Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: secret

Solitaire

Dans le refuge inoxydable de la solitude
En tendant bien l’oreille
On peut saisir la cavalcade des heures
Et rêver en douce
Puisque le soleil se couche toujours quelque part

Au bord du lac de la lucidité
On peut s’immerger par intermittences
Juste assez pour sentir la fraîcheur
Avant que les flammes de la passion ne nous réchauffent
Pour quelques secondes

Planter un arbre dans cette contrée stérile
Selon les voyageurs de passage
Récolter le fruit de la rédemption
Qui nous est accordée par nous-mêmes
Et qui a le goût sucré d’un piège vénéneux

De paix lasse
Je me glisse à l’extérieur de ma cabane de papier
Pour rencontrer des leurres
Des miroirs des girouettes
Autant de mes semblables dont la constance m’exaspère

Mais dans le secret impraticable de la solitude
Je suis Pégase
Je suis un lynx
Ou une sirène
Je suis une louve
Ou une étoile
Mais toujours noire
Enfant de la nuit mythologique
Et la réalité n’est qu’un funeste personnage

Dans la lumière incompressible de la solitude
Je détiens le Verbe salvateur
L’ivresse me dégrise
Et la vérité déguise le doute malfaiteur
En questionnement subtil

L’exaltation de mes sens transformée
En une orgie de tempérance
J’avance à pas feutrés

Je souris pour les anges
Et je pleure pour les autres
Et c’est le même visage

Dans la pureté orthodoxe de la solitude
L’oxymore est une habitude
La contradiction n’empêche pas d’avancer
Et pour capter la beauté
Il faut la laisser partir

Ma solitude est celle du nombre
C’est un serment unique et un terrible parjure
Même authentique ma solitude fait genre
Elle est productive dans les bons jours

C’est un sommeil éveillé
Une riposte mal tournée
Un train sans terminus
Ma solitude.

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Ne me dis pas

Ne me dis pas ce qui t’est arrivé
Je ne veux pas savoir
Les mains sur tes poignets
Les doigts autour de ta gorge et
Ta tête contre l’évier
Je ne veux rien savoir

Ne me dis pas combien tu l’as aimé
Ce monstre
Tu as beau le traiter d’enfoiré
Ta voix tremble lorsque tu dis son nom
Est-ce encore de crainte ? Ne me dis pas

Ne me dis rien, tais-toi
Je ne veux pas imaginer
L’enfer au quotidien
Le cauchemar éveillé
Je sais qu’il t’a marquée
Pour plus longtemps que l’éternité

Alors ne me dis pas ce qui t’est arrivé
Les rapports forcés
Le sang qui a giclé
Je veux garder ma tranquillité
Je veux te regarder avec sérénité
Qui aime les poupées cassées ?

Alors je t’en prie pour nous préserver
Garde ton secret

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Prélude

J’écris pour un amour dont les préludes ont balayé mes certitudes
Élucider nos silences sans éluder leur importance
Disséquer le nœud de l’absence
L’examiner dans tous les sens
Jusqu’à son terme
De ta présence être enfin pleine
J’écris le souvenir d’instants si puissants que je m’en remets à peine
J’écris pour que tu saches que tes soupirs
M’arrachent encore des lambeaux de mon être ancien
Ode à la mémoire d’un présent constamment renouvelé
Témoignage tout droit venu d’un futur qu’il nous reste à inventer
J’écris l’impact de tes yeux dans les miens
L’onde de choc qui se propage dans ma terre intérieure
Pour qu’émerge un continent vierge des ravages de la peur
Le cœur en exergue
Je crie en toutes lettres ce secret
Qui dans le creux de nos lèvres s’est inscrit
Avec l’exactitude des vérités
Qui ont subi l’épreuve de la vie

baiser

J’ai un secret

J’ai un secret
C’est un secret à tiroirs
Dans mon secret y a des idéaux des idées noires
Des idées vides de tout espoir
Des vides avides
C’est un secret comme on en cache dans les placards
Une secrète histoire du genre de celles qu’on se raconte pour se faire peur dans le noir
Une sale histoire qu’arrive qu’aux autres

J’ai un secret
Il y a des gens dans le secret
Des ami-e-s qui m’ont cru pour de vrai
Et même des inconnus qui en connaissent les détails concrets
Car j’ai bêtement cru le décret
Qui dit que la parole vient à bout des secrets
Mais c’est pas vrai
J’en ai parlé à foison mais mon secret reste poison
Il s’est imbibé jusque dans les murs de ma maison
Alors j’en suis partie
Emportant mon secret

Mon secret me suit comme une ombre
Il laisse des traces là où il passe et quand j’y pense
Ma voix se casse ma joie s’efface

Mon secret est dans ma tête
Mon secret a des facettes
Et sous une certaine lumière
J’ai même de quoi en être fière
Il a un côté rebelle
Un peu sauvage un peu cruel
Dans un sens il m’a grandie
M’a transformée par la magie de l’alchimie
Mais mon secret a aussi un côté pâle
Un côté un peu banal
Tristement commun carrément sale
Et même un petit côté coupable
Qui pourrait susciter l’ennui
C’est pas que j’ai honte de mon secret
Parfois j’aimerais le revendiquer
Le brandir comme une flamme
Pour éclairer faire abdiquer
Les normes et préjugés qui condamnent
Je n’ai pas honte
Mais j’ai appris que pour s’intégrer
Faut pas heurter pas déranger
Les autres avec nos petits secrets
Laisser tranquille ces gens qui ne m’ont rien fait
Même si j’en rêve même si j’en crève
Même si mon tourment ne trouve de trêve
Que quand je peux faire exploser certains concepts préfabriqués
Garants de notre tranquillité
Voilà la force de mon secret
Quand je me tais
C’est que je sais
Qu’on a tous notre secret
Et ces subtiles secrétions d’âme
Viendront un jour nourrir la flamme
D’un incendie de vérité
Pour tout brûler
Brûler jusqu’aux plus hautes barrières
Qui s’opposent à nos espoirs de paix
Ce jour viendra je vous le promets
Comment je le sais ?
C’est mon secret

th (23)

Phoenix

Ceci est ma lettre du fin fond du silence
L’ennui me brûle la peau
Ici les roses ont un parfum vénéneux
Et l’espoir est si ténu
 
Sur la route
Je place un manifeste d’une joie implacable
Je suis revenue
Pour une seconde ou pour mille ans
Là où le souvenir a fait cramer mes rêves
Aux limites du refus, de la fièvre
Je ne partirai plus
 
Ceci est un appel déchiqueté et tremblant
La dernière soif de l’alcoolique
Le secret de l’alcôve
Un reste de tentation démoniaque
Un chant qui s’élève de toute son arrogance
 
Je ne suis plus morte, enfin
Je ne suis plus morte.

th (11)

Respect

Si le malheur est bruyant
Alors le silence
Est gage de bonheur
J’en remplirai les siècles
Je ferai taire mon cœur
Si la mort est repos
Alors je meurs sans cesse
De t’avoir retrouvé
Et je renais sans bruit
Dans le plus grand secret
Si la musique est liesse
Je t’offrirai la paix
De la sérénité
Devant la force de notre amour
Même les instruments se taisent
Par respect

th (6)