Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: quotidien

La petite boîte bleue

La petite boîte bleue où j’avais planqué mes rêves
A une odeur de moisi
Ce sont les corps des refoulés sur les côtes atlantiques
Où le ressac souffle l’écume de nos vies
C’est la décomposition des voyages en exils
Le fumet putride de nos indifférences alanguies sur le lit de nos vices
C’est cela qui a pourri mes rêves
 
Dans les transports souterrains
Je ne fais plus la différence entre la nuit et le jour
Il ne faut pas dormir. Au premier affaiblissement de ta vigilance
Ils sont déjà sur toi, garants de la bonne conscience,
Griffons de la morale économique
Aigris de toutes les croyances.
Ils te jugeront coupable
puis tireront profit de tes atermoiements
Et spéculeront sur ton agonie…
 
Surtout ne pas laisser pénétrer leur discours aux relents d’impuissance
Plutôt crever les tympans des sourds en chantant partout notre déshérence
Fût-ce en un cri d’agonie
 
Voilà ce que la petite boîte bleue me souffle
 
J’ai bien grandi

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Ordinaire

Il est minuit 44 et la lumière me crève les yeux
mes cils tombent sur
une journée de fatigue ordinaire
Les heures défilent au pas de course et je cherche un peu d’air à tout prix
de l’air pour mon esprit

Ordinaires les discussions de café me foutent le cafard
La peine de la mère de famille qui trime
Ces gosses tentés en masse par le crime
Perpétuellement la paix s’appelle mais passe après l’appât du gain

C’est un jour ordinaire
La peur nous oppresse de ses bras tentaculaires
tout contre la peau
souffle le vent glacé quand l’espoir se défile
Les images relayées depuis les enfers lointains nous rappellent
que le nôtre n’est rien.
Parfois c’est à la porte d’à côté que le pire se fait connaître
nous serions tous sur le palier de l’horreur

On a beau faire couler le sang ce ne sera jamais assez
pour venger le viol de l’âme
pour justifier la peine de l’homme
qui traverse un jour ordinaire.

Sisyphus_by_von_Stuck

Il m’arrive

Horreur discrète du quotidien
J’essuie le sel sur mes cils
J’ai placé mes espoirs sur un autre territoire
Juché mes rêves si haut que j’en garde des cicatrices
Que ton poème caresse autant qu’il les ravive
Prise en otage entre cette soif insatiable de tendresse
Et mes ailes qui m’arrachent à la terre
Chaque fois que je voudrais y puiser de la force

Mes racines
Sont mêlées si profond aux chaînes de la souffrance
Je m’arrache me décolle et le trou dans le sol
Révèle ma folie
Le désir m’interroge
Mue par un pathétique besoin d’amour
Je résiste à conclure le pacte
Qui pourrait m’assurer la tranquillité
Sacrifice pour une forme de liberté qui peut-être
N’est même pas à ma portée

Pourtant
Il m’arrive de voler
Quelques instants de paix
Entre deux batailles décisives qui me laissent à chaque fois
Épuisée victorieuse
Il m’arrive de chanter
Il m’arrive de danser
Sur les ruines de mon passé
Comme d’en avoir assez
De trébucher sur les pierres de ces sentiers nouveaux
Déjà usés par des milliers de pas

Il m’arrive de trouver
Au détour d’un couloir sombre
Quelque lumière dans la pénombre
Sous les traits d’une personne qui semble pour une fois
Comprendre les secrets dont je ne parle pas
Répondre aux envies que je murmure
Et malgré l’épaisseur de nos murs
Entendre la silencieuse prière de mon corps

Il m’arrive de planer
D’embrasser de mon humble cœur l’immensité
Des hommes
Et des femmes
Et des autres
De transmettre la voix de ceux dont on ne parle pas
A travers des phrases que tous ne comprennent pas

Ma vie si peu de choses
Mon cœur implose
Unité retrouvée
Depuis le temps que je me sentais
Séparée

Il m’arrive de déglutir l’amertume de la lucidité
Comme du poison
De maudire ou presque ma soif de vérité
Cet idéal cette chimère
Qu’ils ont choisie pour être mon nom
M’ont-ils damnée ?
Suis-je condamnée à errer
D’un bout à l’autre des diverses réalités
Sans pouvoir me poser ?

Pour elle j’ai volontiers vendu mon âme
J’y ai gagné en substance
Une raison de vivre
Un prétexte pour mourir
M’enfuir en pensée de l’existence
Sordide et vide d’essence
Qu’on est censé vouloir mener

Il m’arrive d’être assez acide
Pour savoir qu’elle n’est qu’une illusion
Ma vérité
Mais si je ne fais que passer
Pourquoi tant d’intensité dans mes sensations
La liesse comme la détresse
Si nous sommes tous de ce même sang qui sue et souffre en silence
Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’explosions ?

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Dans l’autre monde

Dans l’autre monde
La couleur passée des sentiments résignés dès leur naissance
Ces amours qui vivent le temps d’un vent fou
Puis passent leur existence en convalescence
A ne plus trembler sur un sourire
Ni vibrer sur une parole

Le bleu uniforme des carcans horaires
Donne à notre enfer la régularité d’un train vers l’éternel quotidien

Ils disent
Qu’après le premier regard qui embrase
Les émotions qui fusent dans un ciel étoilé
Le cœur qui implose
Et nos rêves mis en orbite comme par une fusée

Ils disent
Qu’une fois passée leur délivrance
L’habitude érode les sens
Que la magie trépasse que c’est une évidence

Ils disent que ça se remplace
Par une sorte de tendresse
Qui console notre chair de sa déchéance au rang de corps habituel
Que les plus coquines de nos hormones libertines
Finissent par tempérer leur incandescence
Que ce serait sagesse de l’accepter

Moi qui croyait qu’un cœur épris méprisait le bon sens

A ce qu’ils disent les premiers matins ne durent qu’un temps

coeur

De sable, de cendres

Au nom de tous les dégénérés de l’existence
Au nom de ceux dont les désirs furent souillés
Dès les premiers châteaux érigés dans l’enfance
Au nom de ceux qui n’ont pas su
Ressusciter leurs rêves déchus
Qui ont vu leur assurance aspirée par des sangsues
Sans savoir que faire
Au nom de ces aspirants à l’évasion
Qui s’égarent dans les couloirs de l’enfer
En croyant trouver l’éden

Je laisse parler mes veines qui s’ouvrent
Et la haine que je couve suinte en silence
C’est le pus de nos peurs

Au nom de l’absence
Pour l’enfant affamé de tendresse
Sur qui pleuvent les coups
Pour la femme avide de caresses
Que l’on traîne dans la boue
Pour l’être humain en quête de liens
Qui ne trouve que des chaînes

Au nom de l’indifférence qui règne en France
Face à ces sévices indicibles dont nous sommes les cibles
Je viens troubler vos rêves de notre cauchemar fou
Narguer votre monde illusoire dont je connais les tréfonds
Je viens graver dans ce grimoire
Les volutes insolites d’une nouvelle grammaire
Pour que pèse sur vos âmes jusqu’à son dernier gramme
Le poids d’une vérité
Une parmi tant d’autres

Au nom de l’armée qui sourdement se soulève et s’avance

Dressés sur l’arête cachée du chaos
Nos faces ruissellent de souffrances
Et dans les ténèbres on cherche la lumière du sens

Au nom de tous les possédés d’une rage régulière
Souveraine colère entêtée comme un refrain
Qui vous fait parfois serrer les poings

Au nom de tous ces matins gris
De ces journées de peu
Où nos ailes toutes rabougries
Ont failli nous lâcher, pour un peu

Je laisse parler mon cœur qui se découvre
Et l’espoir que je couve grésille en silence
Je prie pour que nos paroles brûlent les racines de nos indifférences
Et sur ce lit de cendres
Qu’advienne la renaissance

château de sable