Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: monde

Fard d’eau

Je porte la tristesse
Et le deuil caché
Je porte des souvenirs
Et des rêves échoués
Je porte une allégeance
A des poèmes fâchés
Inégaux et froissés
Aux questions déplacées

Je porte le lourd silence
D’une nuit autopsiée
Je porte la douleur
D’un monde écartelé
Je porte la tendresse
Pour la chair éprouvée
Sous contrainte et soumise
Pour être désirée

Je porte la solitude
Comme un cadeau précieux
Je porte le renoncement
Au sein de mes entrailles
Je porte la liberté
Dans le moindre refus
Et dans mes différences
Je porterai la plume

 

fourmi

Publicités

Mes yeux

Ils ont fermé mes yeux

J’ai vu tant de beauté que c’en était intolérable
J’ai vu tant de souffrances
La vérité est une plume de verre
Transparente et fragile
Sur mes épaules l’espace avait la densité du plomb
J’ai donc fait un vœu impossible à tenir
Un vœu de pureté

Ils ont fermé mes yeux

J’avais rasé mon crâne
Ce nœud de racines emmêlées
Et dissimulé mon corps sous d’amples tissus noirs
En deuil de moi-même
Je n’étais plus qu’une plaie

Ils ont fermé mes yeux

Alors que des pensées étrangères frappaient ma tête
Que mes prunelles absorbaient des lumières
Invisibles au commun des mortels
Que mon cœur bondissait de merveille en merveille
La paix était dans l’unité
De ma chair avec la chair des peuples
De ma peau avec l’écorce du monde
Je n’en finissais pas de saigner
Ma colère
Pouvait déclencher une guerre à l’autre bout du monde
Et mon sourire guérissait les blessures
Des âmes torturées par un système absurde

Ils ont fermé mes yeux

Désormais
Comme une aveugle dans une pièce familière
Je tâtonne pour deviner les masques
Le voile d’Isis est retombé sur la scène
Je tente de trouver ma place dans la parade
Mes pas sont décalés

Ils ont fermé mes yeux

Je suis une amnésie ambulante
Ma passion restée dans une ambulance
Je ne danse plus
C’est fou
Ce qu’ils distribuent comme pilules pour éviter que la terre tremble
Je m’étais dressée
Pour réclamer justice il me semble
Mais je ne me souviens plus
Dans quel océan se noient les rêves déchus

Ils ont fermé mes yeux

Ma jeunesse est déçue
De tristesse repue
Les fleuves devaient brûler
Et les rues s’animer
La vie devait changer
Pour les laissés-pour-compte
Au nombre desquels je suis
Impuissante et troublée
La volonté flétrie
Le désir abîmé
Observant les vivants
Au nombre desquels j’étais
Sans un soupçon d’envie
Chimiquement résignée

Le confort est fragile
A qui le tour demain
Qui verra son destin
Se fracasser de l’étoile
Où il était projeté
Et combien de milliards
Pour renverser les choses
Et quand est-il trop tard
Pour défendre une cause
Quand apprendre à se taire
Et quand se laisser faire
Quand se laisser porter
Juste une goutte du fleuve
Qu’on veut voir déborder

Je ne serai plus là
Et que restera-t-il
Des convictions fragiles
Une trace, un babil
Une larme malhabile
Désespoir volubile

Plus on sait moins on peut
Ils ont fermé mes yeux

9947087-fermeture-a-glissiere-ouvrant-les-yeux-sur-un-fond-noir

Vogue vague

Vogue vague sur les remous du passé qui me narguent
L’avenir est une blague
On est tous à courir après notre épilogue
Tandis que le présent s’élague
Je rame sur un océan de rimes en pédagogue
Complice de tristes idéologues
De peur que mes idéaux ne me larguent
Le cœur à l’abri dans sa bogue
L’espoir condensé dans une bague
Je m’accroche aux bords de la pirogue
M’injectant de l’amour en guise de drogue
Pour conjurer les malheurs du catalogue
Où s’accumulent les chocs encaissés sans airbag
Vogue vague
Ce monde est un goulag
Où le désir te drague
Où tes problèmes reviennent comme un running gag
Fruits de ton subconscient
Qu’il te faudra trancher à la dague
Avec ses morceaux construire une digue
Ou bien ramer à en devenir dingue
Espérant vaguement le secours d’un flingue
Pour suicider la mort qui se pointe à toute berzingue
Pour l’esquiver tu feras des zig-zags
Alors vogue vague un mot d’espoir sur ta langue
Vaque pendant que le présent te déglingue
L’avenir est une blague

Tsunami_by_hokusai_19th_century

Je suis

J’écris depuis toujours. Depuis que j’ai découvert que les mots peuvent soulager nos maux. Partage de brisures intimes, les phrases tricotent un sens à ma vie décousue. Je cherche.
J’imagine que chacune, chacun, tente à sa façon de remontrer le labyrinthe jusqu’au noyau de son être, là où l’amour respire l’évidence, où les mirages du paraître s’estompent pour faire place au miracle de l’unité qui se révèle, et se livre sans relâche, malgré notre acharnement à l’ignorer.
Brouhaha de nos prières. Cacophonie de nos révoltes brouillonnes. Pourtant la paix et l’allégresse persistent à nous hanter de leur souvenir. Comme un codage génétique de l’âme, un programme caché.
Souffrance, colère et douleur; la vérité du vivant est avilie. Mais il n’est plus temps de chercher les coupables…
J’écris ma quête de sagesse. L’incohérence me guette gré de ces questions aux milliards de réponses.
Je suis le monde, la peste m’envahit lorsque j’ai laissé trop de rancœurs s’accumuler. Leurs exigences de vengeance m’acculent à mon insu. Lorsque demain se dérobe et recule, la peste de mon âme m’empêche de saisir les richesses du présent, les milliards de possibles qui s’articulent.
Échapper à la grande illusion du temps. Les plus beaux souvenirs pourrissent sous la pluie de nos larmes amères, et le néant de la douleur soigneusement entretenue par nos récriminations imbéciles, envahit tout.

Sur nos visages où la beauté s’éteint parfois la joie trace des cicatrices. Je voudrais étendre ces sourires spasmodiques pour déchirer le voile. Nous ne sommes que des étoiles fuyantes
Comme autant d’astres dans la galaxie, au-dessus des mondes qui s’éteignent et se créent dans une impermanence sensible

Je suis la chair, et je tremble. Asservie par décret je suis négligée, et je n’ai que ces sursauts de violence pour me manifester. Je jouis dans la décadence d’un jet de lave, et mes cendres fertiles recouvrent bientôt les cadavres
La nature sacrifiée ne se venge pas. Elle réagit, comme mon clitoris à la caresse de tes doigts.
Je porte la mort comme le Phœnix, je suis un mythe qui te guide et t’étreint, la couleur ombre qui dessine tes traits.

Je suis le monde et je n’existe que par tes yeux, toi que j’ai créé pour combler mon cœur, en secret, mon chaos intime, mon rêve, mon désespoir. Je t’aime.
Au milieu de ton corps où les pièges se nichent, innombrables comme les lames scintillantes dans une forêt d’épées, accueille-moi que je me trouve enfin
Je viens.

th (32)