Rêves, errances

Chemins de textes

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Pieds nus

Je marchais pieds nus sur le bitume
J’avais confiance en ma capacité à supporter la douleur
La brûlure
N’était rien comparée à ce qu’endurait mon cœur
Pétri de trop d’amour

Jusqu’à la rupture définitive
La scission de mon esprit
Je prenais les rayons du soleil pour argent comptant
Et le murmure du vent
Comme un sortilège

Mon âme était légère
De ses millions d’années

Lente à la renaissance
Je bute sur les plus simples apprentissages
Par trop de limites éprouvée

Je n’avais jamais emprunté ces sentiers de façon raisonnable
Je marchais pieds nus sur le bitume
Dansais sur du verre pilé
Courais sur des pointes d’étoiles
Amusées

Je pleurais des améthystes
A la tristesse de mon semblable dédicacées

J’avais confiance en ma dignité face à l’horreur
Habillée de fierté
Et le dédain comme un refuge secret
Si vous saviez

Mes mots d’amour sont autant de pièces jetées dans le puits des vanités
Trop d’empathie visible au retour inespéré
Pas assez de méfiance il paraît

Je ne sais plus qui a assassiné ma bonne fée
Retrouvée égorgée dans son château doré
Etait-ce l’oeuvre d’un violeur ou bien de ce pompier
Que j’appelais à l’aide et qui m’a ignorée
Etait-ce cet homme aimé méprisable et coupable
Qui m’a mise au rebut sans m’accorder un mot

J’ai tant pleuré que j’ai fait de mon cœur une île

Regarde bien
Il y a dans ma confiance donnée le détachement subtil
De celle qui a cessé d’espérer

La plante de mes pieds nus sur le sol artificiel
Au milieu de la paranoïa des un.e.s des autres
Je mesure ma liberté à de petits plaisirs

Les yeux clos pour ne point vous haïr
L’âme en sourdine pour ne point trop aimer
Au risque de demeurer méconnue
Par habitude je rends hommage à la politesse
Et j’encaisse
Vos regards empreints de condescendance
Votre indifférence totale à la souffrance
De ce qui vous est étranger
Et vos banales certitudes

J’envie parfois votre assurance
Et vous laisse celle de mon pardon

Ma soumission est feinte devrais-je m’en excuser
La colère m’éreinte
Tout ça va exploser
Alors vous saurez
Vous saurez.

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Libérons

Si cela doit prendre dix ans
Avant que le pardon ne fraye son chemin jusqu’à nos cœurs
Que la guérison n’effleure nos cicatrices
Si cela doit prendre cent ans
Avant que la paix ne s’installe dans l’âme
Que l’harmonie émane de chacun de nos gestes
Si le chemin dure plusieurs vies
Avant de comprendre ce qu’écouter veut dire
Et que la parole soit plus qu’une gestuelle de la langue
S’il faut qu’un univers passe et trépasse
Avant que l’on vibre à l’unisson

On n’a de cesse de poursuivre la poussière
Pour se bâtir des châteaux des enclos
Qui disparaissent avant même que l’espace ait rendu son prochain soupir

Libérons la notion d’avenir

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Si

Salut à toi je voudrais te parler
Je prie pour que ma voix traverse les rideaux de nos larmes
Les barrages de la violence et des malentendus
Pour que l’espoir prenne le pas

Au nom de quoi
Faut-il que quelqu’un paye pour le mal que l’on s’est fait
Que serait ce monde si nous n’avions pas droit à l’erreur
Je te demande pardon mais je ne m’excuserai pas
D’être une femme imparfaite
Je te demande pardon mais je ne promets rien
Je suis à peu près sûre
Que je me tromperai encore

Au milieu d’une foule de questions dérisoires
Savoir si l’on peut prêter au hasard
Le bon vouloir de nos rencontres
Si j’avais su t’aurais-je fui
Et quelle femme serais-je aujourd’hui ?

Si je n’avais pas goûté de tes poings
Si je n’avais pas commis le pardon

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Evidemment

Évidemment tu vas finir par te pardonner à toi-même ce que tu t’es fait
Toutes ces perles tranchées
Ces bulles coupantes
Sphères décapitées pour n’avoir pas su dire merde
Non
Ou au revoir
Seuls des au secours muets ont émigré de ma gorge
Vers les cieux
Sans défense
Restés là comme pour me trahir
Par avance
Évidemment tu vas finir par te pardonner à toi-même
Tout ce laid
Cet héritage
On finira par faire silence sur
Les obscurs
Les aubes endurcies
Les soirs apprêtés
Les sourires affûtés
Les
On finira par le taire le mot vilain
On finira par émettre un sourire franc
Le matin
Comme avant la cavalcade des âmes
Pleines de bleus
De trous et de bosses désormais
On finira par réparer
Le tissu éthérique
A force de pratiques ésotériques
Mais après
Il te manque la recette
Pour combler tous les trous du chemin
Pour que plus personne ne tombe enfin
La honte a recouvert nos gestes
D’un voile épais
Ces gestes ont été commis d’office
Dans une intention pure
Je le sais
A nous de transformer
Par la grâce du ciel
Cette grève des yeux
Qui ne veulent plus voir l’invisible
En protectorat condamné
Défense infantile
Pour souvenir excisé

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Pardon

Je voulais t’écrire un texte pour implorer ton pardon, chercher au fond de mes tripes ce qui reste de poésie et d’incantation, pour que tu me comprennes, pour que tu m’estimes à nouveau.
Je voulais invoquer la faiblesse de ma chair, la malédiction d’Eve qui pèse sur mes entrailles, mon attrait pour les délices des sens, qu’ils soient de fumée ou de corps qui s’enlacent, c’est toujours la même évasion que j’embrasse.
Je n’ai pas d’excuse à mon comportement, l’errance fait partie de mon tempérament. Les erreurs jalonnent mon parcours, car je franchis les limites, toujours.
Je n’ai pas trouvé la doctrine qui me limite, même la mystique fut une excuse pour mes expériences illicites. Peut-être que l’amour sera la solution, mais j’y vois pour l’instant comme une aliénation…
Un seul dieu, un seul maître, un seul amant, c’est toujours la même chose; dans mon adoration j’étais multiple et pourtant j’ai connu l’osmose… Entre le délire et la raison je n’ai pas choisi mon camp, tout comme entre le noir et le blanc. Peut-être suis-je volage pour être comme un homme, qui jouit de sa liberté sans être questionné… Peut-être suis légère pour me sentir femme, désirée… Mais je suis une âme divisée, qui cherche avant tout sa vérité. A travers des rencontres je vois mon portrait se dessiner, éclaté. Dans le bleu de tes yeux existe une exigence, un défi qui me souffle : résistance… Un appel protéiforme qui depuis toujours m’a subjuguée, au risque d’embrasser des causes controversées. Cette fois qu’ai-je à y gagner ? Un supplément de personnalité, une strate de mon être à solidifier. Peu de gens me poussent à me dépasser. Ils me troublent, ceux qui m’invitent à me questionner. Et tu es de ceux-là, à force de me déstabiliser. Tu me rappelles que l’équilibre est une danse, ce qui sans être une conclusion idéale, me rapproche de ma réalité. C’est en vain que je quête une ligne de conduite, car je ne suis qu’incertitude, ambiguïté, fuite. Je suis une femme mais ce n’est pas le propre des femmes. Je suis une boule de désir, mais ce n’est pas qu’un désir sensuel. Mon appétit féroce, c’est aussi ma faim de justice, le produit de mon expérience. J’ai beau avoir tourné la page de mes combats, il y a toujours cet ennemi invisible, et je suis une armée toute entière. Je suis désir de paix et d’unité, et je suis en guerre contre la normalité. Je m’égare dans tous les sens, et pourtant il n’est question que de cela, trouver la mèche pour allumer l’essence… Exploser

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