Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: innocence

Encore

Je viens de là où le sens est une grâce accordée à l’être par un souffle d’origine inconnue
Ici il faut se battre pour chaque phrase, il faut se saigner pour se mettre à nu
J’étais l’innocence même, habillée de vertu
Les loups m’ont eue, ils ont tiré à vue
J’écris au chevet de mon corps regretté
Même mon enveloppe n’est plus ce qu’elle était

Mon âme est une loque abîmée, trop souvent s’est jetée dans l’abîme
Des restes de chair amoncelées, une sorcière pour en faire un poème
Je viens de là où la souffrance inspire ses errances à un ange de papier
Ici il faut tricher pour vivre et sourire pour ne pas pleurer
Rien ne dit qu’au bout du chemin surgit la délivrance
Le goût de l’espoir est rance, je préfère être en transe
Tout en serrant les poings je ferme les yeux et je pense

Je viens de là où les racines éclatent le bitume pour faire pousser des fleurs d’amertume
Et les perles jaillissent des yeux quand la mélancolie nous rapproche des cieux
Ici je cherche la voie des rêves en fuyant le sommeil
J’ai beau ouvrir les yeux plus rien ne me réveille
Je viens de là où le verbe est flamme et la musique t’embrase
Dorénavant c’est l’ennui qui m’embrasse
Où sont passés les volcans, les tempêtes et les cyclones
Je voudrais bouffer de la rage au petit déj
Cracher ma colère part tous les pores
Je viens de là où le combat incessant rend la vie hardcore
Et j’en veux encore

tempete-dobrowner-01

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Vivants

Sur les rives ensanglantées d’un Eden scarifié
Nos rêves viennent s’échouer transpercées par les lames de critiques désincarnées
Des hurlements parcourent la plaine
Des fantômes enlisés dans la peine
Tandis qu’une fumée cloutée sort de nos bouches polluées
Et les palais dévastés
Abritent des rumeurs où le passé se soulage
Défonçant la blancheur de la page
Et la blondeur des plages
Disparaît à force d’exils forcés

Sur la vacance du quotidien souillé
Par le champ lexical de l’abandon et du désespoir
Voilà que je dilue le noir
A défaut de broyer les couleurs sur ma palette rouillée
Où moisissent les relents de mon enfance reniée
Parce que dévastée de trop de gravité
Une complainte aigüe sort de ce corps trahi
Déformé par une tentative de rectification moléculaire
Trop souvent oublieux de son propre enfer
Une chanson maudite qu’on pleure depuis la nuit des temps
Depuis que la folie a étendu son impact sur nos mondes
Une mélodie que l’intellect sonde
Comme un intrus dans un univers où nulle raison ne devrait être
Enveloppes larmoyantes de nos âmes proscrites
Déchirez vos chairs dans un élan de survivance
Plongez en renaissance
D’un trépas au suivant puis à la lisière du cri primal
Riez en cascade puis jurez à rendre malades
Les dieux qui vous ont si vite abandonnés
A la première question au premier pourquoi

La liberté se niche dans nos tendres blasphèmes
Aussi aigüe que le réel dans un trip psychédélique
Que la révolte se fiche dans vos trémolos blêmes
Comme dans ce texte sans thème
Tapuscrit testamentaire
Premier des mes derniers écrits
De seconde en seconde la fin se rapproche
Mais le temps ce voleur ne trouvera que des poches vides
Exhumera des squelettes de dinosaures
Restes de mon innocence candide
Sachez que je conchie vos colères civilisées
Car je brûle de ces tourments antiques
Qui déclenchèrent ces fièvres magnifiques
Que l’on peut lire dans le vent de l’absurde
Le souffle m’est compté
Ma muse incinérée
N’a laissé que des cendres en guise de témoignage
Des reflets ambrés sur une flaque de feu
Une claque ombrée sur un lit de ténèbres
Le soupir bleuté d’un démon polymorphe
Je me sens habitée par toutes les catastrophes
Et mon cœur reste là
A palpiter sans joie dans un océan de prunelles avides
Habité par les relents des songes de nos ancêtres
Ce sont les sphères des inconsciences
Que l’on visitait de notre plein gré
Et nos squelettes tatoués
Nos ambitions marquées
En guise d’horizon pour notre descendance
Seront la damnation qui serviront de guide
Comme nous avons suivi les plus sinistres druides
Pour nous guérir d’êtres vivants

 

horizon

Regarde

Regarde ce que tu m’as fait
J’étais unifiée
Et tu m’as désossée
J’étais une princesse
Et tu m’as faite souillon
Comme un conte à l’envers
Une parole à terre

J’étais l’innocence
Tu m’as rendue fêlure
Pour sûr
J’étais faite pour tes bras
Je n’étais pas prête pour toi

Regarde
Mes compagnes d’infortune
Hurlent à la lune

J’étais une lionne fière
Me voici une mouche
J’ai souvent raté le coche
Tu m’as faite écorchée
J’étais vive
Et tu m’as statufiée
Regarde ce que tu m’as fait
De tes yeux
Qui ne m’ont jamais vue
Constate de ta main blême
Fantomatique
Les contours de mon corps
N’ont plus rien d’érotique
Je suis en verre pilé
J’étais un vase sacré
Salaud tu m’as brisée
A fait de moi la risée
De ceux qui se respectent
Ordure tu me débectes
J’étais toute empathie
Je ne suis plus que pitié
Mortelle et vide de grâce
Indigne

Les mots s’effacent
La honte a pris la place
Ma muse en est morte de tristesse
Non mais regarde
Regarde ce que tu m’as fait
Et regarde ce qui reste
Une empreinte farouche
Un cœur mis sous serrure
La volonté d’en rire
Un témoignage secret
Regarde ce que tu m’as fait
Regarde

felee

Ne pas chercher

Ne pas chercher
Ne pas chercher le mot qui frappe
Le mot qui tue
Ni la rime qui caresse
Ne pas chercher
Écrire à tout prix
Pour se désaltérer
Posée dans une oasis
Entourée de souvenirs qui affleurent
Ne pas regretter l’innocence
Que l’on a jamais connue
Mais savourer la conscience de toute chose
Le parfum d’une rose
Et même
Une bouffée de cigarette ce poison

Des volutes d’encens
Inspiration volatile
Cœur fébrile
Des mots qui s’enchaînent
Pour des phrases qui libèrent
Un soupçon de cannabis dans l’atmosphère
Je n’y aurai pas droit
Mon cerveau ravagé
Est déjà passé par là
Je connais
Ces chemins artificiels
De substances plus ou moins naturelles
Vers l’unité bien réelle

L’harmonie que mon cerveau synthétise
A partir d’une molécule légale
Est-elle plus ou moins concrète ?
Le mieux
C’est de ne pas se poser la question
Quand on a vécu en état d’urgence
La moindre parcelle de paix se savoure
Comme une friandise inespérée

Je n’ai pas fini d’être révoltée
Mais je n’irai plus errer dans les limbes

Sans la transe
Mon bic a perdu en puissance
Mais la force de mon écriture noire
Se nourrit encore d’espoir

transe_2

Chambre d’enfant

Dans sa chambre
Entre les murs qui auraient dû entendre fuser les rires
Le silence éclate
À en faire péter les vitres
C’est un enfant qui se tait
C’est un corps qui s’éteint
Entre les mains qui auraient dû l’aider à grandir
C’est un cœur qui étreint l’horreur indicible
De l’innocence prise pour cible

enfant triste

Le chant du cygne

Comme je devrais avoir honte et comme je vous emmerde
comme je devrais raser les murs
depuis longtemps déjà depuis que je sais que mes raisons d’être
sont ceux que les prisons sociales ignorent
depuis que le cheminement de mon âme curieuse
m’amène à traverser toutes sortes de décors
obscurs aux yeux des autres
aux yeux des gens normaux

je devrais avoir honte
me faire soigner avaler des cachets et même demander l’internement
si j’avais l’impression que mon destin me ment
en me faisant miroiter la liberté par le crime envers la bien-pensance..
Je devrais avoir honte mais je vous emmerde
mon illicite jouissance en dessine les contours
de cette île où en dernier recours
je me retrouve avec moi-même
avec ma peau
et mes rires et mon vagin qui pleure
et mon cynisme et mon enfance qui se meurt
non sans avoir poussé son chant du cygne
avec mes veines saillantes mes cicatrices
mes désirs sous contrôle et ma soif de caresses
et mon envie d’aimer qui ne se meurt pas !
Je l’achèverai de mes dix doigts
à la faveur d’un clavier à la lueur de la lune
de quelques rimes tirées à bout portant
L’innocence semble impossible à ceux qui savent le goût du sang

lac-du-cygne.72452

Nos habitudes

Ma flamme dissimulée derrière un masque de décence
J’ai longtemps couru après mon innocence
Parfois, c’est pour partir en voyage que je noircis des pages
Là, entre les lignes
Je déchiffre les signes qui m’emmènent vers de nouveaux paysages
Où je poserai mes bagages
Cette île approche que je prenais pour un mirage
Hâtivement mais sûrement
Je suis la source
Vient le fleuve qui nous rassemble, puis la mer enfin
Je respire la musique
Vos paroles me soulèvent loin du climat délétère qui erre sur la terre
Je m’élève
Je savoure la trêve
Une bouffée de l’amour dont l’absence nous crève

Dites-moi si je rêve
Quand je vois cette île flottante dans le ciel de nos prières
Cette forteresse où d’autres lois se dessinent
Ce char à l’assaut du présent qui nous mine
Dites-moi si je rêve
Quand j’entends
L’appel incessant d’un ordre différent
Dans nos slams, nos cris du cœur
Et nos souffrances, et les récits de nos malheurs
Me font crier urgence ! 

En prenant ma défense au tribunal qui jauge les rancœurs
Je parle des femmes
De ces destins décidés dès la première heure après la naissance
D’un bout de chair en plus ou en moins qui nourrit de si différentes espérances
Je parle des filles et des sœurs
Et des amantes
De leurs rêves clandestins qui les font libres enfin
Loin d’un regard trop souvent réducteur
Loin du pouvoir, loin du miroir enfin
Qui reflète trop bien les attentes du monde !

En livrant mon témoignage au procès de la peur
J’explique les hommes
La marque de leurs doigts sur mes poignets quand ils me veulent trop fort Leurs excès quand ils m’adorent
Au point de vouloir m’enfermer
Précieuse propriété…
Délicieux et délicat objet je me suis faite entre leurs mains
Ils m’ont pourtant presque brisée

Et c’est la voix encore pleine de ces fêlures
Que j’évoque les hommes et leur nature artificiellement programmée pour nous dominer

Alors que je prends la parole à la barre des accusées
J’invoque le désir
La tendresse, la douceur de ces courbes familières
De cette peau à l’odeur étrangère
De ces lignes qui me guident jusqu’au cœur du mystère
Et pourquoi n’y aurais-je pas droit ?
N’ai-je pas soif moi aussi de ces caresses qu’ont délivré mes doigts
Sur d’autres corps qui ne parlaient pas le même langage que moi ?

Je repense à leurs pièges
A leur violence sacrilège
Qui prend
Parce qu’elle peut
Après le cauchemar et avant de prendre les armes
Il est vrai que je me suis contentée de peu

Alors quand pour un peu de respect on me demande de la gratitude
Je dis non
Il va falloir changer vos habitudes

Il y a une sale mentalité qui subsiste et qui nous rend la vie si rude
Tout s’explique par le poids de l’éducation qui forge nos attitudes
Il va falloir changer nos habitudes

th (21)