhabile
Désespoir volubile

Plus on sait moins on peut
Ils ont fermé mes yeux

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Vivants

Sur les rives ensanglantées d’un Eden scarifié
Nos rêves viennent s’échouer transpercées par les lames de critiques désincarnées
Des hurlements parcourent la plaine
Des fantômes enlisés dans la peine
Tandis qu’une fumée cloutée sort de nos bouches polluées
Et les palais dévastés
Abritent des rumeurs où le passé se soulage
Défonçant la blancheur de la page
Et la blondeur des plages
Disparaît à force d’exils forcés

Sur la vacance du quotidien souillé
Par le champ lexical de l’abandon et du désespoir
Voilà que je dilue le noir
A défaut de broyer les couleurs sur ma palette rouillée
Où moisissent les relents de mon enfance reniée
Parce que dévastée de trop de gravité
Une complainte aigüe sort de ce corps trahi
Déformé par une tentative de rectification moléculaire
Trop souvent oublieux de son propre enfer
Une chanson maudite qu’on pleure depuis la nuit des temps
Depuis que la folie a étendu son impact sur nos mondes
Une mélodie que l’intellect sonde
Comme un intrus dans un univers où nulle raison ne devrait être
Enveloppes larmoyantes de nos âmes proscrites
Déchirez vos chairs dans un élan de survivance
Plongez en renaissance
D’un trépas au suivant puis à la lisière du cri primal
Riez en cascade puis jurez à rendre malades
Les dieux qui vous ont si vite abandonnés
A la première question au premier pourquoi

La liberté se niche dans nos tendres blasphèmes
Aussi aigüe que le réel dans un trip psychédélique
Que la révolte se fiche dans vos trémolos blêmes
Comme dans ce texte sans thème
Tapuscrit testamentaire
Premier des mes derniers écrits
De seconde en seconde la fin se rapproche
Mais le temps ce voleur ne trouvera que des poches vides
Exhumera des squelettes de dinosaures
Restes de mon innocence candide
Sachez que je conchie vos colères civilisées
Car je brûle de ces tourments antiques
Qui déclenchèrent ces fièvres magnifiques
Que l’on peut lire dans le vent de l’absurde
Le souffle m’est compté
Ma muse incinérée
N’a laissé que des cendres en guise de témoignage
Des reflets ambrés sur une flaque de feu
Une claque ombrée sur un lit de ténèbres
Le soupir bleuté d’un démon polymorphe
Je me sens habitée par toutes les catastrophes
Et mon cœur reste là
A palpiter sans joie dans un océan de prunelles avides
Habité par les relents des songes de nos ancêtres
Ce sont les sphères des inconsciences
Que l’on visitait de notre plein gré
Et nos squelettes tatoués
Nos ambitions marquées
En guise d’horizon pour notre descendance
Seront la damnation qui serviront de guide
Comme nous avons suivi les plus sinistres druides
Pour nous guérir d’êtres vivants

 

horizon

Déraison

Nulle raison de t’en vouloir
Il n’y a que folie d’avoir voulu croire
Que dans l’ombre de tes phrases j’irais me reposer 

Nulle raison n’est venue pervertir mon âme quand je t’ai suivi
Nulle raison n’apaise encore mon cœur aujourd’hui 

Et ce sont tes paroles qui viennent écorcher le soyeux velours
Dont j’avais enveloppé notre a. 

velours miracle bleu marine 520 - Mail

Guérie

J’ai été malade de bonheur, mais je suis guérie. Je n’ai pas de mots pour traduire la joie. Je la vis sans paroles, sans discours, sans bruit… Ma gratitude est intérieure. Ma liesse était une explosion, désormais c’est un murmure. Je suis guérie. Mon allégresse était une chanson, maintenant c’est une caresse. Je suis guérie. Il me faudrait changer d’encre, celle qui coule dans mes veines est d’un noir profond. Je connais le bleu qui fait miroiter le ciel, mais j’ai tellement préféré me cogner aux montagnes, en planant… Je suis guérie. Je cueille les pâquerettes et ça me suffit.

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Miroirs

Je viens d’entendre le déclic de la folie
De peur que tu ne déchires mon cœur en deux
J’y ai planté mes dents l’ai réduit en lambeaux
Histoire que plus rien ne me touche

Liberté ma seule conquête
Qu’importent les épreuves qui en résultent
Je continue la lutte
Et prononce ton nom à chacun de mes pas
Je n’ai pas de sens et mets ma vie sens dessus-dessous pourquoi
Pour trouver les mots qui te feraient aller plus loin en toi
Liberté si je te chante telle une déité juchée sur un pinacle
C’est que j’ai vécu diverses sortes d’esclavages
Et en ait connu d’autres de trop près
Si dans un sursaut je choisis encore la voie de la lumière

Je n’oublierai jamais nos infinités de solitudes
Se reflétant comme les miroirs sans fin de nos affinités

reflet-ile-de-Munso

Evasion

Indépendamment de toute logique j’évolue
apprend à danser sur des rasoirs
Le soir, j’essuie sur mon ardoise mes comptes avec la vie
j’essaye.

Nos douleurs sont précieuses et pour garder vivante la mélodie des larmes
je tente d’extraire un échantillon d’âme
de ces liquides amers et salés comme l’eau de la mer
Que dans ses profondeurs reposent à tout jamais
les souvenirs qui tuent aussi sûrement que le viol assassine la vertu 

Aux démons des eaux j’ai versé mon obole pour que mes nerfs se lissent
Complice du silence, je l’avoue
mais me dévoue sans complaisance à la fureur qu’arborent mes pairs

Indifférente à la critique j’avance
Impermanente mon bateau glisse et j’apprivoise les fantômes qui s’immiscent entre les voiles
Dans la brume tout se précise la parole incise les nuages
pour faire surgir une pluie d’images où se dessine ma trajectoire

décrivant des chemins d’évasion comme des cercles lumineux dans le noir

evasion