Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: rêve

Solitaire

Dans le refuge inoxydable de la solitude
En tendant bien l’oreille
On peut saisir la cavalcade des heures
Et rêver en douce
Puisque le soleil se couche toujours quelque part

Au bord du lac de la lucidité
On peut s’immerger par intermittences
Juste assez pour sentir la fraîcheur
Avant que les flammes de la passion ne nous réchauffent
Pour quelques secondes

Planter un arbre dans cette contrée stérile
Selon les voyageurs de passage
Récolter le fruit de la rédemption
Qui nous est accordée par nous-mêmes
Et qui a le goût sucré d’un piège vénéneux

De paix lasse
Je me glisse à l’extérieur de ma cabane de papier
Pour rencontrer des leurres
Des miroirs des girouettes
Autant de mes semblables dont la constance m’exaspère

Mais dans le secret impraticable de la solitude
Je suis Pégase
Je suis un lynx
Ou une sirène
Je suis une louve
Ou une étoile
Mais toujours noire
Enfant de la nuit mythologique
Et la réalité n’est qu’un funeste personnage

Dans la lumière incompressible de la solitude
Je détiens le Verbe salvateur
L’ivresse me dégrise
Et la vérité déguise le doute malfaiteur
En questionnement subtil

L’exaltation de mes sens transformée
En une orgie de tempérance
J’avance à pas feutrés

Je souris pour les anges
Et je pleure pour les autres
Et c’est le même visage

Dans la pureté orthodoxe de la solitude
L’oxymore est une habitude
La contradiction n’empêche pas d’avancer
Et pour capter la beauté
Il faut la laisser partir

Ma solitude est celle du nombre
C’est un serment unique et un terrible parjure
Même authentique ma solitude fait genre
Elle est productive dans les bons jours

C’est un sommeil éveillé
Une riposte mal tournée
Un train sans terminus
Ma solitude.

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La vie n’est pas un conte

Surtout, surtout ne pas tenter de raconter l’histoire.
Ne pas se complaire dans la succession de déboires
Qui se succèdent dans le noir
Tandis que l’on attend la lumière au fond du couloir…
ça ne marche pas comme ça.

La vie n’est pas un conte,
Même si l’on y trouve, pêle-mêle, des trolls, des sorcières, des dragons
Et des épreuves dont on ne sort pas toujours vainqueur
La vie n’est pas un conte,
Elle manque cruellement de princes d’ailleurs

Surtout, ne pas oublier la magie
Les branches porteuses de piécettes dorées
Les signes divins dans la nature
Le soleil qui se mêle de nos baisers
Ce n’étaient que des hallus tout ça
Un papillon est resté un quart d’heure sur mon doigt
J’ai vu courir Pégase dans un champ au milieu de la nuit
Mais la vie n’est pas un conte
Et dieu n’existe pas

Surtout ne pas oblitérer le cauchemar
Déambuler seule dans cette maison vide
A respirer l’abandon
Brûler des livres qui me poussent au suicide
Faire des cendres de mes propres poèmes
La vie n’est pas un rêve
Ni même une prière
Pourtant j’en ai déroulé des livres saints
Avant d’accepter que de réponse il n’y a point

nabolo-blague-roi-crapaud

Variations

Ignorer les remords qui t’étouffent
Au souvenir des occasions manquées
La tête entre les mains
Je me souviens de ces mots que je ne saurai pas écrire
Car il y a trop à dire et j’ai si peu d’âme
La musique se cherche
La rime m’échappe de peu
Juste assez ivres pour être lucides
Et de tout cela demain
Que restera-t-il ?

Que restera-t-il de ces notes de jazz qui s’envolent depuis le creux de la solitude ?
Un rire balaie ces images
Et le temps se passe
Au fil de ces souffrances envolées par les ans
Nos vibrations enlacent le silence et la phrase se brise

Saturés
Nos rêves sont raturés de retouches
A chacune correspond une cicatrice
Un joint se roule
Un sourire s’esquisse
Et l’image se lisse
Il y a tant de variations sur le thème de l’âme
C’est pourquoi ce texte n’a pas de fil conducteur
Juste une énergie pour réveiller les questions qui sommeillent

J’en ai craché des phrases de sang
En propageant ce qui nous ronge
Mais c’est toujours la vie qui sourd de nos songes

jazz1220216627

Etreinte

Une parcelle de présent dans l’étreinte
Des faux-fuyants dans le regard
La folie a filé en douce
Existe-t-il vraiment ce chemin de signes
Pour me guider vers son trésor ?

J’ai tout confié au hasard
Mes doutes, ma foi, mes amours
Et jusqu’à mon bon vouloir
Dans un entrelacs de sens
Dont le spectacle reste interdit

Y a-t-il encore des routes droites
Pour mener mes paroles en lieu sûr
Tout en quittant la terre ferme ?

Je m’étais construit des ailes qui m’ont ligotée
Telle un bigot dans son temple intérieur
J’avais oublié d’avoir peur
Me voilà rattrapée par mes rêves
Je croyais m’être enfuie assez loin
Là où la conscience ne projette plus que des ombres de soie

Je pensais être née mais j’étais chrysalide
Je voulais faire de l’art, ce n’était que ratures
Sur un ego de papier

Persiste-t-il une voie dans le vague
Comme un nuage dans la brume
Où je pourrai me percher pour écouter la Terre
Restée sourde à mes prières ?

Un soupçon de nostalgie dans l’âme
Reste de vanité dans l’agonie
Les jours se lèvent à toute allure
Tandis que l’on chérit la nuit

Adopter une étoile pour la faire frémir
En invoquant des noms maudits
Pour que la destinée rende son verdict

Si l’encre était mise au enchères
Qui serait prêt à payer le prix ?

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Pour te dire

Je suis venue te dire ce qui ne vaut pas la peine
A toi qui vis et lutte sur cette terre
Quand la vérité s’exprime dans nos veines
Il n’y a que pour l’écouter que nous devons nous taire

Prenons garde au chemin qu’engagent nos paroles
Et méfions-nous des panneaux trop lisibles
Au lieu de se bousculer sur les voies que la masse signale
Nous devons penser sans interdit

Il n’y a pas de parole
Qui ne soit le fruit de quelque obscur calcul
Les lois que font et défont les hommes déballent
Au grand jour leur volonté de puissance occulte

Je suis là pour t’avertir
Toutes ces choses que tu estimes plus que ta liberté
Te seront retirées à ton dernier soupir
Alors pourquoi s’épuiser à courir

Je suis venue te dire que ça ne vaut pas la peine
De t’exécuter sans mot dire, sans bousculer ton rôle
De peur que personne ne te comprenne
Ta vie pourrait être plus drôle, si tu savais

Je suis venue te dire d’avoir ta propre raison
Je suis venue te dire

Il ne faut pas craindre d’avoir mal
Ce sont nos pensées qui fertilisent la douleur
Il ne faut pas éviter d’être seul
Mais traquer la connaissance qui se révèle quand on s’égare

Nos personnalités s’étiolent dans des carcans communs
Comme si nous n’avions qu’un seul commencement
Comme s’il ne nous fallait naître qu’une seule fois
On laisse nos choix d’hier déterminer demain

Aux yeux des autres
Il nous faut obéir à une certaine cohérence
Parfois dissimuler ce que l’on pense
Pour le paraître

C’est dans nos différences qu’on puise notre richesse
Que la police des échanges trop souvent dissimule
A chaque question taboue que soulève la tristesse
C’est l’oubli qui recule

Je suis venue te rappeler le prix d’une vocation
Le coût des compromis
La valeur d’une larme et pourquoi payer si cher
Pour travestir nos rêves

Il y a tant de dommages sur ces champs de mines
Tant de «si j’avais su» qui font que l’on déprime
A quoi bon craindre le blâme, le doigt qui nous dénonce
Par qui le futur menace et le passé semonce

Quand le jugement commun insulte l’équité
La compassion devient faiblesse, ou se mue en pitié
La stigmatisation des coupables et des victimes
Rend le terrain propice à d’autres crimes

Je suis venue te dire de ne compter que sur l’amour
Pour rétablir la balance de ces âmes en peine
Je suis venue parler de paix car je connais la guerre
Que des êtres de sang se livrent à eux-mêmes

La-verite1

J’exige

La création exige
Du silence
Une accalmie dans la tempête de l’âme
Instants dérobés à la cadence infernale
Pour un temps suspendue
Saisons des vendanges où l’on courbe l’échine
Pour extraire un nectar
Du jus trouble de ses pensées
Et boire la lie de nos peines comme de l’ambroisie

La création exige le joug du devoir et le luxe de la fantaisie

L’humanité exige des poètes
Qu’ils plaquent des rimes au kilomètre sur les paysages défigurés par la souffrance

Mon âme candide
S’est imprégnée du crime d’avoir une conscience
Mais l’impuissance y a creusé un gouffre immense
Qui est refuge
Qui est tombe pour mon corps exsangue

L’humanité exige des poètes
Qu’ils crèvent ou s’engourdissent au chevet de leurs rêves

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Je rêve

Je rêve d’un monde où tous lèveront la tête
Personne ne l’aura, sur ses pieds, baissée
Je veux voir dans les yeux cet esprit de conquête
De soi-même, de son âme et de sa vérité
Je voudrais qu’enfin tous comprennent
Que nous sommes ici pour être des guerriers
Et que nos larmes, nos souffrances seront vaines
Tant que nous n’aurons pas la sagesse pour alliées
Je voudrais leur dire que ça en vaut la peine
Que d’entretenir des pensées ailées
Je voudrais que l’Amour coule dans nos veines
Et lire la paix sur ces visages usés

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Ineffable

Attraper l’ineffable instant fuyant
S’attacher la minute poussiéreuse
Fouler la haine du pied
Jeunesse de l’éternité
Audace de la fortune
Malice de l’inconstance
Regard amusé sur le destin farceur
Quelque piste étincelle, sous l’œil désabusé d’Éros
Tout un monde aux couleurs illuminées de gloire
Bourdonnement miraculeux du petit peuple chargé de trésors
Rêve de chair, songe du muscle délassé
La course entame un nouveau décor
Pourquoi ce même refrain ?
 
Des pieds effleurent le pistil dans une danse synthétique
Sur la tresse des souvenirs

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Noir sur blanc

Noir sur blanc
J’écris ces lignes insolentes
Pour faire parler les survivants
D’un continent qui les enterre
Parce que l’or noir
C’est la sueur de ces hommes qui ne perdent pas espoir
Et qui s’embarquent encore dans des galères
A force d’y croire
L’or noir
C’est le sang qui coula pour édifier la gloire des blancs
Et dont le rouge suinte le long des monuments
D’une touche de bleu ils ont maquillé notre histoire
Mais en vain

Noir sur blanc
Je crie quelques mots dans le vent
Ils semblent dérisoires
Mais nous savons
Que si l’air est au courant de nos projets de révolution
Il portera le message
Pour que le rêve se propage
Comme une contagion
Nous savons
Que les palabres traversent les pays
Surtout quand ils parlent de paix

Noir sur blanc
Je décris ma vision d’un continent qui nous éblouit de sa splendeur
Cela voudrait dire
Que l’on aurait purgé les manuels scolaires de toutes leurs erreurs
Que la justice aurait les mains déliées
Les crieurs de vérité seraient débarrassés das bâillons de la censure
On ferait des feux de joie de tous les bulletins de vote truqués
On danserait autour
Les enfants poseraient leurs armes
Pour aller jouer comme des enfants
La parole des anciens serait gravée dans le marbre de la mémoire collective
La terre appartiendrait à ceux qui la cultivent
Et non pas
A de puissants propriétaires
Planqués derrière des multinationales qui ne sont pas venues chez nous par hasard

Noir sur blanc
J’écris ces lignes comme des ratures
Pour ternir les odieuses dictatures
Mais en Europe, ils caricaturent
La démocratie
Ici
Des hommes du fond de leur palais se jouent de nous
Tandis que des peuples survivent à genoux
Et si notre héritage entre dans leurs calculs
C’est au musée
Pour se branler devant la beauté de nos arts pillés
C’est notre âme qui est vendue au moins offrant
C’est l’amertume d’être écartés de ces idéaux qu’on croyait français

Noir et blanc
Dans mes veines
Se confondent et s’alternent
Et ce conflit
Est le reflet de leur affront à l’humanité
Au fond
Ils tombent encore pour la France
Au front de la mondialisation économique
Le sol s’imbibe un peu plus chaque jour du sang de notre Afrique
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Dans le jardin

Dans le jardin de mes soupirs
Les immortelles se sont fanées
J’effleure doucement mes pensées pour vous faire un bouquet de leurs reflets diaphanes
Sur le fil de l’eau
Ma folie à fleur de chair
Flottant au fin fond du firmament que ma pensée déchire
Je fais profession de ma foi
Car demain
Je vais mourir
Et ma Vérité avec moi

Dans le jardin de mes soupirs
Je me déclare en faim
J’ai tant de choses à me dire
N’aies pas peur de t’approcher
Je sais que la souffrance m’inspire parfois
Comme un air de reproche
Qui s’accroche
A l’écho de mes souvenirs
Comme à l’ego de mon sourire

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Bientôt
Je me tairai
Car même la lune qui chaque soir
Vole au soleil les fruits de sa victoire
M’a vilipendée pour ma vanité
Mais avant que l’humus n’embrasse ma bouche close
Je voudrais
Te faire humer
Une brassée de ces phrases tout juste écloses
De mon phrasé
Aux pétales encore tout froissés

Je voudrais
Vous convier
Dans mon jardin où veille le dragon
De son souffle orangé ma source brûle encore
Fatal baiser qui a incarné mon âme dans ce corps
Ce corps affamé
Un corps pour pécher
Dans la source fébrile de mes idées
Où brillent quelques appâts aux écailles mordorées

Je remonte le fil
Mes émotions se tordent avant d’être ingérées
Digérées
Puis soufflées par ma bouche dans un jet de flammes acérées
Ou dans une caresse
Tour à tour glacée
Ou par l’amour réchauffée

Mon jardin ne connaît que deux saisons
Rêve et déraison
On n’y est jamais seul-e
Et jamais vous n’y croiserez âme qui vive hors des frontières de l’imagination
Dans cet enclos
Qu’est mon jardin
On emmure les prisons
Dans le creux de nos mains jointes ensemble
On y chante les silences
Et les ombres de la lumière y font danser les cils
Ourlant nos clairvoyances de reflets indécis

C’est un repère de poètes est-ce…
Parce qu’on y aime avec frénésie
Jusqu’à l’envers de la vie
Jusqu’aux revers de nos envies
Jusqu’à la couleur de l’horizon à l’heure où la raison se couche
Entre chien et louve
Jusqu’à la promesse du sang qui coule et irrigue ses rives
Silencieux ruisseau
Qui délivre
Un message que les roseaux trahissent en bruissant dans le vent
Ça murmure
Justice !
Justice !
Et les fantômes de nos espoirs trépassés répondent en soupirant

Dans le jardin de mes soupirs
On revit à chaque inspir
Tout comme on apprend à mourir
Jusqu’au jour où sur les ailes du dragon ailé
On peut enfin voler

Dans le jardin de mes soupirs
Les immortelles se sont fanée
Mais les pensées fleurissent
Et fleurissent
Et fleurissent