Rêves, errances

Chemins de textes

Tag: viol

Une chanson douce

Pour faire une chanson douce de quelques mots d’adieu
Il faut de l’inconscience
Faire semblant de croire que les serments s’effacent
Comme des ronds dans l’eau

Pour tirer des poèmes de ses histoires de viol
Il faut de l’imprudence
La prétention de croire qu’on peut aider quelqu’une
A se survivre

Pour rapprocher les êtres depuis sa solitude
Il faut de l’assurance
Le bâton de parole alors ne suffit pas
Il faut être berger

Comme pour rester fidèle il faut être un parjure
Quand les liens nous entravent
Les plaintes des perpétuels volontaires au sacrifice
Sont pénibles à entendre
Et ardues à chanter
J’en ai la voix cassée

Pour faire une chanson douce de quelques mots d’adieu
Il faut être à bout de forces
De tendresse
Accablé-e

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Chambre d’enfant

Dans sa chambre
Entre les murs qui auraient dû entendre fuser les rires
Le silence éclate
À en faire péter les vitres
C’est un enfant qui se tait
C’est un corps qui s’éteint
Entre les mains qui auraient dû l’aider à grandir
C’est un cœur qui étreint l’horreur indicible
De l’innocence prise pour cible

enfant triste

Je reprends le cahier où j’inscris ma vie
En ignorant les pages arrachées lors des jours de tourment
Mon avenir est vierge car je suis le Verbe qui me programme sur l’infini présent
Tout est possible lorsque mes limites sont privées de ma croyance en elles

Depuis toujours imperméable à l’injonction d’accepter le désespoir comme partie de l’homme
Je reste une femme en proie à des dilemmes
J’ai trop souffert pour ignorer la saveur de la haine
Suis trop têtue pour accepter la fatalité de son jugement
Quand les cœurs crèvent d’acrimonie
J’écris les larmes âcres que nous versons tous en silence
Les cris de l’innocence

Tous des enfants bafoués qui nous cherchons un souffle
La révolte que l’on étouffe se brûle parfois dans des carcasses de métal
Se glisse dans une larme ou déchire une chair
Écartelée par un plaisir barbare
Ma main tremble et je barre les lignes qui écrivent le viol
Ultime résistance à l’innommable je bâtis une armure de mes mots
Je rassemble ma plume pour que se nomment les morts qui remplissent les cimetières
À coup de ratures je refuse la dictée de l’enfer qui se répète chaque jour
Cautionnée par un imaginaire où l’amour crève sur un lit de dollars
Et que restera-t-il si l’on lève le voile
Si les étoiles se rallument dans les yeux qui ont trop vu le sang

Avec la perversité d’une Parole sainte
Le message se distille renforce nos chaînes mentales
Et l’on oublie que l’on peut voler dans les plumes
D’une étincelle provoquer le réveil

Nous sommes à l’aise dans le noir nous qui n’avons plus rien à craindre
Sauf nous-même

Ma plume s’égare à nouveau dans la colère et me rend ivre, à force de taire la page cachée de mon livre
Silence sur la blessure qui m’a donné le goût de tuer
Abrutie par la peur le cœur nu sans défense tremblant hébétée devant l’indifférence inhumaine à mon sort
Moi qui suis comme vous de chair animale
Je saisis l’instinct de haine je le sens dans mes veines
Vous qui m’avilissez je vois vos vies qui se dévident
Vous suivez les consignes pour fuir le vide de vos consciences
Dans toutes les strates on s’étripe de façon médiatique,
Variantes autour du thème de la déchéance
Dans cette mise en scène de la Divine Économie
Très peu d’acteurs sont payés
On crève à plus ou moins long feu mais l’on brûle tous à la fin
C’est très joli cela s’appelle l’Apocalypse
Dans tous les livres ils disent que c’est inévitable
Dans les langues mortes des religions sans foi ou des palabres boursiers

Sans dévier du but je relie l’inconciliable
Il y a 7 textes cachés dans ce fervent poème

Je ne crains pas le soufre
J’ai fait le deuil de mon orgueil au pied de tant de tombes
Éradiqué la peur en côtoyant des ombres
Repris courage en estimant leur nombre
Que tremblent les puissants devant leur imminence
Je les vois surgir du fond de leurs ghettos
Dans leurs destins qui crament ils cherchent un sens au crime
À grands renforts de rimes nous abreuvons vos âmes désertées
Pour la résurrection de l’Amour majuscule

resurrection

A l’époque

A l’époque je tournais dans des apparts et des violeurs en herbe faisaient collectivement leurs armes sur moi
C’étaient les prémices de mon esclavage sexuel aujourd’hui encore
Certains me parlent comme à un chien pas comme à un être humain
Pourtant cela ne m’a pas fait plus de bien que l’on m’encule
Qu’à ce type qui a subi cette immondice en taule
Pourquoi à l’évocation de son martyr on s’incline quand face au mien on rigole ?
Je me consume de n’être qu’un animal dressé pour survivre, j’apprivoise l’idée de ma propre mort
Ma plume transpire l’amour, l’espoir, le sang
Si vous aimez profitez-en car
Je ne sais pas si j’écrirai encore demain
 
A l’époque j’avais déjà noirci des pages de mes questions taboues
J’inventais des images pour aller jusqu’au bout des formes du langage
Et les rayons du soleil faisaient l’amour au Diable dans des poèmes un peu fous
Arrogante, je plaçais l’Alchimie en tête de toutes les sciences
Pour survivre à ma colère
Explorant nos collectifs enfers pour leur donner un sens
Oublié déjà le temps de l’innocence
Même l’enfance est sordide quand on éduque les anges à coup d’incohérences morbides
 
A l’époque déjà la chute des barrières était mon obsession
J’ai dégueulé mes pulsions durant l’adolescence
Sur la musique mon corps se défoulait sans trêve et mon cœur faisait grève face à la force de la raison
J’ai brûlé mes dernières prétentions à la dignité sociale sur un lit d’indécence
Ma chair fit sécession contre la loi des hommes
Du fond de ma solitude je déchirais l’opprobre de quelques traits de plume
Avec l’amère complicité de la lune
 
A-t-on changé d’époque ? Les années qui s’égrènent ont confirmé mes chaînes et ma rage à les briser
Les barbares en culottes courtes perpétuent leur révolte selon le programme imposé par les clichés télévisés
Dans mon rôle de souffre-douleur je ne leur en tiens pas rigueur ils furent forgés par le malheur
 
Oui l’époque est la même
Les ingénus jurent par le dollar
Et la haine s’insinue jusque dans nos prières
C’est toujours le chut… qui a le dernier mot quand la violence s’exprime
Bien des esprits s’élancent que le système réprime à coup de livres saints
Je remonte les époques pour dénicher l’Essence et y mettre le feu
J’exploserai tous mes sens s’il faut
Si mes rimes t’entraînent, ne crains pas le vertige et glisse au-dessus du vide en joignant tes deux mains
Car à l’heure où je me répands sur les pages de mon carnet rouge
Je ne sais pas si j’écrirai encore demain.

th (26)