Rêves, errances

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Tag: souffrance

Encore

Je viens de là où le sens est une grâce accordée à l’être par un souffle d’origine inconnue
Ici il faut se battre pour chaque phrase, il faut se saigner pour se mettre à nu
J’étais l’innocence même, habillée de vertu
Les loups m’ont eue, ils ont tiré à vue
J’écris au chevet de mon corps regretté
Même mon enveloppe n’est plus ce qu’elle était

Mon âme est une loque abîmée, trop souvent s’est jetée dans l’abîme
Des restes de chair amoncelées, une sorcière pour en faire un poème
Je viens de là où la souffrance inspire ses errances à un ange de papier
Ici il faut tricher pour vivre et sourire pour ne pas pleurer
Rien ne dit qu’au bout du chemin surgit la délivrance
Le goût de l’espoir est rance, je préfère être en transe
Tout en serrant les poings je ferme les yeux et je pense

Je viens de là où les racines éclatent le bitume pour faire pousser des fleurs d’amertume
Et les perles jaillissent des yeux quand la mélancolie nous rapproche des cieux
Ici je cherche la voie des rêves en fuyant le sommeil
J’ai beau ouvrir les yeux plus rien ne me réveille
Je viens de là où le verbe est flamme et la musique t’embrase
Dorénavant c’est l’ennui qui m’embrasse
Où sont passés les volcans, les tempêtes et les cyclones
Je voudrais bouffer de la rage au petit déj
Cracher ma colère part tous les pores
Je viens de là où le combat incessant rend la vie hardcore
Et j’en veux encore

tempete-dobrowner-01

Vengeance

Forgée dans la souffrance
Mon écriture
Se nourrit pourtant de censure
Vous ne saurez jamais ce qui motive ma colère
Tout comme ces hommes mal éduqués
Ne sauront pas ce que cache mon sourire

A force de prendre pour acquise
La jouissance promise par mes formes voluptueuses
Ils n’ont pas compris
Qu’il n’y a pas de différence entre la femme vertueuse
Et la catin de l’oubli

Et si le don de soi était une hérésie
Tout donner de ses richesses aux plus démunis
En sortir grandi
Tout donner de son amour
Pour finir
A un cheveu de la souillure

J’en ai marre
De rassurer des hommes qui se croient tout permis
De leur ouvrir ma forteresse
Pour éviter le conflit
Et de les voir se comporter en territoire conquis

Ils n’ont rien compris mais je n’ai rien perdu
Je suis un terrain vierge
Un peuple exterminé
Qui brûle de délivrer les secrets de ses apocalypses
Mais ils
Elles
Ne veulent pas apprendre mon langage
De peur de découvrir au passage
Qu’ils ne sont innocents de rien
Je ne fais que passer par là merci
A mes ennemis intimes
Votre ignorance
Est le terreau de mon absence
J’habite un corps saturé de vengeance
En forme de tendresse inexplicable

forteresse

A toi que je ne connais pas

A toi que je ne connais pas mais dont je devine à voir tes mains ensanglantées 
Les nuits passées à gratter la terre pour sortir de ton enfer intime et universel 
De ta prison

L’espoir de saisir une peau une chair un reste de tendresse
Épargné par les fers 
Presque oublié à force de se taire
A force de se voir rabougri par le gris de ces falaises
Qui se dressent jusqu’au ciel 
Et dont je sais qu’on peut tomber

A ton cœur plombé de rêves inassouvis
Auxquels n’a pas suffi le sacrifice de ta vie

A ton imaginaire affranchi
Au prix d’une franche scission de ta raison 
Conflit irrésistible
Entre l’irrépressible descente aux enfers
Et ce soupçon d’âme qui cherche encore le paradis
Amorce de révolution

A toi que je ne connais pas 

Toi qui te meurs d’avoir voulu puissamment vivre 
Cherchant dans de blanches poudres les neiges éternelles de l’illumination de l’esprit
Poudre aux yeux

A toi dont les paroles se perdent en volutes inaccessibles au commun des mortels
Comme un prophète incompris 
Ta science infuse au parfum de tes souffrances existentielles
Je sniffe le rance encens de nos peines qui se consument
Sacrifice qui s’élève comme une prière

De grâce
Je prête ma plume
Pour  une délivrance sans artifice 

neige

Je vous déclare la paix

A vous les bourreaux de mon corps mortifié
A ceux qui m’ont jugée et me jugeront demain
Qui cherchez la cohérence dans mes pensées issues des terres du paradoxe
A ceux qui hurlent péché quand je cherche le plaisir 
Qui me déclarent coupable car je n’ai pas honte de jouir de l’infini pouvoir qui réside entre nos mains
Entre nos lèvres
A ceux qui se croient autorisés à me punir
Pour avoir navigué sur les terres instables 
de nos désirs brimés ou décrétés tabous
Pulsions d’amour que je place bout à bout
Pour disséquer le tissu de ces tristes sérénades 
qui s’élèvent des cités quand l’espoir crève le soir au coin d’une horloge 

Je vous déclare la paix
Je vous déclare la paix pour ces blessures qui ont un jour assommé vos cœurs
avec une telle violence que la tendresse est restée hébétée
Et le cœur s’est dit
puisque c’est ainsi puisque la douleur sévit derrière la moindre de mes ardeurs 
je ne me livrerai plus

Je déclare la paix aux forteresses de fortune
qui enrobent nos libertés déchues
aux chaînes et aux fouets qui trahissent l’espèce humaine

Je déclare le pardon pour les enfants de nos haines 

A punir sans soigner la justice sécrète sa gangrène
La jeunesse se suicide à grands coups de substances,
j’ai vu tant de grands esprits partir en fumée
dans les chants de bataille où nos forces s’épuisent

Vous qui m’avez fait payer le prix de vos souffrances
Dans l’extrême violence de votre indifférence
Je ne veux plus me battre contre vous
En déposant les armes j’ai pris quelques lames droit dans l’âme
mais je ne lèverai pas la main car au fond je l’avoue
ma peine est bien plus grande de voir l’amour mourir
et je sais comme ça mal la chute peut être fatale je le sais
je suis morte plusieurs fois
Dans ma chambre d’enfant en écoutant les cris de mes parents dans le noir
Sur un lit d’hôpital lorsque l’enfant tant espéré se retrouva aspiré
je suis morte maintes fois violée et il paraît que je devrais avoir honte 
d’en parler

Je vous déclare
la paix
terribles enfants vengeurs
pour ne plus avoir à vous regarder sous le filtre morbide qui recouvre nos âmes vides

Nos intimes barricades tracent les frontières du territoire de la peur
On tire à feu nourri sous la bannière de l’unité
reproduisant la devise qui nous vola la lumière en divisant les frères
Chaque jour
On signe de notre sang ce contrat de la démence on renonce
Hostiles par principe les transports ont perdu leur sens commun
Le sexe est devenu sale on ne sait pas comment
Avoir la conscience crade est désormais synonyme de bon sens

De bien obscures prémonitions se déversent de l’illusion poétique
Trop de balles qui se perdent dans les couloirs de l’art médiatique
Pas assez de cris en capitales sur les murs
Trop peu de vraie fureur, mais combien de slams qui s’escriment à exprimer leur rage en sourdine
Faites un peu silence sur le champ de bataille
que je m’exprime 

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