Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: poème

Une chanson douce

Pour faire une chanson douce de quelques mots d’adieu
Il faut de l’inconscience
Faire semblant de croire que les serments s’effacent
Comme des ronds dans l’eau

Pour tirer des poèmes de ses histoires de viol
Il faut de l’imprudence
La prétention de croire qu’on peut aider quelqu’une
A se survivre

Pour rapprocher les êtres depuis sa solitude
Il faut de l’assurance
Le bâton de parole alors ne suffit pas
Il faut être berger

Comme pour rester fidèle il faut être un parjure
Quand les liens nous entravent
Les plaintes des perpétuels volontaires au sacrifice
Sont pénibles à entendre
Et ardues à chanter
J’en ai la voix cassée

Pour faire une chanson douce de quelques mots d’adieu
Il faut être à bout de forces
De tendresse
Accablé-e

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Il m’arrive

Horreur discrète du quotidien
J’essuie le sel sur mes cils
J’ai placé mes espoirs sur un autre territoire
Juché mes rêves si haut que j’en garde des cicatrices
Que ton poème caresse autant qu’il les ravive
Prise en otage entre cette soif insatiable de tendresse
Et mes ailes qui m’arrachent à la terre
Chaque fois que je voudrais y puiser de la force

Mes racines
Sont mêlées si profond aux chaînes de la souffrance
Je m’arrache me décolle et le trou dans le sol
Révèle ma folie
Le désir m’interroge
Mue par un pathétique besoin d’amour
Je résiste à conclure le pacte
Qui pourrait m’assurer la tranquillité
Sacrifice pour une forme de liberté qui peut-être
N’est même pas à ma portée

Pourtant
Il m’arrive de voler
Quelques instants de paix
Entre deux batailles décisives qui me laissent à chaque fois
Épuisée victorieuse
Il m’arrive de chanter
Il m’arrive de danser
Sur les ruines de mon passé
Comme d’en avoir assez
De trébucher sur les pierres de ces sentiers nouveaux
Déjà usés par des milliers de pas

Il m’arrive de trouver
Au détour d’un couloir sombre
Quelque lumière dans la pénombre
Sous les traits d’une personne qui semble pour une fois
Comprendre les secrets dont je ne parle pas
Répondre aux envies que je murmure
Et malgré l’épaisseur de nos murs
Entendre la silencieuse prière de mon corps

Il m’arrive de planer
D’embrasser de mon humble cœur l’immensité
Des hommes
Et des femmes
Et des autres
De transmettre la voix de ceux dont on ne parle pas
A travers des phrases que tous ne comprennent pas

Ma vie si peu de choses
Mon cœur implose
Unité retrouvée
Depuis le temps que je me sentais
Séparée

Il m’arrive de déglutir l’amertume de la lucidité
Comme du poison
De maudire ou presque ma soif de vérité
Cet idéal cette chimère
Qu’ils ont choisie pour être mon nom
M’ont-ils damnée ?
Suis-je condamnée à errer
D’un bout à l’autre des diverses réalités
Sans pouvoir me poser ?

Pour elle j’ai volontiers vendu mon âme
J’y ai gagné en substance
Une raison de vivre
Un prétexte pour mourir
M’enfuir en pensée de l’existence
Sordide et vide d’essence
Qu’on est censé vouloir mener

Il m’arrive d’être assez acide
Pour savoir qu’elle n’est qu’une illusion
Ma vérité
Mais si je ne fais que passer
Pourquoi tant d’intensité dans mes sensations
La liesse comme la détresse
Si nous sommes tous de ce même sang qui sue et souffre en silence
Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’explosions ?

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Tiède

Toi dis-moi quelle angoisse il me reste
Après avoir vaincu la peste
De quelle boue vais-je tirer la fleur de lotus
Quelle magie laissera sa trace
Il n’y a plus d’espoir
Les plaines arides ont laissé place
A un océan sans rêves

Dis-moi que faire d’un volcan tiède
Là où le diable de son haleine fétide
Fertilisait mes prières
Pour en faire des poèmes brûlants
Du bleu de l’amour
Et le Phoenix y a laissé ses plumes
Il ne vole plus au firmament
Avec son squelette j’écris
Tranquillement ce que sera demain

Dis-moi quelles larmes, quels gestes
Arracheront le ciel alors que la faim n’est plus
Les cafards rampent indifférents aux radiations nucléaires
Et je n’ai que de l’eau claire
Pour abreuver les muses qui ont soif d’ambroisie
Faudra-t-il un nouveau séisme
Pour que le cœur reprenne sa danse
Et le corps sa transe nubile
Dis-moi

Mais il est vrai que je me consume encore
Dans les couloirs de l’illicite
Et que je m’en félicite
Ai-je tort
Des sens la paralysie
D’essence le parallèle
L’explosion se fait attendre
Sans malice

J’étais un mythe, un prophète mort-né
Et je suis
A peine une poétesse sans ivresse
Revenue d’un nuage de promesses
Atterrissage sans parachute
Original

Tais-toi
Ne me dis pas par quelle fêlure
S’écoulera l’encre noire
Mon monde s’écroule encore
Sans bruit
Dans la fumée de nos esprits
Je fuis

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Voilà

Voilà
Voilà tout ce qui me reste de mes pulsions
Voilà le reliquat de mes scansions
Des rythmes brisés
Désaccordés
Poèmes morts-nés
Voilà ce qui me reste de mes heures passées
Des souvenirs bridés
Maux censurés
Dans un présent désincarné

Et pourtant je m’acharne
Comme une rêveuse s’accroche à son nuage
Et pourtant je m’attache
A mon carnet
A tes caresses
A ce qu’il me reste de courage

Voilà
Je n’ai plus que des mots vides de sens
Et même pas l’illusion d’une prescience
Juste un calme flou dans ma conscience
Zen
Une pseudo-paix que je suspecte
Car tout artiste qui se respecte
Nourrit sa muse de ses tourments
La mienne m’a lâchée au tournant

Voilà
Que je puise des excuses dans tous ces lieux communs
Je suis tombée bien bas
J’ai perdu le chemin
C’est louche
De revenir de si loin
Avec juste
Une cicatrice imaginaire
A l’endroit où l’on arracha mon cœur
Voilà ce qu’il reste de mes errances
Des tracés dansants sur un parchemin vierge
Et aujourd’hui
Un parcours pathétique
Sur une page humiliée
Par un ennui grandiose…

J’ose 

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Reviens sur tes pas

Reviens sur tes pas
Et quand tu entendras chanter la forêt
Tu sauras
Que tu as retrouvé le début du chemin
L’embranchement choisi du destin
 
Quelque chose de stupide
Comme un poème raté
Comme une étreinte trop serrée
Comme une lumière éteinte trop tôt alors qu’on n’est pas encore fatigué
Comme le refus du sommeil
A cause d’un moustique qui s’agite
Comme rechercher sa verve alors que la fatigue nous frappe
Et tous les a-quoi-bon
Nous assaillent d’un coup comme assomme l’évidence
 
Reviens sur tes pas

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