Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: humanité

Pas sage

Nos corps sont des passages

Dans la béance écarlate
Je ne connais que moi
Et l’œil unique multiplié par la lumière

Il n’est pas encore né le miroir
Qui saura me reconnaître

Je le vois suspendu à la gorge d’un fétiche
Où se fichent autant de clous
Que de peines dans mon cœur

Puissance dormante attendant d’être invoquée dans la langue adéquate

Quelque part en moi je sais tout
Je sais regarder sans intention ni espoir
M’incliner devant l’herbe qui se couche sous mon pas
Éprouver ma gratitude à l’aune des plus infimes signifiances
Et la force de mon indulgence envers les géants

J’ai renoncé à trouver mon semblable
Enfin

Que ma voix se perde dans l’ivresse manifeste
Que mon souffle imprime la maîtrise absolue
J’ai tenté de cacher ce que je pensais être
Et personne n’y a cru

Vous êtes la soif et je suis cette eau
Qui attise à n’en plus finir
Cette soif que seules les constellations désaltèrent
Et qui vous fera trouver des galaxies
Dans un grain de poussière.

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Un possible amour

L’amour est impossible
A qui refuse
L’avalanche de feu
La soif incendiaire
Et le manque
Le manque lancinant
Car l’absence est inéluctable
C’est l’envers d’un sentiment qui nous élève
Pour mieux nous montrer notre petitesse

L’amour est impossible
A quiconque se croit grand
Indispensable
L’amour est improbable
Pour qui se sent coupable
D’être aimé sans mérite
 
Et pourtant il abonde
Comme le vent dans les steppes
Comme la lumière sur le visage d’un nouveau-né
Pourtant il sera donné à tous même
Aux mains fermées
L’amour caressera les ongles
Jusqu’à faire mal
Pour entrer
Pourtant il sera toute ivresse
De joie pour le nouveau soleil
D’espoir pour une nouvelle  terre
Humanité
 
L’amour devient possible
Comme le temps qui s’exauce
Devant des foules entières
Emportées
L’amour devient colère
Il devient lutte, et guerre
Sous nos contrées
 
En même temps
Quelque part
Un enfant
Apprend à chanter

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A court de prières

Je suis à court de prières
Partout la guerre
Des enfants meurent
Et je fais le caprice de ma soif d’amour
Jour après jour

Ailleurs le monde se soulève
Ici la révolte en grève
De la moitié de l’humanité
Toujours soumise et mains liées

Dans mon parcours
J’ai vu la belle étoile rester silencieuse
Et quand le soleil m’a répondu
J’étais heureuse
D’être folle
Mes dreads se sont dressées sur ma tête
Puis pour mon crâne rasé d’ascète
Ce fut la fin du monde

On chante la crise
D’autres s’enrichissent
La planète agonise
Pourtant des enfants naissent
Comme les arbres tombent

Et pour nos frères
On perpétue le calvaire
Veaux vaches cochons couvées
Menés au massacre quotidien
Dans l’indifférence des gens de bien
Et moi je transgresse chaque jour
Sans prétention je fais tout pour
Donner à ma liberté ses lettres de noblesse
En chassant la tristesse
Je suis à court de prières
Mais j’ai un corps pour aimer
Bibliquement
J’ai tout donné.

encens

J’imagine

Tandis qu’irrésistiblement avancent les pions assassins des temps présents
Je tisse un filet de mes mots
Pour que l’on se souvienne de ces jours
Qui emportent l’Histoire dans une marée de sang
On vomit nos griefs en rafales
Dans l’espoir de toucher votre âme de quelque rime perdue
Pour votre plus grand mal
Nous n’avons de sagesse que celle qui poussa sur ce lit de démence
Dans les terrains vierges de la pensée
Sur nos visages
Les sillons laissés par les relents d’un mauvais sort
Et sur la langue
Une prière prête à prendre son essor
Pour aller grossir les tomes des évangiles du millénaire
Cela fait si longtemps que les poètes prophétisent l’éclipse de la raison
La fuite des saisons
Rythmée par le nombre d’innocents régulièrement massacrés
Cela fait si longtemps que ça gronde en silence
Tel le bruissement d’une forêt millénaire
Qui plonge ses racines dans des eaux rances
Et c’est toujours demain que surgissent les colombes
Que se taisent les bombes
C’est toujours demain
Qu’il fera bon d’être humain

A ceux qui n’en peuvent plus d’attendre
A ces nuques qui se plient
A ces genoux fléchis
Qui par milliers implorent la fin des jours opprimés
Ces veines qui se vident
Ces yeux qui appellent de toute la force qu’ils n’ont plus
Pour que se tournent enfin vers eux nos faces livides d’indifférence
Mépris programmé par nos préoccupations de propriétaires
Pour de mesquins progrès qui nous paraissent prioritaires
S’étourdir en consommant pour atténuer sa conscience de l’enfer
Ces ailes qui se brisent
Ces enfants qui se taisent
Dans le paysage familier de l’horreur
Avec la vie se transmet la terreur d’exister
De temps à autre être atteint par d’attrayantes images
Où des humains évoluent dans d’autres paysages
D’abondance de biens qui se produisent et qui se jettent avec la même cadence folle
Et dans son dénuement
Rêver de tout plaquer pour entrer dans la danse
Du monde civilisé
J’imagine d’où peut jaillir la rage des justes
J’imagine qu’il y a un monde à prendre
Et qu’il nous attend là
Au bout de quelques pas que nous ferions ensemble
Quelques pas qui suffiraient pour que la terre tremble
C’est écrit dans les livres qu’on a si bien appris
Déjà des foules de sont levées et sur la foi de mots dits
Ont fait plier des empires
Puisse la parole éventer son plus bruyant secret
Par sa force
Des foules se sont levées à la face des tyrannies les plus veules
J’imagine juste que l’Histoire se répète comme elle nous a habitués à le faire
Car l’être humain ne supporte jamais les fers
Si longtemps
Que la colère finit par se taire

Ces vies qui se brisent
Et de ces corps brimés
Cette force qui naît
J’imagine

colombe