Rêves, errances

Chemins de textes

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Un temps soit peu

Le temps de réaliser que tout ceci est réel
Que nos étreintes sont vraies, nos jouissances sincères
Et ton cœur authentique, et ta soif de paix
Semblent venir à bout de mes penchants rebelles

Apprendre à saisir crûment ta parole
À contempler tes gestes dans toute leur nudité
Lorsque mes joues rosissent sous ton regard cinglant
Que nos langues s’insurgent en embrassant leur rôle

L’espace à cultiver entre les âmes battues
Peines enlacées en une inextricable osmose
Pour faire pousser ces feuilles où je dompte ma flamme
Il suffit de l’espace d’un cheveu

Pratiquer les silences échangés sans lourdeur
Effacer lentement l’hypothèse de l’absence
S’oublier chaque jour, chaque nuit, pas assez
Contempler l’océan qui nous a invités
Et s’enfoncer tendrement dans ses profondeurs

 

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Vu l’heure

Vu l’heure tardive
Avant de partir à la dérive
Avant d’oublier mes origines
De renier ma couleur, de perdre mes racines
J’ose un dernier témoignage
Une gerbe de couleur noire sur la page
Où j’ai convoqué tous les orages

Pour l’amour d’une image
J’ai découpé le sens en zones contradictoires
J’ai insulté ma langue faible et transitoire
En inventant de nouveaux mots
Liquides et sanguins comme la neige
Aussi innocents qu’une pomme édénique

J’ai décrit
Les papillons aux ailes de mazout
Qui bruissent dans mon ventre depuis les événements
Qui brisèrent le soleil dans le ciel de ma jeunesse

J’ai écrit le vertige d’un rêve qui fut d’autant plus grand
Que mon cœur était sombre

Et la chute sans fin
Le désespoir sans fond
Le déni qui enfonce
La délivrance enfin

J’ai hurlé mes murmures aux murs de la ville
Déposé mes louanges aux pieds de langues habiles
Baladé mes errances dans cette ère rance
Embrassé la folie dans une dernière danse

Vu que le temps passe
Avant de de voir céder la place
Avant que ma mémoire ne s’efface
Que le sommeil s’avance, que la nuit ne me dépasse

Je rassemble péniblement mes ailes endommagées
Panse mes blessures, soulage mes plaies
En appliquant un baume concentré
De rimes déchantées, de verbe halluciné
Avant de m’envoler

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A l’impossible

Sauve-toi. Tu as les pieds englués dans une mélasse constituées de souvenirs de conventions et autres tourments habituels
Le cœur pris dans un étau d’angoisses et d’espérances
Les mains entravées par le besoin de se lier à tout ce qui pourrait de près ou de loin masquer ton infortune

Mais sauve-toi

Je t’ordonne de te sauver toi-même de puiser dans ta colère l’énergie la volonté de passer outre les murailles érigées par une vue d’apprentissages conditionnés

Je te somme de réclamer ta liberté maintenant nonobstant le peu de cas qu’en font ces autres qui t’ont prise pour un miroir de plus à briser

Ignore simplement les lois de la physique prend tes cliques et tes claques et sauve-toi, jaillis comme un ruisseau dans un désert, ta flamme est famélique mais fais-la embraser les forêts de préjugés qui se densifient jour après jour, et danse sur les cendres de ces ennemis que des générations de combattantes avant toi n’ont pas pu mettre à terre, je t’en prie, je t’implore, sauve-toi !

Quoi? Tu es brisée? Comme ça ton cœur s’est vidé à force de tenter d’insuffler un surplus d’humanité à celui qui te blessait? Comme ça tu as lutté au point d’épuiser la liste exhaustive de tes ressources, au point de venir à bout de ta foi?

Je n’en ai que faire, sauve-toi bat-toi avec tes ongles là où tes larmes ont échoué, cours vers ta liberté, même avec dix tonnes à chaque pied, galope et ne les laisse pas te rattraper…

L’obscurité avance, il faut te dépêtrer, partout la nuit dépêche ses émissaires, la nuit que tu connais…

Traverse le champ de bataille avec ton armure de papier, trop réel est le sang que tu as vu couler, celui qui colore encore tes rêves éveillés, fais un pas après l’autre, non tu n’as plus le temps, envole-toi vers demain, avec tes ailes imaginaires arrange-toi pour échapper à la réalité de l’enfer

Le temps te statufie il faudra que tu tues le temps
Tu n’as aucun ami il faudra te méfier d’autant
Ceux qui clament que tu n’es pas seule te retiendront dans leurs étreintes, mais l’amour est une feinte alors sauve-toi avant de finir en demi-teinte

Je ne veux plus entendre tes plaintes. S’il te reste un souffle, un seul, qui vibre même faiblement dans ta carcasse déjà fatiguée, déjà abîmée, presque périmée par la loi impitoyable des ans, je veux que tu l’emploies à briser les carcans, et si tu dois tomber en essayant, fais-le tout de même, et sauve ton âme, car personne, je peux le dire maintenant, ne viendra la sauver

Rien n’est prévu pour toi.
Y a pas de plan.
Tu es surnuméraire.
Une particule, un défi. Une révolte, un déni.
Nul ne pourra te remplacer.
Alors même si tout est foutu… Sauve-toi à tout prix. Personne ne viendra te sauver.

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A flots

Qui ignore encore que nous sommes des milliers
A respirer au rythme d’aspirations nouvelles
A remettre en question le culte du capital
Qui ne sait pas que nous sommes des millions
A subir avec rage leurs règles et leurs usages
A prédire le pire si malgré tout rien ne change
A piétiner en avoir marre
Qui refuse de voir que nous sommes des milliards
A payer de notre sang à subir la terreur
Pour ma part j’ai détruit ma carte d’adhésion
A leurs valeurs
A cette pensée unique qui pèse de tout son poids
Sur nos vies fatiguées
Sur nos âmes éreintées
Pour avoir dû se battre à peine le chemin commencé

Que coulent les flots d’encre
Pour dévier le courant des temps qui courent

12 Multitudes

Dans l’autre monde

Dans l’autre monde
La couleur passée des sentiments résignés dès leur naissance
Ces amours qui vivent le temps d’un vent fou
Puis passent leur existence en convalescence
A ne plus trembler sur un sourire
Ni vibrer sur une parole

Le bleu uniforme des carcans horaires
Donne à notre enfer la régularité d’un train vers l’éternel quotidien

Ils disent
Qu’après le premier regard qui embrase
Les émotions qui fusent dans un ciel étoilé
Le cœur qui implose
Et nos rêves mis en orbite comme par une fusée

Ils disent
Qu’une fois passée leur délivrance
L’habitude érode les sens
Que la magie trépasse que c’est une évidence

Ils disent que ça se remplace
Par une sorte de tendresse
Qui console notre chair de sa déchéance au rang de corps habituel
Que les plus coquines de nos hormones libertines
Finissent par tempérer leur incandescence
Que ce serait sagesse de l’accepter

Moi qui croyait qu’un cœur épris méprisait le bon sens

A ce qu’ils disent les premiers matins ne durent qu’un temps

coeur

Un roi

Sur la dent circulaire qui déchire le temps,
J’écris en petits morceaux le discours d’un roi borgne,
Attaché à ses ténèbres comme au trépas du jour,
Dans une cérémonie de fièvre, d’or et de filaments rouges.

J’arrache des lambeaux de silence à un paysage tiède,
Parsemé de marques nonchalantes,
Et gardé par des fauves imaginaires aux crocs bien serrés sur mon cœur

A travers un soupirail
L’enfant voit
Il boit les couleurs et avale la poussière d’une demi-lune
De la mousse au coin des lèvres
Blanche comme l’écume de l’océan
Il guette le point final pour retourner dans l’abstraction

Mes mots lui tissent une couronne d’orties

Ce roi n’est jamais né,
Ou bien c’était l’année où la tempête l’emporta sur le désert
Son iris couve des flèches
Sa main est désarmée

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