Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: poésie

À l’heure où la cascade devient colonne de feu

La poésie n’a pas d’histoire

Lorsque notre univers s’est écartelé pour accoucher de lui-même
C’est la poésie qui décida d’attendre
Avant de créer le temps

La poésie n’a pas d’histoire
Elle se révolutionne en continu
S’efface pour faire place à sa lumière
S’expose pour faire face
S’explose pour faire trace
Et recommence

Elle ne demande pas de salaire
La poésie est vitale comme l’air que l’on inspire
Et ne se nourrit que d’elle-même
Comment payer l’arbre qui te donne le fruit ?
La poésie est pure, accessible à qui veut la voir
D’autres la confondent avec une sorte de discipline
Où l’on marque des points à l’usage de formules
Le visage du style, l’adresse de la rime
Font l’esthète grandiose, plus rarement l’artiste

Iels ont recours à son nom pour ennoblir ce qu’iels aiment
Mais iels ne la comprennent pas
La poésie n’a soif de rien certainement pas d’argent
C’est un geste sublime qui donne la vie et la mort en même temps
C’est une idée plus qu’une image
C’est un principe plus qu’une idée
C’est la cause et conséquence de toute forme de beauté

Comme une spirale mathématique
Ou la couleur d’un soleil qui s’étale et s’éteint
Sur l’horizon languide
Reflétant nos valeurs et nos espoirs permis

La poésie te demande un effort
Car elle s’adresse à ton meilleur
A ta soif nécessaire
Une fois posée sur ta langue elle sublimera même tes douleurs
On ne l’apprend pas on naît
Avec la poésie dans le coeur
Peu importe à quel âge

Elle seule te consolera sur ta dernière couche
L’amour est son enfant
Et Dieu sa conséquence

Elle dessine ton sourire quand le néant te touche
Préserve ton désir de beauté
Quand on veut te faire croire qu’il y a plus important

C’est une peau autour d’un sens
Pour le profane aléatoire
Si elle t’a fait l’honneur de te prêter la vie
Tu ne cesses de rendre grâce
Au point que tourmenté-e par des forces adverses
Tu renonces d’un souffle à tout ce que tu es
Pour lui faire plus de place en ton âme

Tendresse brûlante et d’une banalité poétique.

_20160814_112305

Ma muse

Quand je regarde en arrière
Je vois des drames, du sang,
Des combats sans vainqueur mais aux blessures irréversibles
Quand je caresse mes cicatrices
Je n’ai plus ce frisson sacré
Comme si j’étais sortie d’une adolescence
Qui a duré
J’ai mis du temps avant d’avoir la simple force
de me retourner
Je n’ai pas vécu dans un palace
J’habitais la vaste demeure de la poésie
D’où je fus expulsée dès que j’ai été raisonnablement guérie
De la fièvre des maudits
Cela me manque
La solidarité des parias
Cela me blesse
De constater la désertion de la colère
Là où elle est plus que nécessaire
Là où avant mon sang ne faisait qu’un tour
Aujourd’hui mon intellect est plus retors
Il a pris goût au confort…
Est-ce que c’est ce qu’on appelle trahir ?
Pendant longtemps je n’ai fait que fuir devant des malheurs qui n’avaient rien d’imaginaire
La fin de la galère a sonné le glas du mystère
Et ma muse ne s’en est pas remise
Elle aime l’adversité, la tranquillité la laisse indécise
Alors je lui donnerai ce mur à briser
Celui de mon orgueil et de mes peurs
Car je suis paralysée devant la page blanche
Moi qui avais le verbe qui tranche
Me voilà en rééducation lyrique
Me reste à apprivoiser la panique
Et peut-être que mes mots pourront à nouveau chanter
De leur musique sans note, de leur rythme scandé
Je jouais un jazz sauvage et instinctif,désormais
Je dois retourner au solfège en première année…
Ma muse m’a abandonnée

mur-de-batiment_19-125658

Epique

J’ai passé un temps épique
A lutter contre mes pulsions artistiques
Et j’ai failli gagner
C’est ce qui arrive aux âmes poétiques
Qui sont lasses de se sentir atypiques
Inadaptées

Anja-Photographe-2

Un chant

Cette fois me voilà seule
Je contemple égarée les morceaux de ma vie en pièces
Je n’ai plus d’autre choix que de donner vie à ma poésie

Je suis passée de l’autre côté du mur des interdits
Par soif de connaissance je viens de sacrifier
Les plus beaux rêves que j’aie jamais construit
J’ai pourtant le sentiment que je n’avais pas d’autre choix
J’ai encore dans les larmes comme des éclats de foi
Pour une mystique sans Dieu

Parce que ma vie est peu de choses
Je n’aurai pas tout perdu si l’expérience échoue
Car même dans un palais doré couchée sur un lit de roses
J’aurais rêvé d’ailleurs
J’aurais poussé la logique à bout pour démasquer les tabous

S’élancer du sommet de la falaise avec pour seule protection la conviction que des ailes me pousseront
Aujourd’hui mon cœur est de pierre tendre
Je caresse les contours de la solitude
Pour tenter d’en saisir l’amplitude
Évaluer le prix à payer pour prendre de l’altitude

Voilà. Je viens de tout donner
A une amante dont le visage reste à jamais caché
Et que l’on appelle parfois liberté
Son chant transperce toutes les âmes sans frontières

Parfois en l’un de nous elle se plaît, se plante et nous possède

374564_budda_chajttijo_pagoda_zolotaya_1920x1200_(www.GdeFon.ru)

Quand j’avais pour amies des larmes

Quand j’avais pour amies des larmes
Je partais souvent sur leur vaisseau
Visiter des contrées d’étoiles
Où la douleur est une rose sang

Quand j’avais pour amies des larmes
Je pouvais entendre le chant des nuages
Danser sur des flots de misères
Flirter avec l’inconscience et la mort

Et puis elle est entrée dans ma vie
Cette petite pilule magique
Par la porte de la folie
Pour m’arracher au pays du chagrin

Quand j’avais pour amies des larmes
Je vibrais avec la chair des poètes
Mais à présent pour mon plus grand malheur
Je ne pleure plus

la-possibilite-d-un-bateau

A l’heure où…

Dans la deuxième partie de la nuit
A l’heure où les poètes vont boire
C’est l’éclosion de nos espoirs qui éclaboussent nos solitudes souvent teintées de sang
Derrière le rideau que forment nos regards
La réalité me parvient sur un mode expiatoire
Et le spectre de la honte retrousse ses babines
Se délecte de mes erreurs grossières
Lorsque ma soif de liberté me perd
J’ai tellement manqué de repères

Dans la troisième moitié de la nuit
A l’heure où les démons effleurent les miroirs
Mon reflet vacille mais mon image renaît
Vivifiée par le vertige et la terreur
D’où je tiens ma dangereuse candeur

Ma poésie exige quelques accrocs sur le linge blanc de vos valeurs
Cicatrices sans retour causées par l’immaculée sincérité de mes conceptions
J’ai tout à apprendre de l’amour
Je n’ai connu que la possession

Guettant les lueurs de la nouvelle journée
Encore sous l’effet d’un révélateur à 37 degrés
A l’ombre d’une lumière noire
Mes cicatrices dévoilent leur ampleur
La profondeur de leurs ravages persistants sur mon cœur

Je paie le prix fort pour leurs erreurs
Leur ignorance et ma douleur sont si intimement liés
Je remonte la piste de leurs désirs souillés
De l’esclavage insidieux dont j’ai été complice

Vient le premier battement du jour
Je cesse enfin d’incriminer le souvenir de mes blessures
Je lève le voile sur le futur que je m’étais inventé
Et dont j’avais lâché la clé
En même temps que les chaînes qui m’entravaient

Je me saisis maintenant du métal
Tour-à-tour brûlant ou glacé
Selon que ma colère soit froide ou mon désir ardent

Sur le premier battement du jour
Le temps s’est arrêté dans sa course lente
Juste un souffle d’amour pour le réanimer
Juste un souffle de notre amour
Pour le réanimer
Sur un inspir

Fleur-de-Pissenlit

Il paraît

Il paraît que je peux tout dire
Il paraît que le slam c’est libre
Il paraît que la poésie c’est vivre en accord avec une certaine idée d’exister
Il paraît que je m’appelle Vérité et qu’il n’y a pas de hasard
Si j’ai grandi perdue et si seule l’écriture m’a trouvée
Je me suis laissé dire qu’elle pourrait me sauver
Qu’elle ne me raconterait jamais d’histoires
Il faut écouter sa voix intérieure il paraît
Il paraît que je suis forte
Que j’ai des atouts
Que je peux m’en sortir seule
Il paraît que j’exagère mes douleurs
Que si je en regardais pas tout sous la même couleur
Celle de la révolte
J’aurais à ma portée plus de paix et de portes qui s’ouvrent
Il paraît que sous ma perpétuelle complainte
Il y a une artiste qui couve
Il paraît que parfois je gagnerais à me taire
Il paraît qu’il n’y a rien à gagner
A renier le silence
Qui s’imprime sourdement sur les pages blanches
Parfois virtuelles
Que je souille de mes prétentions à une existence éternelle
Au delà de mon corps de chair de peur de désirs
Il paraît que je suis libre!
Et pourtant
Il paraît que je suis fière
Je me le dis dans la glace pour me guérir de l’orgueil
Qui m’a fortement fait défaut
Je cherchais des gens vrais et j’ai croisé des faux
Mais je n’ai pas perdu l’humour
Ni l’humeur
D’aimer
Clin d’œil à tous ceux que ma voracité à malmenés
Que ma jouissance a emmenés
Dans ma faim d’éternité
Pour que nos mots s’impriment dans l’éther
Sommes-nous prêts à payer de nos maux
La dot de ce mariage avec le ciel?
Au fin fond du cosmos
Je suis allée sentir ce que c’est qu’être uni-e-s
J’en ai ramené un trait de poésie
Mais le filtre de mon âme désassemblée
Fit éclater le Verbe en de multiples parcelles
Miroirs dépareillés
Dans lesquels je guette l’éclat de l’infini
Il paraît que tous les artistes se rêvent immortels
Il paraît que tous les hommes….
Il paraît que ce n’est pas grave si ce terme résume à lui seul l’humanité
Absorbant sa majorité silencieuse
Il paraît que j’en fais des tonnes
Que le poids de nos souffrances pèse sur mon entendement
Cela m’étonne
Car pour guérir de la cécité
Rester lucides quand le mensonge a trop irradié nos iris
Ce sont ceux qui hurlent qu’il faut écouter d’urgence
Saisir le message qui se dégage de leurs présages
Parfois teintés de rage
Ce sont ceux qui saignent
Qui dévisagent la vie dans toute son impudique valeur
Il paraît que ce sont les rêveurs
Qui font avancer notre monde dans le sens du bonheur…
Et pourtant
Pour un espoir
Qui repose sur un frisson
Recueilli dans le noir
Pour un sourire
Pour un regard entendu entre deux portes closes
Mes lèvres écloses
Laissent échapper un souffle d’une envoûtante prose
Ou d’une rime malicieuse
Alors je vole vers ces abîmes délicieuses
Il paraît que j’existe
Enfin
Chacune de ces échappées
Me fait passer un peu plus le goût d’une vie terne et sans flamme
Je mets en péril ma paix d’esprit
Pour ce petit supplément d’âme
Il paraît que c’est une addiction
Il paraît qu’il me faudrait admettre les choses sans condition
Et jouer le rôle des relations humaines
Que c’est une question d’adaptation
Il paraît que certains sont sourds
A l’appel de la révolution
Il paraît que je devrais être plus égoïste
Alors je ne sais plus quoi penser
La sagesse me met sur une piste
L’expérience sur une autre
Est-ce à ce croisement que l’on dépiste la foi?
Car il paraît que ça se perd au détour d’un chemin
Que ça se trouve aussi des fois
Au terme du désespoir
Il paraît que je dois accepter que mon âme est noire
Sous un certains regard
Et ne pas chercher toujours à arrondir les angles
Et que si tu les blesses
Eh bien ma foi
Eux ne t’ont-ils pas blessée
Plus d’une fois?
Il paraît que l’univers a sa justice
Que la raison ignore
Et bien d’autres choses encore…
Il paraît que je devrais m’en tenir là
Sans chercher à mesurer la vérité
A l’épreuve de mon vécu
Ni à chercher des preuves dans l’adversité
Que les étoiles veillent sur les rêves qui les suivent
Il paraît que je crois trop fort ou pas assez
Il paraît que c’est une des questions que je devrais laisser reposer
Là où elle ne dérange personne
Il paraît que je n’ai jamais su vraiment écouter que mes doutes
Il paraît que je ne suis pas la seule à être contradictoire
Il paraît que ce n’est pas une excuse
Alors puisque même les mots s’usent
Que les émotions me reviennent comme des boomerangs
Je devrais me laisser couler
Dans le sommeil des apparences
Il paraît que le fleuve du bien-être y danse
Le long des rives du territoire de la résignation
Il paraît qu’à l’envers de la conscience
Lorsque survient la nuit
Des portes s’ouvrent entre les hémisphères célestes
Des liens se tissent
Et des muses se délestent de leurs présents
Dans nos esprits rendus possibles par l’abandon
Alors du bout de mon éveil paradoxal
Je les piste
Pour vous les livrer en un éternel sourire
Ou une profonde goutte de sang
Mais la tendresse et la colère ne sont pas du même clan
A ce qu’on prétend

lady-of-cosmos

Duelle

Dans un même élan
J’aime et je méprise
Je me lâche et me maîtrise
Je désire comme je respire
Je vous attire pour mieux vous fuir

Je me suffis à moi-même
Je me sens vivre quand on m’aime

J’ai dans mes doigts de la magie
Sur mes lèvres une poésie
Ma peau douce est une écorce
Sous laquelle coule une sève féroce 

Je peux te guérir mais
Je veux en fait te voir mourir
Pour renaître à un monde où le désir
A la force des rêves que l’on plante au soleil
Un monde où ton âme enfin s’éveille
Et où tu danses avec ton corps
Car la crainte de la mort
N’a plus de raison d’être 

Je peux 
Faire vibrer tous tes sens
Et te faire perdre ton sang-froid

Mais on en a brûlé des sorcières
Pour moins que ça 
Je suis une lionne fière
Esseulée

Avec les fils de mes doutes
Je tisse ma route

Quelle vérité se dessinera
À la fin du canevas ?

Âme infidèle
Sauf à moi-même
Et à des sentiments que tous ne comprennent pas 

Je suis
Une femme
Là est mon drame
Là est ma flamme
Là est la source de mon combat

Quand dieux et démons se disputent le chemin sous mes pas
Je voudrais juste pouvoir sortir de là 

Je rêve d’une puissance franche
D’un verbe qui tranche
D’abattre l’oppresseur à l’aide d’une arme blanche

Mais mon cœur flanche

Je tiens le stylo comme un poignard
Et avant de frapper je sais qu’il est trop tard

Votre injustice m’a déjà vidée de mon propre sang
J’ai vu périr ma dignité sous vos jugements 
Je suis libre
De donner mon corps
Si j’aime le corps à corps
Si je raffole de ces puissants accords

Je sais mon besoin de changer la partition
De la mélodie de l’amour
Qui nous chante encore la même chanson
Du «que toi pour toujours»

Mais les fausses notes trop fréquentes
Dénotent une évidente
Discordante dysharmonie

Alors je change de clé
Pour une nouvelle symphonie 

Je suis
Un instrument
Celui de ton plaisir
Ou bien de ta fierté

Je me rappelle avoir aimé
Être ainsi exhibée

Mais que je vibre sans tes doigts
Telle une harpe au gré du vent
C’est l’instrument de ton pouvoir
Qui t’échappe en un instant

Je suis 
Parfois
Ta chose
Je me rappelle avoir aimé… 

Souvenirs d’un esclavage trop librement consenti
Et aujourd’hui dans mon évasion
Je voudrais t’emmener
Je voudrais tant mener notre histoire sur d’autres sentiers
Où nos cœurs restent entiers 

Je suis
Tellement désolée
D’infliger de la peine
A ceux qui tiennent à leurs chaînes
Même pour aimer 

Je suis
Une lionne fière
Mais sage

Je calque ma vie
Sur mon message

Et si je souffre
Si j’ai trop mal
Je mettrai par écrit
Mon cri primal
Qui est un cri
De détresse
D’une douleur animale
C’est la colère
D’une femme 

Un cri de liberté

th (8)