Rêves, errances

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En nuit

Entre mes côtes vit un oiseau de nuit
Dont les yeux sont des lacs résolus
Et le sang plus lourd que l’encre noire
Répandant sa lumière tel un soleil occulte

A partir du silence de l’emprise désolée
Il parvient à extraire quelques larmes pour sa soif
Et puis d’une note à l’autre élabore une trace
Portée en dissidence à chaque nouvel envol

Cet oiseau a la clé des masques de l’effroi
Qu’il dissimule à l’aube au creux de mes racines
Laisse une piste de plumes à l’envers des nuages
Et puis déploie ses ailes pour que naisse le jour

Il lui faudra mourir éventré par l’aurore
En laissant sur ma peau quelque filtre secret
Une saveur qui danse au gré d’un verbe obscur
Inscrit en capitales dans l’air qui nous entoure

Entre toutes mes côtes vit un oiseau de nuit
Qui partage l’espace d’un papillon diurne

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Qui est-ce

Je suis
Un chien à trois pattes
Qui ne connaît que le rejet

Je suis un clochard anonyme
Un organisme lépreux
Un enfant de Tchernobyl
Au sursis éternel

Je suis
Un réfugié dans une jungle abjecte
Un enfant qui se tue à la mine
Un peuple en voie d’extinction
Un oiseau déjà disparu

Je suis une vache pleurant son petit
Une truie qui ne peut pas bouger
Je suis un être condamné
Promis à la consommation

Je suis un juge qui se parjure
Un prêtre doutant de sa propre foi
Une enfant abusée par le mensonge
Un parent qui se croit obligé

Je suis
Un professeur qui n’a rien appris
Un auteur qui ne sait pas lire

Je suis la misère qui s’ignore
Et la richesse qui se refuse

Je suis une déesse engloutie
Le temps qui ne venge rien

Je suis l’insecte que tu écrases
L’étoile invisible à ton télescope

Je suis l’aiguille dans ta chaire
Et le caillou dans ta chaussure
Je suis la somme de mes ancêtres
Le Verbe qui jamais ne s’est tu
Je suis le politicien corrompu
Qui vole la parole pour ne rien dire
Je suis la couronne et je suis la fange
Le symbole tracé dans le vent
Je suis ce singe qui fait des tours
Amer sujet d’une expérience
Je suis la folle scientifique
Qui donna vie à de la glaise
Je suis un poisson éventré
Une fleur coupée pour sa beauté
Un présent sous-estimé
Un éléphant qui pleure ses morts

Je suis un être qui s’endort
Se promenant d’un rêve à l’autre
Ou un bouddha qui se réveille

Je me demande
S’il a rencontré ce noir soleil
Et cet arbre qui choisit de se planter au ciel
Pour boire la nuit par ses racines
Et nous en donner les fruits ?

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Vu l’heure

Vu l’heure tardive
Avant de partir à la dérive
Avant d’oublier mes origines
De renier ma couleur, de perdre mes racines
J’ose un dernier témoignage
Une gerbe de couleur noire sur la page
Où j’ai convoqué tous les orages

Pour l’amour d’une image
J’ai découpé le sens en zones contradictoires
J’ai insulté ma langue faible et transitoire
En inventant de nouveaux mots
Liquides et sanguins comme la neige
Aussi innocents qu’une pomme édénique

J’ai décrit
Les papillons aux ailes de mazout
Qui bruissent dans mon ventre depuis les événements
Qui brisèrent le soleil dans le ciel de ma jeunesse

J’ai écrit le vertige d’un rêve qui fut d’autant plus grand
Que mon cœur était sombre

Et la chute sans fin
Le désespoir sans fond
Le déni qui enfonce
La délivrance enfin

J’ai hurlé mes murmures aux murs de la ville
Déposé mes louanges aux pieds de langues habiles
Baladé mes errances dans cette ère rance
Embrassé la folie dans une dernière danse

Vu que le temps passe
Avant de de voir céder la place
Avant que ma mémoire ne s’efface
Que le sommeil s’avance, que la nuit ne me dépasse

Je rassemble péniblement mes ailes endommagées
Panse mes blessures, soulage mes plaies
En appliquant un baume concentré
De rimes déchantées, de verbe halluciné
Avant de m’envoler

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Expérience

Dans le silence de la nuit
Quelques notes s’élèvent
Un accordéon chante ma nostalgie
Comment traduire ces quelques gouttes
Qui doucement réveillent ma folie
Dans un océan de raison grise

Une perle rouge
Au milieu de mon front
J’étais reine de douleur
Esclave de songes exquis
Un diamant oriental
S’est fiché dans mon cœur
Un éclat de rage brute
A peine altéré par la vie

L’expérience
Est un sac de sable dans la désert
Et le ciel est l’imaginaire
Inaccessible

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Il avait tout prévu

Il avait tout prévu,
Sauf l’éclat de la lune qui transperçait doucement les portes closes
Il prit son courage à deux mains
Le déposa sur le sol
Il n’en aurait guère besoin.
A travers la fenêtre
Il scruta la nuit noire
Dans son regard, l’hiver
Dans l’hiver le froid
Une larme au bord des cils suspendue
Dans cette larme, le reflet de la nuit
Dans la nuit, l’étoile
Une myriade d’étoiles qui crient le silence et l’ennui

Et ce rayon de lune qui insiste pour forcer le passage….

Il avait tout prévu, ses bagages étaient prêts
La valise dans la main
Dans la valise, la boîte noire
Dans la boîte noire, le cœur

Le cœur dans la boîte noire de l’oubli

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Je ne suis pas née dans la lumière

Je suis née dans un reflet sombre de l’eau noire
Juste avant que le métal et le sang ne se touchent
Dans l’imaginaire d’un guerrier nostalgique
 
Je suis née au cours d’une de ces longues nuits
Où le mythe se dispute au réel
Où un ego fracasse le ciel à force d’implorer Dieu de descendre
 
Je suis issue d’un tas de cendres
Laissé par la combustion de l’amour
Sur la place tiédie par le lait
Mangée par la terre
 
Je ne suis pas née dans la lumière

sombre

Il y eut

Il y eut des matins de gloire après des nuits de combat
Il y eut la tendresse du soleil après les ténèbres et le froid
Il y eut la mort qui guettait à chaque coin
Les soupirs glacés des ombres qui voulaient m’emporter
Les doutes abyssaux dont triompha ma foi
Il y eut l’ascétique espoir d’être ici pour un but
Qui aurait échappé à mon esprit timide et las
Il y eut les envolées de passion et d’ivresse
Les appels au secours, les instants de détresse
Les larmes apaisantes sur mon cœur rougeoyant
Il y eut une ou deux nuits belles comme le monde
Où un corps étranger s’appuyait sur moi
Où une âme égarée avait besoin de moi
Il y eut la prise de conscience et la lucidité
L’acceptation et l’orgueil résigné
Et mes rêves de lumière qui ne mourraient pas
Il y eut la colère et la haine et le dégoût de la vie
Lorsqu’on me vola la pureté que je n’estimais pas
Et puis la souffrance du plus vain combat
Pour recouvrer cette pureté que je ne méritais pas
Pour recouvrer cette pureté dont je ne voulais pas
Il y eut la découverte du mal et de moi
Ces sentiments malsains qui vibraient dans mon sang
La somptueuse liberté son vertige et sa voix
Ce sont ses ailes que j’empruntais pour voler
C’est son poison que je buvais pour mourir
Il y eut l’ultime volonté d’apprendre à me connaître
Et toutes les voies dans ce sens passaient par mes limites
Celles de mon esprit de mon âme et de mon corps
Il y eut la paix avec la bête que je suis
Et le conflit avec l’humaine que j’étais
Ou qu’un jour j’avais voulu être
Dans mon existence il y eut mille morts et mille vies
Est-ce pour avoir voulu vivre profondément mon être et mes désirs
Que j’ai dû renoncer à toi ?

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