Rêves, errances

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Ma parole

Euphorie implosée dans un drap de velours
Débris de liesse à contre-sens
Navire ailé sur un fleuve de pudeur
A sa proue une figure muette et sereine
Telle est ma parole

Extatique et timide
Tremblante et défroissée
Autour de son noyau gravitent des souvenirs
Des larmes, des couteaux, la menace du pire
Au point que la mort me fait maintenant sourire
Et porte ma parole

Le profond et lent soupir d’une flamme désabusée
Une bulle de plomb qui se fait exploser
Sur le miroir antique de nos vanités
Telle est ma parole

Un blasphème inconnu à l’outrage subtil
Une vérité triviale qui progresse invisible
Un doute malicieux, d’incandescence tangible
Telle la neige qui se dépose sur les toits la nuit
Et qui nous fait la surprise au matin
Alors que l’on n’était pas prêt.e.s

Telle est ma parole quand elle évoque le temps
Le trépas
L’évidence de l’espoir qui colle à nos pas
La violence des combats dont on est revenu
Telle est ma parole dans ce qu’elle ne dit pas

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A la poursuite de l’oubli

Griffure acide de la liberté sur un confort sournois
Vertige de l’évidence
Que nos choix nous séparent nous rapprochent nous empoisonnent
Hallucination lucide lorsque le glas résonne
Dans les récits de nos semblables à l’écho si sensible
Qu’il nous semble que nous fréquentons tous le même cimetière
De rêves avortés de souvenirs indicibles
Je pose genou à terre sous un arbre bavard
Et l’écoute me chanter sa langue de mystères
J’ai la tête enfumée de larmes de prières
Mais les pierres sont sourdes comme un peuple qui a peur
Je lutte pour sonder la matière de mon cœur
Un amas de fêlures de rocs et d’épines
Inexplicable courtoisie de la douleur
Humilité déconcertée de celleux que tout oppresse
Quand l’arrogance dort sur des liasses
La foule que l’on flatte que l’on menace
Pour qu’elle se trompe d’ennemi

J’écoute le front dans l’herbe la parole massive
Qui heurte les prairies les routes d’asphalte
Où circulent des convois de la mort
Droit de la naissance à l’abattoir
Faites qu’il ne soit pas trop tard
J’accuse le coup de ce réveil neuf comme la pluie
Sentiments croissants dans une indifférence totale
Quête d’un secours factice d’une exaltation interdite

A la poursuite de l’oubli
Mon ventre vide comme un reproche
Mes jambes serrées à ton approche
Et ma folie comme témoignage
Irréelle semence perdue dans ses limites
Rythme désincarné que personne n’imite
Soulagement de l’ignorance
Que nos idées nous divisent nous réunissent nous emprisonnent
Espoir démesuré quand la vie nous étonne
Dans les miroirs qu’offrent les rencontres fortuites
Il apparaît que nous regardons tous les mêmes étoiles
Que les mêmes songes et cauchemars nous habitent
Je me lève et repars sous un soleil furieux
Qui berce mon discours d’éternels adieux.

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Libérons

Si cela doit prendre dix ans
Avant que le pardon ne fraye son chemin jusqu’à nos cœurs
Que la guérison n’effleure nos cicatrices
Si cela doit prendre cent ans
Avant que la paix ne s’installe dans l’âme
Que l’harmonie émane de chacun de nos gestes
Si le chemin dure plusieurs vies
Avant de comprendre ce qu’écouter veut dire
Et que la parole soit plus qu’une gestuelle de la langue
S’il faut qu’un univers passe et trépasse
Avant que l’on vibre à l’unisson

On n’a de cesse de poursuivre la poussière
Pour se bâtir des châteaux des enclos
Qui disparaissent avant même que l’espace ait rendu son prochain soupir

Libérons la notion d’avenir

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Parle-moi

Parle-moi
Dis-moi tes doutes et tes douleurs
Tes routes et tes couleurs
Goutte à goutte
Je t’écoute
Raconte-moi tes colères
Tes tempêtes, tes courants d’air
Tes luttes et tes démesures
Tes ratures
Parle-moi de l’attente
De l’appel qui ne vient pas
De l’indicible étreinte
De la mort comme appât
Tu traverses le désert
Comme un océan d’or
Tu vogues vers ta lumière
Ta parole y dort
Parle-moi

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Pour te dire

Je suis venue te dire ce qui ne vaut pas la peine
A toi qui vis et lutte sur cette terre
Quand la vérité s’exprime dans nos veines
Il n’y a que pour l’écouter que nous devons nous taire

Prenons garde au chemin qu’engagent nos paroles
Et méfions-nous des panneaux trop lisibles
Au lieu de se bousculer sur les voies que la masse signale
Nous devons penser sans interdit

Il n’y a pas de parole
Qui ne soit le fruit de quelque obscur calcul
Les lois que font et défont les hommes déballent
Au grand jour leur volonté de puissance occulte

Je suis là pour t’avertir
Toutes ces choses que tu estimes plus que ta liberté
Te seront retirées à ton dernier soupir
Alors pourquoi s’épuiser à courir

Je suis venue te dire que ça ne vaut pas la peine
De t’exécuter sans mot dire, sans bousculer ton rôle
De peur que personne ne te comprenne
Ta vie pourrait être plus drôle, si tu savais

Je suis venue te dire d’avoir ta propre raison
Je suis venue te dire

Il ne faut pas craindre d’avoir mal
Ce sont nos pensées qui fertilisent la douleur
Il ne faut pas éviter d’être seul
Mais traquer la connaissance qui se révèle quand on s’égare

Nos personnalités s’étiolent dans des carcans communs
Comme si nous n’avions qu’un seul commencement
Comme s’il ne nous fallait naître qu’une seule fois
On laisse nos choix d’hier déterminer demain

Aux yeux des autres
Il nous faut obéir à une certaine cohérence
Parfois dissimuler ce que l’on pense
Pour le paraître

C’est dans nos différences qu’on puise notre richesse
Que la police des échanges trop souvent dissimule
A chaque question taboue que soulève la tristesse
C’est l’oubli qui recule

Je suis venue te rappeler le prix d’une vocation
Le coût des compromis
La valeur d’une larme et pourquoi payer si cher
Pour travestir nos rêves

Il y a tant de dommages sur ces champs de mines
Tant de «si j’avais su» qui font que l’on déprime
A quoi bon craindre le blâme, le doigt qui nous dénonce
Par qui le futur menace et le passé semonce

Quand le jugement commun insulte l’équité
La compassion devient faiblesse, ou se mue en pitié
La stigmatisation des coupables et des victimes
Rend le terrain propice à d’autres crimes

Je suis venue te dire de ne compter que sur l’amour
Pour rétablir la balance de ces âmes en peine
Je suis venue parler de paix car je connais la guerre
Que des êtres de sang se livrent à eux-mêmes

La-verite1

J’ai un secret

J’ai un secret
C’est un secret à tiroirs
Dans mon secret y a des idéaux des idées noires
Des idées vides de tout espoir
Des vides avides
C’est un secret comme on en cache dans les placards
Une secrète histoire du genre de celles qu’on se raconte pour se faire peur dans le noir
Une sale histoire qu’arrive qu’aux autres

J’ai un secret
Il y a des gens dans le secret
Des ami-e-s qui m’ont cru pour de vrai
Et même des inconnus qui en connaissent les détails concrets
Car j’ai bêtement cru le décret
Qui dit que la parole vient à bout des secrets
Mais c’est pas vrai
J’en ai parlé à foison mais mon secret reste poison
Il s’est imbibé jusque dans les murs de ma maison
Alors j’en suis partie
Emportant mon secret

Mon secret me suit comme une ombre
Il laisse des traces là où il passe et quand j’y pense
Ma voix se casse ma joie s’efface

Mon secret est dans ma tête
Mon secret a des facettes
Et sous une certaine lumière
J’ai même de quoi en être fière
Il a un côté rebelle
Un peu sauvage un peu cruel
Dans un sens il m’a grandie
M’a transformée par la magie de l’alchimie
Mais mon secret a aussi un côté pâle
Un côté un peu banal
Tristement commun carrément sale
Et même un petit côté coupable
Qui pourrait susciter l’ennui
C’est pas que j’ai honte de mon secret
Parfois j’aimerais le revendiquer
Le brandir comme une flamme
Pour éclairer faire abdiquer
Les normes et préjugés qui condamnent
Je n’ai pas honte
Mais j’ai appris que pour s’intégrer
Faut pas heurter pas déranger
Les autres avec nos petits secrets
Laisser tranquille ces gens qui ne m’ont rien fait
Même si j’en rêve même si j’en crève
Même si mon tourment ne trouve de trêve
Que quand je peux faire exploser certains concepts préfabriqués
Garants de notre tranquillité
Voilà la force de mon secret
Quand je me tais
C’est que je sais
Qu’on a tous notre secret
Et ces subtiles secrétions d’âme
Viendront un jour nourrir la flamme
D’un incendie de vérité
Pour tout brûler
Brûler jusqu’aux plus hautes barrières
Qui s’opposent à nos espoirs de paix
Ce jour viendra je vous le promets
Comment je le sais ?
C’est mon secret

th (23)

Sans armes

Nous a-t-on laissé le choix des armes ?
Le silence des prisons nous apprend que la parole est un trésor
La plupart des parures que nous arborons fièrement
Ne sont que les marques laissées sur notre corps
Par l’oppression de leurs regards
Retourner contre eux la tyrannie du miroir
Par nos chants nos poèmes nos écrits
Leur ouvrir les yeux de force s’il faut
Transpercer leurs yeux qui quêtent notre désir
Désamorcer les têtes chercheuses
Ne plus s’offrir à leurs regards
Dissimuler sa liberté pour mieux la protéger
Dans la clandestinité la beauté prend le maquis
S’affranchir des modèles établis
Des idéaux qui nous entravent
Prétendant glorifier
L’absolue féminité

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