Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: tendresse

Dernière trace

Un verbe déchiré
Par une lame émoussée
Celle d’un être
Fatigué

Une sirène décoiffée
Quelques brisures de rêves
Étourdies
Comme un complot ourdi
Depuis la nuit des temps
Pour me pousser à bout
Toute colère bue

Un soupir enfumé
Un baiser parfumé
Une coupe qui déborde
De tendresse
Une délicieuse ivresse
Coupable
Une franchise incapable
Une puissance tronquée
Des mensonges éhontés
Aux rencontres fantasmées
Un rendez-vous raté

Un sourire décalqué
Une danse déphasée
Un regard déplacé
Une étoile noircie
Un poème qui renonce
Une parole qui s’efface
Une dernière trace

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Vengeance

Forgée dans la souffrance
Mon écriture
Se nourrit pourtant de censure
Vous ne saurez jamais ce qui motive ma colère
Tout comme ces hommes mal éduqués
Ne sauront pas ce que cache mon sourire

A force de prendre pour acquise
La jouissance promise par mes formes voluptueuses
Ils n’ont pas compris
Qu’il n’y a pas de différence entre la femme vertueuse
Et la catin de l’oubli

Et si le don de soi était une hérésie
Tout donner de ses richesses aux plus démunis
En sortir grandi
Tout donner de son amour
Pour finir
A un cheveu de la souillure

J’en ai marre
De rassurer des hommes qui se croient tout permis
De leur ouvrir ma forteresse
Pour éviter le conflit
Et de les voir se comporter en territoire conquis

Ils n’ont rien compris mais je n’ai rien perdu
Je suis un terrain vierge
Un peuple exterminé
Qui brûle de délivrer les secrets de ses apocalypses
Mais ils
Elles
Ne veulent pas apprendre mon langage
De peur de découvrir au passage
Qu’ils ne sont innocents de rien
Je ne fais que passer par là merci
A mes ennemis intimes
Votre ignorance
Est le terreau de mon absence
J’habite un corps saturé de vengeance
En forme de tendresse inexplicable

forteresse

Une chanson douce

Pour faire une chanson douce de quelques mots d’adieu
Il faut de l’inconscience
Faire semblant de croire que les serments s’effacent
Comme des ronds dans l’eau

Pour tirer des poèmes de ses histoires de viol
Il faut de l’imprudence
La prétention de croire qu’on peut aider quelqu’une
A se survivre

Pour rapprocher les êtres depuis sa solitude
Il faut de l’assurance
Le bâton de parole alors ne suffit pas
Il faut être berger

Comme pour rester fidèle il faut être un parjure
Quand les liens nous entravent
Les plaintes des perpétuels volontaires au sacrifice
Sont pénibles à entendre
Et ardues à chanter
J’en ai la voix cassée

Pour faire une chanson douce de quelques mots d’adieu
Il faut être à bout de forces
De tendresse
Accablé-e

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Dans l’autre monde

Dans l’autre monde
La couleur passée des sentiments résignés dès leur naissance
Ces amours qui vivent le temps d’un vent fou
Puis passent leur existence en convalescence
A ne plus trembler sur un sourire
Ni vibrer sur une parole

Le bleu uniforme des carcans horaires
Donne à notre enfer la régularité d’un train vers l’éternel quotidien

Ils disent
Qu’après le premier regard qui embrase
Les émotions qui fusent dans un ciel étoilé
Le cœur qui implose
Et nos rêves mis en orbite comme par une fusée

Ils disent
Qu’une fois passée leur délivrance
L’habitude érode les sens
Que la magie trépasse que c’est une évidence

Ils disent que ça se remplace
Par une sorte de tendresse
Qui console notre chair de sa déchéance au rang de corps habituel
Que les plus coquines de nos hormones libertines
Finissent par tempérer leur incandescence
Que ce serait sagesse de l’accepter

Moi qui croyait qu’un cœur épris méprisait le bon sens

A ce qu’ils disent les premiers matins ne durent qu’un temps

coeur

Les amants insolents

On m’a demandé d’écrire un texte sur l’amour
Qu’une date dans un calendrier nous dise comment s’aimer
ça me fait doucement rigoler
Pourtant
Cette débauche de tendresse me donne aussi envie de sourire
Tant c’est bon quand on aime, de se le dire
Tant le silence du cœur nous fait souffrir

On m’a demandé d’écrire un texte sur l’amour
Je voulais l’appeler
Les amants insolents
Pour tous ceux qui s’aiment en dehors des normes
Hors des rôles préconçus
Nous sommes tous différents et pourtant trop se réfèrent
A un modèle unique pour aimer
Comme des déclarations à dates fixes

On m’a demandé d’écrire un texte sur l’amour
Une aubaine pour ma plume engagée
Une page vierge pour délivrer un si intime message
Que mon âme en est presque violée

Il ne suffit pas de se mettre à nu
Encore faut-il
Avoir faim de la chair dont l’absence te déchire
Se rendre vulnérable
Pour affirmer sa confiance en ce qui nous anime
Briser l’image d’Épinal et savourer le crime

Ils disent
Qu’après les regards qui embrasent
Les émotions qui fusent dans un cœur implosé
Par des rêves mis en orbite
Partis en fumée

Ils disent qu’une fois passée leur délivrance
L’habitude érode les sens
Que la magie trépasse que c’est une évidence
Ils disent que ça se remplace
Par une sorte de tendresse qui console notre chair
De sa déchéance au rang de corps habituel
Que la durée tempère l’incandescence
Que ce serait sagesse de l’accepter

J’ai oublié de modérer mes rêves il se pourrait que j’en crève
Parfois le rire de l’amour a des accents de fatalité

amants