Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: mémoire

Terre noire

Je suis en prise avec une main qui écrit seule
Comme on remonte à rebours un conte phénicien
Un sens qui s’étale obscène se met à nu dans sa vacuité
Dépouillé de tout style – vérité
 
Une perle tombe et à l’impact se liquéfie
Une image parle
Couronne à terre
Sur le sol des hommes crient « Kemet »
Ils cherchent leur négritude
A même le sable de l’histoire

Sur la peau
La mémoire s’est inscrite en forme de cicatrices
La douleur s’est transmise
De mère en fils
Des chaînes faisant office
De souvenirs
 
Ligaturée sur le papier
Soumise à l’ordre chronologique
Notre dignité de peuple
N’en finit pas de se réveiller

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Prélude

J’écris pour un amour dont les préludes ont balayé mes certitudes
Élucider nos silences sans éluder leur importance
Disséquer le nœud de l’absence
L’examiner dans tous les sens
Jusqu’à son terme
De ta présence être enfin pleine
J’écris le souvenir d’instants si puissants que je m’en remets à peine
J’écris pour que tu saches que tes soupirs
M’arrachent encore des lambeaux de mon être ancien
Ode à la mémoire d’un présent constamment renouvelé
Témoignage tout droit venu d’un futur qu’il nous reste à inventer
J’écris l’impact de tes yeux dans les miens
L’onde de choc qui se propage dans ma terre intérieure
Pour qu’émerge un continent vierge des ravages de la peur
Le cœur en exergue
Je crie en toutes lettres ce secret
Qui dans le creux de nos lèvres s’est inscrit
Avec l’exactitude des vérités
Qui ont subi l’épreuve de la vie

baiser

Dans ma mémoire

Dans ma mémoire
L’amour est ce liquide brûlant
Cette lave incandescente
Qui t’arrache à tes certitudes
Rend le confort méprisable
Et le luxe désuet

Dans ma mémoire
Il s’agit d’un trouble enviable
Comme un virus souverain
Qui te fait trembler comme un arbre sans racines
Et pourtant ancré au plus profond
Là où le désir pousse et se renouvelle

Il n’y a rien de plus terrifiant et de plus sacré
Que cet élan vers le corps de l’autre
Qui rend toute révolution possible
Et la tiédeur infecte

J’aimerais perdre la mémoire
Pour me donner une chance
D’imprimer à mon cœur un rythme tranquille
D’abreuver mon âme avec le nectar des dieux
Un sentiment nouveau et pourtant ancestral

Ah si l’amour était un oiseau
J’en détruirais des cages…

livre-envol

Bilan

Au plus loin que remonte ma mémoire
Je me suis toujours efforcée de suivre mon cœur
Peu importe ce qu’en dirait un bilan objectif établi par quelque observateur
Je peux m’estimer fière de ne m’être pas perdue
Ce que je refusais par dessus tout
Me laisser couler dans un moule quelconque par paresse de l’âme
Certes j’ai peur de souffrir
Mais pas de la désapprobation publique ou de la solitude
Certes je frémis comme chacun-e devant les spectres de la misère et de la maladie
Mais ma plus grande crainte
Ce qui m’effraie par dessus tout
C’est qu’en posant sur moi-même un regard lucide
Je m’aperçoive avoir renié ma liberté
A force de concessions aux idées toutes tracées
C’est un vide de terreur
Qui te saisit et qui te glace
Lorsque tu réalises avoir laissé une volonté de masse
Prendre la place de ton destin
Qu’est-il de pire que de faillir à sa mission d’être humain ?
Je vis pour préparer le dernier instant où nul n’échappe à soi-même
Je veux partir en paix.

La mort.
Partout, demain, ici, maintenant
La mort qui éclaire de sa lumière les chemins que nous avons à déchiffrer
La mort, l’oubli
C’est contre cet oubli que nous formons familles
Que nous écrivons des livres
Que nous bâtissons des cathédrales et remplissons des chapitres d’Histoire
Cette lutte inspire les actes les plus vils et les guerres les plus nobles
Trop souvent, nous suons, saignons et prions
Pour être gravés dans une conscience éphémère
N’est-ce pas que l’éclat d’une étoile
Est plus pérenne que le retentir de nos actes dérisoires ?
Cet Invisible qui transperce les infinis
Porte déjà nos traces
Sachant cela, nous pouvons rire avec les astres
Tout mortels que nous sommes

Nous sommes de cette matière enflammée qui forme les comètes
Issus du même mouvement qui projette la chaleur du soleil vers la Terre
En rejetant la nuit, nous nous rendons contraires à l’univers
En rejetant la mort
En rejetant l’oubli

th (38)

La forêt

C’était dans la forêt
La pluie battait son rythme sur les feuilles des cahiers de ma mémoire
Et c’est dans cette forêt que tout a commencé

Claquant mes pieds nus sur les chemins d’acier
J’ai dansé
Et l’appel a surgi, tremblant, vulnérable
Plongeant d’un seul souffle jusqu’aux cimes des arbres
Pour atteindre enfin ce totem végétal
Qui seul pouvait m’entendre
M’étreindre
M’attendre

C’était dans la forêt
Que j’ai dénoué une à une mes puissantes racines
En tremblant de légèreté devant l’immense
Devant la pugnace densité de mon existence entêtée
Impuissante à stopper le fouet de la réalité
Dans cette forêt
J’ai pleuré sur le sang de mon dos strié
Dans cette forêt
J’ai sué mon âme ébahie de douleur
J’ai vomi mon cœur halluciné
J’ai questionné l’indifférence des saisons face au cycle incessant de mes raisons et déraisons
Dans cette forêt
J’ai su
J’ai compris
Et je me suis perdue à force de suivre les sentiers balisés

C’était dans la forêt
La pluie battait son rythme sur les feuilles des cahiers de ma solitude
Je me suis dressée nue contre les turpitudes
Et les ronces, les épines, ont mis à feu mes pauvres habitudes
Me laissant brûler vive sous un déluge de colère
D’amertume
Le jour brillant
Ne pouvait rien contre mes ténèbres
Et la nuit venue
Elle ne pouvait rien contre ma lumière
De toute ma finitude, je me dressais, fière
Palpitant de syncope en syncope
Vibrant d’un espoir atroce
Comptant sur ma chair les marques laissées par les crocs de ces bêtes féroces qui m’attaquent par milliers
Et moi dans cette forêt
M’habillant de leurs peaux
Me camouflant sous leurs odeurs
J’attends
Rageusement
Que vienne enfin mon heure
J’avale leur venin, je le fais élixir
Du creux de mes mains vides je fais naître des empires

La pluie bat son rythme sur les feuilles des cahiers où s’animent mes désirs
J’y ai élu domicile
Immuable et versatile
Dans la forêt des mots
cerisier