Rêves, errances

Chemins de textes

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Encore

Je viens de là où le sens est une grâce accordée à l’être par un souffle d’origine inconnue
Ici il faut se battre pour chaque phrase, il faut se saigner pour se mettre à nu
J’étais l’innocence même, habillée de vertu
Les loups m’ont eue, ils ont tiré à vue
J’écris au chevet de mon corps regretté
Même mon enveloppe n’est plus ce qu’elle était

Mon âme est une loque abîmée, trop souvent s’est jetée dans l’abîme
Des restes de chair amoncelées, une sorcière pour en faire un poème
Je viens de là où la souffrance inspire ses errances à un ange de papier
Ici il faut tricher pour vivre et sourire pour ne pas pleurer
Rien ne dit qu’au bout du chemin surgit la délivrance
Le goût de l’espoir est rance, je préfère être en transe
Tout en serrant les poings je ferme les yeux et je pense

Je viens de là où les racines éclatent le bitume pour faire pousser des fleurs d’amertume
Et les perles jaillissent des yeux quand la mélancolie nous rapproche des cieux
Ici je cherche la voie des rêves en fuyant le sommeil
J’ai beau ouvrir les yeux plus rien ne me réveille
Je viens de là où le verbe est flamme et la musique t’embrase
Dorénavant c’est l’ennui qui m’embrasse
Où sont passés les volcans, les tempêtes et les cyclones
Je voudrais bouffer de la rage au petit déj
Cracher ma colère part tous les pores
Je viens de là où le combat incessant rend la vie hardcore
Et j’en veux encore

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Ma muse

Quand je regarde en arrière
Je vois des drames, du sang,
Des combats sans vainqueur mais aux blessures irréversibles
Quand je caresse mes cicatrices
Je n’ai plus ce frisson sacré
Comme si j’étais sortie d’une adolescence
Qui a duré
J’ai mis du temps avant d’avoir la simple force
de me retourner
Je n’ai pas vécu dans un palace
J’habitais la vaste demeure de la poésie
D’où je fus expulsée dès que j’ai été raisonnablement guérie
De la fièvre des maudits
Cela me manque
La solidarité des parias
Cela me blesse
De constater la désertion de la colère
Là où elle est plus que nécessaire
Là où avant mon sang ne faisait qu’un tour
Aujourd’hui mon intellect est plus retors
Il a pris goût au confort…
Est-ce que c’est ce qu’on appelle trahir ?
Pendant longtemps je n’ai fait que fuir devant des malheurs qui n’avaient rien d’imaginaire
La fin de la galère a sonné le glas du mystère
Et ma muse ne s’en est pas remise
Elle aime l’adversité, la tranquillité la laisse indécise
Alors je lui donnerai ce mur à briser
Celui de mon orgueil et de mes peurs
Car je suis paralysée devant la page blanche
Moi qui avais le verbe qui tranche
Me voilà en rééducation lyrique
Me reste à apprivoiser la panique
Et peut-être que mes mots pourront à nouveau chanter
De leur musique sans note, de leur rythme scandé
Je jouais un jazz sauvage et instinctif,désormais
Je dois retourner au solfège en première année…
Ma muse m’a abandonnée

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A l’heure où…

Dans la deuxième partie de la nuit
A l’heure où les poètes vont boire
C’est l’éclosion de nos espoirs qui éclaboussent nos solitudes souvent teintées de sang
Derrière le rideau que forment nos regards
La réalité me parvient sur un mode expiatoire
Et le spectre de la honte retrousse ses babines
Se délecte de mes erreurs grossières
Lorsque ma soif de liberté me perd
J’ai tellement manqué de repères

Dans la troisième moitié de la nuit
A l’heure où les démons effleurent les miroirs
Mon reflet vacille mais mon image renaît
Vivifiée par le vertige et la terreur
D’où je tiens ma dangereuse candeur

Ma poésie exige quelques accrocs sur le linge blanc de vos valeurs
Cicatrices sans retour causées par l’immaculée sincérité de mes conceptions
J’ai tout à apprendre de l’amour
Je n’ai connu que la possession

Guettant les lueurs de la nouvelle journée
Encore sous l’effet d’un révélateur à 37 degrés
A l’ombre d’une lumière noire
Mes cicatrices dévoilent leur ampleur
La profondeur de leurs ravages persistants sur mon cœur

Je paie le prix fort pour leurs erreurs
Leur ignorance et ma douleur sont si intimement liés
Je remonte la piste de leurs désirs souillés
De l’esclavage insidieux dont j’ai été complice

Vient le premier battement du jour
Je cesse enfin d’incriminer le souvenir de mes blessures
Je lève le voile sur le futur que je m’étais inventé
Et dont j’avais lâché la clé
En même temps que les chaînes qui m’entravaient

Je me saisis maintenant du métal
Tour-à-tour brûlant ou glacé
Selon que ma colère soit froide ou mon désir ardent

Sur le premier battement du jour
Le temps s’est arrêté dans sa course lente
Juste un souffle d’amour pour le réanimer
Juste un souffle de notre amour
Pour le réanimer
Sur un inspir

Fleur-de-Pissenlit

Ma psychose

A toi ma psychose
Avec toi
Je voyais la vie en rose
Ou bien tout en noir
Entre le paradis et l’enfer
Il n’y avait pas d’intermédiaire
Ma psychose
Tu m’as portée au pinacle
Tu as causé ma débâcle
Tu nourrissais mes passions
Ma source d’inspiration
Ma psychose
Tu m’as rapprochée de Dieu
Au point d’entendre sa voix
Tu m’as mise en face du démon
Et sans y faire attention
Je l’ai embrassé de mon courage
Toi ma psychose
Tu m’as offert de belles images
Révélé les plus beaux des songes
Et fait de ma vie un cauchemar
J’étais sujet de ton message
Mais désormais il est trop tard
Je suis une petite fille sage
Et je ne te reverrai plus
Je prends mon cachet à heures fixes
Et je ne crois plus en tes mensonges
Parfois tu me manques
Toi et ta frénésie rouge
Dans ma vie plus rien ne bouge
Ma folie est sous contrôle
C’est sûr que c’est beaucoup moins drôle
Sans toi ma psychose
Les fantômes de mes désirs
Ne reviennent plus me hanter
Ni m’inspirer de belles phrases
Éclats de colère
Fragments de lumière
Parfois j’aimerais te récupérer
Le temps d’un frisson
Ou d’une récitation
Histoire de vibrer
Histoire de trembler
Histoire de
Me raconter des histoires
D’anges et de prophéties
Mais ce temps est bien fini
Je ne te reverrai plus
Ma belle, ma terrifiante psychose
J’aurais pu vivre avec toi jusqu’à la mort
Précoce
Mais ils ont voulu que je vive
Comme une écorce vide
Tu étais mon énergie
Féroce
Tu étais mes ailes et ma prison
Je ne te reverrai plus
Mais je t’ai aimé comme on aime
Un reflet erroné dans un miroir.

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